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Belissa Andia Perez
L’Examen périodique universel et les droits LGBTI: le Pérou

in PERU, 22/11/2012

Entretien avec Belissa Andia Perez, de Instituto Runa de Desarrollo y Estudios sobre Género, Pérou sur l'Examen périodique univesel, un nouvel outil de l’ONU pour les droits humains en faveur des droits LGBTI. Interview par Patricia Curzi

Belissa Andia Perez est la fondatrice du collectif Claveles Rojos, et est membre du Runa Institute for Development and Gender Studies (Institut pour le développement et les études de genre), Pérou. Elle a inauguré le secrétariat Trans de l’ILGA et l’a représenté de 2006 à 2010. Elle est actuellement spécialiste des programmes pour les personnes transgenres du Programme de la 10ème série du Fonds Mondial; elle est également une militante féministe passionnée.


En 2008, l’Institut Runa a présenté un rapport sur la situation des personnes trans au Pérou. Parmi les questions mises en avant dans le rapport Runa de 2008 sur les ONG, quelles sont celles qui devront faire l’objet d’un suivi durant la 14ème session de l’EPU ?

En 2008, nous avons principalement parlé des questions de violences contre les personnes transgenres, violences commises par la police nationale et la police municipale (Serenazgo* ) de Lima, qui sont des abus de pouvoir. Nous avons également dénoncé l’impunité dont bénéficient les cas flagrants de violation systématique des droits de cette communauté. Cette violence est souvent liée à la question de la prostitution des femmes transgenres : c’était une vraie priorité pour la communauté, ces violences atteignant des niveaux proches de la torture, de l’agression sexuelle et de l’enlèvement – nous nous sommes donc concentrés sur ces questions.

Nos tentatives d’ouvrir un dialogue avec le gouvernement local n’ont jamais abouti à des discussions directes sur le sujet ; ils n’ont jamais reconnu leurs responsabilités ; ils ne faisaient que recevoir nos plaintes écrites, pour y répondre des mois plus tard, en indiquant qu’ils n’étaient pas au courant des incidents signalés. Au contraire, ils affirmaient connaître des cas où la police municipale avait été agressée par des gangs de travestis. Mais les choses ont changé quand la nouvelle maire de Lima a été élue – elle est toujours en poste. On peut dire qu’il y a eu une trêve. Il y a tout d’abord eu une volonté politique d’éviter les interventions violentes habituelles, qui violaient clairement les droits des femmes transgenres se prostituant.

Nous avons cependant décidé d’inclure de nouveau ces questions dans notre rapport 2012, étant donné qu’elles n’ont pas été résolues par un travail plus approfondi sur les racines sociales et culturelles du problème. La violence s’est maintenant étendue à un vaste spectre transversal, par la violation d’autres droits, comme le droit à la vie, le droit à la sécurité personnelle, le droit de ne pas être arbitrairement détenu, le droit de ne pas être soumis à la torture ou à des traitements cruels et dégradants. Nous avons également signalé des violations de droits afférents, comme le droit de bénéficier des droits humains universels, le droit à l’égalité et à la non-discrimination, le droit à être considéré comme une personne juridique, à bénéficier d’un procès équitable, d’un travail, d’un logement adéquat, d’une sécurité sociale et d’autres mesures de protection sociale, du meilleur niveau possible de santé… Notre raisonnement est que, sans ces droits, il n’est pas possible d’assurer des conditions de vie respectant la dignité de la communauté transgenre.

* Police locale qui dépend de la mairie

Bien que votre organisation produise son propre rapport, vous êtes également en contact avec l’organisation LGBT péruvienne Promsex. Comment avez-vous collaboré ?

Nous avons présenté notre propre rapport pour discuter de nos problèmes spécifiques qui, lorsqu’ils sont présentés avec d’autres problèmes, sont souvent confondus avec les questions d’orientation sexuelle – les discriminations en raison de l’identité de genre deviennent invisibles. L’invisibilité ou la confusion pourraient réduire à néant nos efforts en tant que militants transgenres, qui vont dans le sens d’une meilleure identification de la nature des discriminations. Pour résumer : il faut éviter l’écueil du mélange entre discrimination liée à l’orientation sexuelle et discrimination liée à l’identité de genre.

Mais nous avons trouvé des points de convergence avec Promsex, en travaillant sur les questions des droits sexuels, qui nous concernent aussi. Nous avons ainsi trouvé dans ce domaine des questions communes sur lesquelles nous voulions attirer l’attention de diverses ambassades à Lima, ainsi que de missions à Genève. L’aide de l’ILGA a été essentielle pour ce lobbying, en nous donnant l’occasion de participer à la 14ème session de l’EPU pour le Pérou à Genève, pendant laquelle l’ILGA m’a apporté une aide technique découlant de sa grande expérience des rassemblements internationaux.

En 2008, vous n’étiez pas présents à Genève. Que vous a apporté le fait d’être présents à Genève durant le dialogue interactif de l’EPU ?

Quand nous avons envoyé le rapport de 2008, nous pensions que ce simple envoi suffirait pour attirer l’attention du gouvernement péruvien : pour nous, c’était une façon de réprimander le gouvernement par rapport à des situations non-résolues liées à la communauté transgenre, alors que l’état a l’obligation d’apporter des solutions aux problèmes. Mais j’ai réalisé que la seule remise du rapport n’était pas suffisante ; nous avions besoin de tirer parti du mécanisme de l’ONU dans toute son étendue. En nous y prenant largement à l’avance, nous avions besoin d’établir un plan de travail en collaboration avec le mouvement LGBT, en impliquant également des groupes travaillant pour les droits humains, plus des pays alliées. Pour arriver à convaincre, nous avions besoin de temps, de cultiver des relations à l’intérieur de ce système social. Je suis heureuse que la Slovénie, le Canada et les Pays-Bas aient fait des recommandations au Pérou à propos des questions LGBT lors de la 14ème session. Il reste maintenant à voir si le gouvernement péruvien mettra en pratique ces recommandations, comme il l’a promis.

Nous avions commencé par des activités de lobbying au Pérou (nous avions pris contact avec les ambassades des Pays-Bas et d’Espagne), puis à Genève, en prenant contact avec les missions de la Belgique, de la Slovénie, de l’Argentine et du Mexique, et avec le représentant de l’Union Européenne. Notre présence à Genève nous a permis de prendre contact avec des missions ayant des positions progressistes sur les questions qui nous concernent, et de mettre l’accent sur des recommandations que ces missions pourraient présenter afin de protéger les droits des personnes LGBT. J’ai également eu l’agréable occasion – grâce à l’ILGA – de rencontrer Rhoda Awino, une militante kényane de Minority Women in Action, qui se trouvait à Genève pour l’EPU de certains pays africains. Nous avons pu partager nos expériences, ce que nous avions appris ; et nous nous sommes mutuellement conseillées pour les activités de lobbying envers nos pays respectifs ici à Genève.

Comment s’est développée votre relation avec votre gouvernement, après la présentation par les ONG du premier rapport de l’EPU ?

Notre relation avec le gouvernement a toujours été distante, étant donnée sa réticence à aborder les questions des droits humains du mouvement LGBT ; notre relation ne dépasse pas une cordialité courtoise diplomatique. La question des droits LGBTI ne fait pas partie des priorités de ce gouvernement. Dans le premier plan national pour les droits humain (2006-2010), il y avait une référence à la prévention des violences et des traitements dégradants en raison de « la nature/l’orientation sexuelle », ce qui suggérait que ces questions seraient prises en compte dans le cadre fixé par la Constitution et la loi. Le même document mettait aussi en place des limites, puisqu’il indiquait que cette protection n’irait pas jusqu’à la reconnaissance du droit au mariage de même sexe, à la légalisation des unions de même sexe ou à l’adoption des enfants, toutes choses exclues par le cadre légal existant.

Le nouveau plan pour les droits humain (2012-2016) est actuellement en préparation ; nous espérons que cet avant-projet comprendra la question de l’identité de genre. Mais les documents de travail que j’ai examinés incluent cette question dans le chapitre sur l’orientation sexuelle : l’état continue à nous considérer comme un sous cas de l’homosexualité. Même en étant optimiste, cela signifie que les politiques publiques qui seront mises en place dans l’avenir se feront sur des bases conceptuelles erronées.

D’après votre propre expérience, quels conseils donneriez-vous aux organisations LGBTI qui n’ont jamais participé au processus de l’EPU ?

La question des droits LGBTI doit être déployée dans tous les espaces auxquels nous avons accès. Nous devons considérer l’EPU comme une excellente occasion pour travailler et réussir à influencer les politiques. De nombreux pays d’Amérique latine et des Caraïbes sont sensibles aux critiques et aux remarques venant de décideurs internationaux, que celles-ci les engagent ou non. Soyez donc assurés que même si nous n’arrivons pas à beaucoup progresser dans l’espace intérieur de nos pays, nous pouvons aller bien plus loin dans l’espace extérieur à ces pays.

Je ne veux pas finir sans signaler que pendant mon séjour à Genève, je n’ai pas manqué de goûter aux différents types de chocolats. Ils s’accordent si bien à la saison froide automnale ; quelques boîtes ont bien sûr trouvé leur place dans ma valise quand je suis rentrée chez moi. Nous avons également trouvé un endroit tranquille qui servait de la cuisine péruvienne, ce qui nous a permis de déguster deux plats emblématiques, le « ceviche » et le « causa » (préparé avec des patates jaunes). Et le moment de dire au revoir à Patricia et Rhoda est arrivé, après plusieurs jours de partage intense – ces aux-revoir vous brisent le cœur et vous mettent la larme à l’œil.


L’Examen Périodique Universel (EPU) , lancé par l’ONU en 2006, est un nouvel instrument pour les droits humains. Un premier cycle pour tous les pays s’est terminé en 2011.
Le deuxième cycle a commencé en juin 2012, 42 états faisant chaque année l’objet d’un examen par d’autres états. En quatre ans et demi, tous les membres des Nations Unies auront été examinés.  L’examen se compose de cinq étapes principales : rédaction de rapports, dialogue interactif entre les états membres, adoption du résultat des recommandations : adoption officielle du rapport par l’état, mise en œuvre et suivi. Chaque procédure implique des états, des ONG internationales et nationales, des instituts nationaux des droits humains et d’autres parties prenantes.  En 2012, la 14ème session de l’EPU a procédé à l’examen du Pérou ainsi que de treize autres pays. Le rapport des ONG a été envoyé sept mois avant la session d’examen, ainsi que le demande la réglementation.

 

D’autres interviews de militant-e-s LGBT à propos de leurs expériences du processus de l’EPU sont disponibles à l’adresse suivante: http://ilga.org/ilga/en/article/nsKSZ961xx

 

Versions en anglais, espagnol et portugais : cliquez sur le symbole de la langue à gauche de l’écran.

 

Traduction de l’anglais : François Peneaud

 

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