Home, Asia, Europe, North America, Latin America and Caribbean, Oceania, Nouvelles, Carte du site
Accueil / Asie / Japan / Articles / L'Examen Périodique Universel et les Droits LGBTI : le Japon
chargement de la carte…

Contributeurs

ILGA Programmes Officer Stephen Barris, ILGA Programmes Officer
anonymous contributorÉcrit anonymement. (Français)
anonymous contributorÉcrit anonymement. (Espagnol)
anonymous contributorÉcrit anonymement. (Portugais)

Facebook

Azusa Yamashita, ILGA World Conference December 2012
L'Examen Périodique Universel et les Droits LGBTI : le Japon

in JAPAN, 21/03/2013

Elue vice co-secrétaire général de ILGA lors de la dernière conférence mondiale en décembre 2012, Azusa Yamashita est éditrice et co-directrice de Gay Japan News, un groupe de pression LGBTI en ligne depuis 2005. Chercheuse universitaire à temps plein, Azusa travaille aussi à mettre en lumière la situation des minorités sexuelles au Japon, y compris en utilisant les mécanismes des Droits Humains de l'ONU et la contribution que peuvent y faire les organisations de la société civile. Entretien réalisé par Stephan Barris.

Azusa Yamashita a été accueillie à Genève par Patricia Curzi de l’ILGA. Elle y a contacté l'ambassade japonaise et les autres missions diplomatiques pour que des recommandations basées sur l'orientation sexuelle et l'identité de genre soient faites dans le cadre de l’examen de son pays: le Japon a ainsi reçu cinq recommandations et les a toutes acceptées. Par la suite, Azusa a lu un discours réagissant à l'adoption du rapport de UPR relatif au Japon.

Lire et voir la vidéo de la déclaration d’Azusa


En mai 2008, le Japon a passé son premier examen périodique universel aux Nations Unies. La question des droits des LGBTI a été soulevée. Dans quelle mesure ces recommandations ont-elles eu un impact au Japon ?

En 2008, Gay Japan News, tout comme vingt-et-une autres organisations LGBTI régionales, nationales et internationales – y compris ILGA-Asia, ont déposé un rapport pour l’examen du Japon à l’ONU. Le premier impact positif fut que le ministre des Affaires Étrangères modifia sa politique en matière de statut marital. Auparavant, l’administration ne délivrait d’attestation de célibat en vue de se marier hors du pays que dans le cas d’un mariage entre personnes de genre opposé. Dorénavant, il est délivré même en vue d’un mariage ou d’un partenariat entre personnes de même genre.

Fin de l’année dernière, dans votre contribution à l’EPU pour le deuxième cycle du Japon , vous avez fait mention des commentaires à caractères homophobes que le gouverneur de Tokyo a tenus en 2010. Quelles furent les réactions de la population japonaise face à une telle attitude homophobe de la part d’un homme politique ?

Shintora Ishiraha, Gouverneur de Tokyo et haut fonctionnaire de l’État, est bien connu pour son racisme et son homophobie. Quand il parle des homosexuels en disant qu’ils sont « quelque peu insuffisants – d’un point de vue humain - … probablement parce qu’ils ont un problème génétique », la plupart des principaux titres reprennent bien entendu ses propos. Les organisations LGBTI, les militants des Droits Humains, Human Right Watch ont réagi mais la population japonaise est restée tout à fait indifférente. Ishihara fut réélu peu de temps après ces déclarations. Aya Kamikawa, trans élu à Setegaya, la municipalité la plus importante de Tokyo, ainsi que Taiga Ishikawa et Wataru Ishizaka, tous deux ouvertement gays et également élus dans d’autres municipalités de Tokyo depuis 2011, ont condamné les interventions homophobes à répétition du politicien.

Au Japon, les manifestations publiques d’homophobie sont quotidiennes que ce soit dans les programmes TV, à l’école, ou dans les conversations de tous les jours entre amis et collègues. En dépit de la tolérance du public envers les manifestations d’homophobie et de transphobie, Ms. Kamikawa, Mr. Ishikawa et Mr.Ishizaka ont été élus grâce à leur sincérité, leur caractère et leur dur labeur sans tenir compte de leur orientation sexuelle ou leur identité de genre. Ishihara est très populaire spécialement auprès des électeurs plus âgés pour son caractère et son charisme. Il n’est pas uniquement homophobe, il est aussi xénophobe et sexiste. Les militants des Droits humains, y compris les militants des droits des femmes et les militants pour les droits des minorités sexuelles ont protestés contre ses interventions. Cependant ses électeurs estiment qu’il doit toujours siéger en dépit des ses attitudes discriminatoires envers différents groupes sociaux minoritaires. En octobre dernier, il a démissionné de son poste de gouverneur et a été élu membre du parlement lors des dernières élections générales de décembre 2012.

Loi anti-discrimination, mariage pour personnes de même sexe, problématique relative aux trans… vous mentionnez tous ces sujets dans votre rapport remis à l’EPU. En parlez-vous aussi au Japon avec votre gouvernement ?

Bien sûr. Différents groupes LGBTI habituellement engagés dans un dialogue au niveau national avec le gouvernement utilise aussi les recommandations de l’EPU. Nous avons également utilisé ce document pour attirer l’attention d’autres organisations de défense des Droits humains sur les problématiques LGBTI alors que nous travaillons en lobby pour qu’enfin le Japon ait une législation anti-discrimination. Le Japon n’a toujours pas légiféré en la matière. Le parti démocrate libéral a introduit une proposition de loi de lutte contre la discrimination pour la première fois en 2002. En 2005, le parti démocratique du Japon a introduit sa propre proposition. Elle incluait l’orientation sexuelle comme étant un champ d’interdiction pour toute discrimination. À deux reprises, ces propositions rencontrèrent une ferme opposition des personnes qui ne supportent pas les droits des minorités sociales et des médias. Médias qui eurent à leur tour peur que leur liberté d’expression ne soit mise à mal. Bien que les groupes LGBTI aient mis la pression, la proposition ne devint pas loi.

D’un point de vue personnel et optimiste, le problème sera résolu par la future introduction d’une proposition de loi contre les violences sexuelles que les groupes de protection des droits des femmes ont soutenue avec les militants LGBTI. Les minorités sexuelles ne sont pas explicitement protégées par les lois existantes. Une fois la proposition devenue loi, les LGBTI qui endurent des violences sexuelles seront dès lors protégés dans les différentes sphères de leur vie que ce soit à la maison, à l’école, au travail, dans leurs couples, etc.

Je pense qu’il sera difficile de faire adopter par ce gouvernement des lois sur la lutte contre la discrimination, le mariage des personnes de même sexe ou la protection des personnes transgenres… Le gouvernement qui est revenu aux affaires en décembre dernier s’est explicitement opposé aux droits des LGBTI.

Dans votre rapport pour l’EPU, vous faites référence au trouble de l’identité du genre, en parlant des maintes difficultés sociales et des embuches légales que les Japonais et Japonaises trans rencontrent. Est-ce que la transition de genre est toujours considérée comme un désordre mental au Japon ?

« Trouble de l’identité de genre » est une terminologie médicale. Cette terminologie est employée dans les textes qui autorisent les personnes à introduire une demande près la Cour Familiale pour obtenir le changement de leur genre dans le registre de famille. Registre de famille qui est le document mère pour tous les autres documents légaux telle que la carte de couverture sociale, le livre des retraites. Ce terme est largement répandu dans la société japonaise. Certaines personnes transgenres n'acceptent pas d'être étiquetées de la sorte.

[NDT : il faut lire trouble au sens de désordre, plus précisément désordre mental]

Plus d'informations sur l'Examen Périodique Universel

L'Examen Périodique Universel (EPU ou UPR en Anglais), lancé en 2006, est un nouvel outil en matière de Droits humains. La première étape qui concernait tous les états s'est terminée en 2011. La deuxième étape a commencé en juin 2012. Lors de celle-ci, il est prévu que quarante-deux pays soient examinés chaque année. De telle sorte, en quatre ans et demi, la situation de tous les états membres devrait avoir été évaluée.

L'examen se passe en 5 phases : l'élaboration et le dépôt des rapports, le dialogue interactif avec les états membres, l’acceptation des recommandations, l’acceptation formelle du rapport avec toutes les recommandations, et, finalement, sa mise en œuvre et son suivi. Chaque procédure implique les états, les ONG nationales et internationales, les institutions nationales de défense des Droits humains…

En octobre 2012, la 14e session de l'UPR passait en revue le Japon et treize autres pays. Les rapports des ONG avaient été envoyés, comme exigé, sept mois avant le début des travaux.


Traduction : Didier Digneffe
 

Versions en anglais, espagnol et portugais : cliquez sur le symbole de la langue à gauche de l’écran.

Bookmark and Share