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Ministère allemand des Affaires étrangères/Berlin
ILGA / diplomatie allemande

in GERMANY, 04/10/2004

Discours de Kursad Kahramanoglu à la réunion des ambassadeurs allemands à Berlin

Le 6 septembre, le secrétaire général de l’ILGA, Kursad Kahramanoglu, a été invité par le ministère allemand des Affaires étrangères à participer à une réunion-débat ayant pour objet : " Nouveaux challenges dans la politique internationale des droits humains – éviter la discrimination des minorités sociales ". La discussion était animée par la commissaire aux droits humains, Claudia Roth. Le discours qui suit fait partie d’un atelier donné dans le cadre de la Conférence annuelle des Ambassadeurs allemands.

L’atelier portait d’une part sur les nouveautés en matière des droits des minorités, et d’autre part sur les discussions actuelles relatives à la politique de non-discrimination. Dans ce contexte, une place particulière a été faite aux discriminations fondées sur l’orientation sexuelle.

Le Lesbian and Gay Liberation Front a bien voulu assurer la traduction allemande du discours de Kursad Kahramanoglu.

Il n’y a pas de hiérarchie en matière d’oppression ou de discrimination. Nous ne pouvons pas parler des " droits humains " si le moindre élément de l’identité humaine n’est pas protégé.

Madame la Commissaire Roth,
Commissaire Beck,
Mesdames les Ambassadrices et Messieurs les Ambassadeurs,
Chers invités,

Je vous dis un grand merci de m’avoir donné la possibilité de m’exprimer ici.

Je voudrais également remercier le ministère allemand des Affaires étrangères de m’avoir invité à cet important rassemblement et d’avoir inclus dans ce programme la non-discrimination fondée sur l’orientation sexuelle comme un droit humain fondamental.

Je m’appelle Kursad Kahramanoglu, et je suis secrétaire général de l’International Lesbian and Gay Association, plus connue sous son sigle, ILGA.

L’ILGA est la seule fédération internationale et sans but lucratif rassemblant des groupes locaux et nationaux qui travaillent pour des droits égaux en faveur des lesbiennes, des gays, des bisexuels et des transgenres. Fondée en 1978, l’ILGA compte maintenant plus de quatre-cents organisations membres, et est ainsi représentée dans quatre-vingt-dix pays, sur tous les continents. Ses buts sont d’obtenir des droits égaux pour les LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres), de les libérer de toute forme de discrimination et de promouvoir le respect pour les droits humains et les libertés fondamentales.

Lorsque nous parlons de " nouveaux challenges dans la politique internationale des droits humains ", je tiens à préciser immédiatement qu’il n’est pas question de " trier " ces droits. Au contraire, nous réaffirmons simplement les principes qui sous-tendent tous les traités internationaux sur les droits humains, nous soutenons les nombreuses décisions et les nombreux rapports, les rapporteurs spéciaux de l’ONU ainsi que la commission des Nations Unies chargée des droits humains elle-même.

" Tous les droits humains sont universels, indissociables, interdépendants et intimement liés. " La déclaration de Vienne précise que " les droits humains et les libertés fondamentales sont inhérents à tous les êtres humains ; leur promotion et leur protection incombent au premier chef aux gouvernements " et encore que " le caractère universel de ces droits et libertés est incontestable ".

Les principes d’universalité et de non-discrimination sont liés de manière intrinsèque. C’est l’ensemble des droits humains qui est renié si un seul groupe minoritaire est lésé. La Déclaration universelle des droits de l’homme indique explicitement que le principe de non-discrimination est à la base du texte.

Les LGBT sont de toutes les ethnies, de toutes les cultures, de toutes les religions. Ils ont le droit de ne pas être discriminés en raison de l’orientation sexuelle exactement de la même manière qu’ils ont le droit de ne pas être discriminés en raison de leur origine ethnique, de leur culture ou de leurs convictions religieuses. Tout comme les droits humains, l’identité de l’homme est indivisible : ainsi, nous ne pouvons pas parler de " droits humains " si le moindre élément de l’identité humaine n’est pas protégé.

L’ILGA soutient que tous ont le droit de vivre dans une société qui inclut (et non pas qui exclut) les expériences de ces personnes, dans laquelle leur culture fait partie de la culture globale de la société, et qui ne les discrimine pas en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre.

Malheureusement, tous les États n’acceptent pas une application universelle des droits humains aux LGBT. Le non-respect du principe crée un climat dans lequel intolérance et agressions se développent sans être réprimés. Il est essentiel que ceux qui comprennent les principes des droits humains affirment que ces derniers ne peuvent être déniés en raison de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre. C’est précisément pour cette raison qu’il est important que les ambassadeurs de ces pays s’opposent aux violations auxquelles ils assistent souvent impuissants – mais aussi qu’ils répètent que le principe de base des droits humains est qu’ils s’appliquent à tous sans une seule exception.

En dépit des avancées substantielles pour la reconnaissance des droits dans tous les pays du monde, les LGBT font toujours l’expérience de droits bafoués en raison de leur orientation sexuelle ou de leur orientation de genre. Tout autour du monde, des LGBT sont toujours victimes de harcèlement, d’humiliation, d’agressions physiques et verbales. Plus de quatre-vingts pays ont toujours des lois qui font d’une relation sexuelle entre deux partenaires adultes consentants du même sexe un délit criminel ; dans sept pays, la peine maximale est la peine de mort. Dans d’autres pays, des lois imprécises condamnant par exemple les " comportements inconvenants " pénalisent des personnes dont la seule mauvaise action a été de prendre un peu de distance avec des normes sociales particulièrement rigides.

Dans de nombreux pays, des personnes sont torturées ou maltraitées par la police en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre. De nombreuses personnes doivent faire face à de la violence dans leur propre entourage en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre. De plus, certains pays considèrent toujours l’homosexualité comme une maladie mentale ou comme une perversion ; des lesbiennes et des gays ont été utilisés pour des expériences médicales et forcés à suivre des traitements censés les " soigner " de leur homosexualité.

Ces violations répétées des droits humains ont été très bien relatées par les rapporteurs spéciaux de l’ONU. Le rapport sur la torture du rapporteur spécial Nigel Rodley, par exemple, énumère des cas de torture ou d’autres traitements cruels, inhumains ou dégradants contre des LGBT ; il faut y ajouter le viol par des policiers ou des agents de surveillance de prison, l’indifférence face à de mauvais traitements commis par des codétenus en prison, l’emprisonnement forcé dans des hôpitaux psychiatriques, des " thérapies de l’aversion " qui font appel à des traitements par électrochocs, et des menaces venant de l’Administration de révéler l’orientation sexuelle ou l’identité de genre afin d’intimider les LGBT et de les empêcher de réclamer leurs droits.

Les conclusions de ces rapports et d’autres comme celui d’Amnesty International sont représentatifs des abus des droits de l’homme dans chaque région et pays du monde… dans les pays musulmans comme l’Arabie Saoudite, l’Afghanistan et l’Egypte, dans les pays d’Amérique du sud comme le Pérou, le Venezuela, le Costa Rica, le Chili et l’Equateur, dans des pays comme le Népal, la Russie et le Zimbabwe… Mais aussi dans des pays soi-disant civilisés comme le Royaume Uni, les Etats-Unis et récemment la France.

Qu’est ce qu’un ambassadeur? Et à quoi sert-il ou sert-elle dans un pays où les préjugés et l’homophobie sont monnaie courante ? J’ai du me poser cette question à moi-même et y réfléchir avant de venir à cette réunion. Après tout, un diplomate n’est qu’un invité dans un autre pays, et il ou elle n’a pas le pouvoir de changer les choses, tout particulièrement les préjugés qui sont profondément enracinés dans de nombreuses sociétés. Vous connaissez certainement la réponse à cette question de rhétorique beaucoup mieux que moi. Un ambassadeur, spécialement un ambassadeur allemand, peut être une force de bien formidable pour les droits de l’homme dans de nombreux pays dans le monde.

Prenez mon pays, la Turquie. Pour des raisons historiques, politiques et économiques, l’ambassadeur d’Allemagne en Turquie a beaucoup d’influence et dans ce sens peut faire une grande différence. Le 29 janvier 2004, la commission sur la justice du parlement turc a voté pour amender la clause sur la discrimination dans le code pénal pour y inclure " la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle " en tant que délit. Les activistes homosexuels ont fait l’éloge de la législation qui permettrait de poursuivre toute personne refusant un service, un logement ou un emploi à quiconque sur la base de l’orientation sexuelle. Si la loi était votée, La Turquie serait le premier pays majoritairement musulman à voter une telle loi.

Mais le 6 juillet 2004, la commission parlementaire sur la justice a supprimé la clause sur la discrimination et a décidé de la remplacer par la clause sur la discrimination qui existe dans la constitution. Conformément à l’article 10 de la constitution turque, toute discrimination fondée sur la langue, la race, la couleur de peau, le genre, l’opinion politique, la religion, la dénomination et des motifs similaires est prohibée, mais il ne fait pas directement référence à l’orientation sexuelle. Ce processus a été décidé par le comité parlementaire du parlement turc, et le débat ne fait que commencer au sein du parlement lui-même. Un mot amical de l’ambassadeur d’Allemagne à l’oreille du gouvernement turc peut faire une grande différence dans la réflexion du gouvernement truc qui tient absolument à devenir un membre de l’UE.

Un autre exemple est le Népal. Le Népal vit actuellement une grande instabilité comme vous le savez tous. Des rapports d’un membre de l’ILGA au Népal font clairement état du fait que la situation, tant institutionnelle que physique, des personnes LGBT est également devenue très radicale et violente dans la vie de tous les jours. Malgré cela, l’ILGA envisage de tenir sa conférence asiatique au Népal afin de marquer sa position. Les diplomates allemands au Népal peuvent être une grande source de force et de protection si et lorsque nous maintenons ce projet de conférence.

L’année dernière, la Commission des Nations Unis pour les Droits de l’Homme a vu la plus grande présence LGBT jamais réunie, avec 40 activistes venus de toutes les parties du monde. L’ILGA, elle-même, a été capable d’organiser une équipe de 12 activistes. Ils sont venus apporter leur soutien à la résolution sur les " droits de l’Homme et l’orientation sexuelle " mieux connue sous le nom de résolution brésilienne. Elle déclare que la diversité sexuelle est une partie intégrante des droits humains universels. Comme vous le savez, cette résolution exceptionnelle a de nouveau été renvoyée à plus tard. Il n’est pas utile de vous dire que cette résolution, si elle devait être votée un jour, serait très utile dans le combat contre l’homophobie dans de nombreuses parties du monde. Je vous invite à user de cette chance historique d’aborder le sujet de la diversité sexuelle avec les gouvernements des pays où les personnes LGBT et leurs droits sont ignorés. Mais il se peut très bien que de nombreux pays soient bien disposés à notre égard : Nous avons besoin de votre aide pour nous assurer le co-parrainage le plus large possible, spécialement en Amérique latine et dans les Caraïbes. Cela va être aussi fondamental, car la résolution ne peut pas sembler être une " initiative occidentale ".

Je pourrais vous donner d’autres exemples, mais j’espère que le message est clair : Un ambassadeur allemand peut être un grand activiste des droits de l’homme, pourvu qu’il ou elle en ait la connaissance, la volonté et l’implication. Sur notre site internet, nous présentons, pour autant que nous le sachions, la situation légale dans presque tous les pays. Ma suggestion à votre égard serait de regarder les rapports d’Amnesty International et notre enquête légale sur la situation dans le pays dans lequel vous êtes basés et d’aborder la situation à la fois légale et sociale des personnes LGBT dans le dialogue que vous avez avec les gouvernements et les organisations non gouvernementales avec lesquelles vous travaillez et que vous soutenez.

La lutte contre tous ces abus répandus et récurrents contre les Droits de l’Homme est l’objectif de l’ILGA. Cela fait 26 ans que nous nous battons contre ces abus et organisons la cause de la communauté LGBT dans le monde. Pourtant, c’est l’un des nouveaux défis pour vous dans la " politique internationale des droits de l’homme ".

Il n’y a pas de hiérarchie dans l’oppression. Si nous voulons un monde libéré des discriminations, l’oppression sur la base de la sexualité est aussi importante que les autres formes de discrimination. Je dis ceci car c’est la première réunion jamais organisée au niveau des ambassadeurs dans un pays qui examine la manière dont ces représentants à l’étranger peuvent aborder le sujet de la discrimination sur la base de la sexualité.

Je vous remercie beaucoup de cette initiative et de m’avoir invité ici aujourd’hui.

Kursad Kahramanoglu
Secrétaire Général de l’ILGA
L’association Internationale Gay et Lesbienne

Le 6 septembre 2004

Traduction: Romain Muller et Eric Le Parc
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