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Les autorités religieuses montrées du doigt.
Sénégal : Violences au quotidien contre les gays

in SENEGAL,

Un rapport de Human Rights Watch montre du doigt les violations de droits humains dont sont victimes les homosexuels. C’est le fait des familles, de la presse et des autorités religieuses en particulier, comme l’indique dans cet article un activiste de Aides Sénégal.

“Si vous voyez deux hommes ensemble vous devez les tuer” cette injonction d’un imam du quartier Mbao (périphérie de Dakar) donne un aperçu du plus fidèle compagnon des MSM (Men Having Sex With Men) au Sénégal: la violence. D'où le titre, Craindre pour sa vie, violences contre les hommes gays ou perçus comme tels, du rapport de Human Rights Watch de novembre 2010. Un document de 101 pages restitué discrètement à Dakar en début décembre.

La violence verbale vient des parents: “tu es le signe d’une malédiction, s’il y’ en a parmi nous à la maison qui ne travaillent pas c’est à cause de toi”, hurle la soeur d’un MSM. La famille passe parfois à l’action: frères et cousins n’hésitent pas à frapper celui qui est suspecté d'être goordjiguen (homosexuel en wolof). Lorsqu’on est jeune ou dépendant financièrement, perdre le soutien de la famille dans un contexte ou les liens du sang sont primordiaux équivaut tout simplement à mourir. Pour éviter ça certains MSM acceptent de subir la violence de leurs parents juste pour avoir le droit de rester dans la maison et éviter une violence encore plus grande, celle des voisins et amis.

La violence vient aussi des MSM clandestins, ceux qui couchent avec des hommes mais ont une femme ou une copine et sont officiellement hétérosexuels. Daouda s’entend dire qu’il “n’a pas le doit de”... ”répondre” aux “vrais hommes”. De cette altercation survenue en juillet 2008 il garde des cicatrices aux bras et au visage, l’un de ses agresseurs était armé d’un couteau.

Après avoir été tabassé ou déshabillé par des personnes vous suspectant d'être gay, inutile de penser aller au commissariat car les policiers s’illustrent par leur cruauté lorsqu’ils tiennent des MSM réels ou présumés. Laye arrêté en décembre 2008 à Mbao (périphérie de la capitale) se souvient: “Moi seul avait avoué être gay les 5 autres niaient. Mais après une heure et demie de coups quand la police a dit ‘dites nous que vous êtes gay’ tout le monde a avoué”. L’extorsion des aveux est systématique. Il suffit qu’un voisin vous suspecte d'être homosexuel pour qu’il vous dénonce à la police. Cette simple dénonciation autorise la police à vous arrêter. Le soupçon du voisin fait office de preuve. La police va user de la force pour vous faire signer un procès verbal d’audition. Moussa a été arrêté le 7 octobre 2005 à Guédiawaye, la police ne l’a pas surpris en plein acte sexuel mais cela n’a pas empêché les hommes en bleu de l’incarcérer pendant 6 mois sans le présenter au juge. Pour Moussa, la première épreuve fut l'interrogatoire: “le lendemain -de l’arrestation- le commissaire m’a interrogé, il m’a demandé plusieurs fois si j’étais gay. J’ai nié à chaque fois. Il a ramassé un tuyau métallique et il a dit qu’il me ferait très mal avec si je n'avouais pas. Alors j’ai avoué”. La police et les juges accordent peu d’importance au fait que l’article 319.3 du code pénal condamne les actes entre personnes du même sexe et non l’homosexualité.

Double est la violence subie par les MSM vivant avec le VIH. Impossible de prendre un traitement anti rétroviral à la maison car la famille, qui les violente moralement et les oblige à se marier, pourrait complètement les rejeter si leur séropositivité était découverte. Les médiateurs de santé conservent les ARV (anti rétroviraux) d’une cohorte de PVVIH (Personnes vivant avec le VIH), qui viennent s’approvisionner périodiquement. Mais les leaders MSM ne sont pas en sécurité car les autorités sanitaires qui les ont formés (pour exercer le métier de médiateurs de santé) et encouragés à intervenir dans la cible MSM n’ont pas encore intégré dans la loi une protection juridique de ces travailleurs, conséquence: les médiateurs de santé sont parfois menacés lorsqu’ils vont distribuer des préservatifs sur les lieux de drague. Parfois le harcèlement de la populace ou des policiers peut avoir des conséquences plus graves. Le cas le plus médiatisé fut l’arrestation en décembre 2008 de 9 membres d’AIDES SENEGAL qui venaient d’achever une action de sensibilisation. Ils seront condamnés le 6 janvier 2009 à 8 ans de prison pour actes contre nature et association de malfaiteurs avant d'être libérés le 20 avril 2009 en partie grâce à la pression internationale.


Le rapport accuse la presse et les prêcheurs d'être les instigateurs de la peur. Journalistes et religieux se complètent. Lorsque Serigne Modou Bousso Dieng dit en parlant des homosexuels “Nous devons traquer ces criminels et les exécuter sur la place publique” ses propos relevant de l’incitation publique au meurtre sont intégralement relayés par la presse. Pis cette dernière ne cherche pas à équilibrer l’information soit en interrogeant des universitaires ayant travaillé sur le fait homosexuel au Sénégal soit en citant des études sur l’homosexualité pourtant disponibles.


Human Rights Watch rappelle que les violences faites aux gays réels ou présumés violent le droit international, le droit à la vie privée et à la sécurité tous deux garantis par la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples ratifiée par le Sénégal depuis 29 ans.
 

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