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Ce pasteur camerounais très gay-friendly

in CAMEROON, 03/05/2012

Dans un livre-entretien, le pasteur camerounais Jean-Blaise Kenmogne prend la défense des gays et des lesbiennes de son pays. Une position qui tranche au Cameroun, où les homosexuels risquent cinq ans de prison.

Jean-Blaise Kenmogne est en croisade. Sa cause: la défense des droits des homosexuels. Une gageure! Ce pasteur protestant vit au Cameroun, un pays où les gays et lesbiennes risquent gros.

«Est puni d’un emprisonnement de six mois à cinq ans et d’une amende de 20.000 à 200.000 francs CFA (de 31 à 310 euros, ndlr) toute personne qui a des rapports sexuels avec une personne de son sexe», stipule l’article 347 bis du Code pénal camerounais.

De plus en plus d’arrestations sont rapportées par des organisations internationales, comme l’ONG américaine Human Rights Watch, et par des associations nationales, comme l’Association de défense de l’homosexualité (Adefho) et Alternatives-Cameroun. Selon elles, la plupart sont illégales: en principe, les homosexuels doivent être arrêtés en «flagrant délit». Mais ils le sont souvent sur dénonciation ou en raison de leur allure.

Jean-Blaise Kenmogne reste prudent sur la question du mariage entre deux personnes du même sexe, déjà légalisée dans une dizaine de pays dans le monde, dont un seul sur le continent noir: l’Afrique du Sud.

«L’homosexualité a toujours existé en Afrique»

«Il faut reconnaître que le mariage homosexuel pose une question fondamentale, celle de la famille et de sa vocation à perpétuer l’espèce humaine et à contribuer à la stabilité sociale. C’est donc une question à approfondir quand la société et l’Eglise ouvriront le débat sur l’homosexualité», réagit-il dans Homosexualité, Eglise et Droits de l’Homme – Ouvrons le débat (éd. Ceros), un livre d’entretiens avec Haman Mana, directeur de publication du quotidien Le Jour.

Mais quand il s’agit des autres droits, le militant écologiste n’hésite pas.

«Savez-vous qu’au Cameroun, le taux de prévalence du VIH-sida chez les homosexuel-les est cinq fois supérieur au taux de prévalence de la population en général et que le Cameroun a bénéficié de financements pour des programmes de santé ciblant les hommes qui ont les relations sexuelles avec les hommes?», interroge-t-il.

«Je sais aussi qu’il y a des situations où l’on a tendance à considérer les homosexuel-les comme des pestiférés ou comme des fous, avec les conséquences que vous pouvez imaginer. Est-ce ainsi qu’il convient de traiter les êtres humains? Voilà la question que je me suis posée et qui m’a poussé à répondre "non, non, non", catégoriquement "non"», explique le sexagénaire à son interlocuteur.

Un interlocuteur qui a voulu l’interviewer en incarnant le Camerounais moyen, qui considère l’homosexualité comme non-africaine. Une croyance que le pasteur dément en citant son compatriote et sociologue Charles Gueboguo, «qui tord le cou aux multiples clichés et au mythe d’une identité africaine sans aucune souillure d’homosexualité».

Le pasteur rappelle aussi que la revue Terroirs du Camerounais Fabien Eboussi Boulaga a souligné, dans un dossier, que cette orientation sexuelle «a existé et existe dans les grandes régions africaines que sont l’Afrique occidentale, centrale, orientale et australe».

«La Bible ne condamne pas les homos»

Au cours des échanges, Haman Mana compare l’homosexualité à des déviances.

«A vouloir être attentif aux mutations culturelles qui affectent la vision de la sexualité, on ne sera pas étonné qu’un jour l’inceste, la pédophilie, la zoophilie et autres pratiques de sexualité avec les cadavres auront aussi droit de cité», lance-t-il.

«Vous ironisez et je vois bien votre sourire, lui répond l’ex-mécanicien (…) Il est possible que les atomes s’accrochent réellement entre des personnes du même sexe. Dites-moi maintenant s’il peut y avoir des atomes crochus entre un être humain et un animal ou entre un être vivant et un cadavre.»

«Quant à la pédophilie, poursuit-il, il s’agit d’un crime perpétré contre des êtres fragiles, sans défense et qui n’ont donc pas atteint la majorité pour consentir à la demande sexuelle. La différence entre la pédophilie et l’homosexualité, c’est que dans ce dernier cas, il y a une relation amoureuse entre deux personnes de même sexe, majeures et consentantes. Il n’y a donc ni victime ni plaignant, ni préjudice pour l’une ou l’autre partie.»

Le théologien estime que ses positions ne vont pas à l’encontre des préceptes de la Bible. Mais bien des confrères et des fidèles ne font pas la même lecture des Ecritures Saintes. Et il s’attire leurs foudres et critiques.

«Je trouve ce livre très courageux dans le contexte d'homophobie généralisée qui est le nôtre, et surtout venant de la part d'un religieux, confie Stéphane Koche, chef de projet Projet d'assistance et d'encadrement des minorités homosexuelles (PAEMH), financé par l’Union européenne.

«C'était quelque chose à faire et je suis fier que ce soit lui qui l'ait fait. Malgré toutes les menaces, les insultes, les manipulations sournoises par ses pairs de l'Eglise Évangélique du Cameroun pour qu'il soit déchargé de ses fonctions.»

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