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La technologie c’est bien, l’accès aux droits de l’eau pour les femmes, c’est mieux!

in INDIA, 08/12/2009

Dans les communautés pauvres, la technologie est souvent proposée comme une panacée contre la misère. La technologie telle que celle facilitant le puisage et la conservation de l’eau peut, effectivement, alléger la tâche des femmes dans leurs rôles de production et de reproduction. Mais est-elle suffisante pour garantir les droits de ces femmes ?

Source: AWID


Par Masum Momaya

La technologie allège les tâches quotidiennes

Chaque jour, de nouvelles technologies, des gadgets les plus sophistiquées des iPhones aux produits les plus simples comme les pompes et les objets en plastique, sont développées et mises à la disposition du public. Les gouvernements, le secteur privé et les philanthropes, soutiennent souvent ouvertement et financièrement ces innovations, persuadés que la technologie peut transformer la vie des gens, la voyant comme une panacée contre la pauvreté. Il est vrai que certaines technologies qui sont facilement accessibles, bon marché et d’usage simple sont une aide pour les gens dans leurs activités de tous les jours, particulièrement dans des milieux où les tâches les plus élémentaires représentent un dur labeur.

Prenons l’exemple de l’eau. Beaucoup de femmes dans le monde ont la responsabilité d’obtenir l’eau pour la consommation quotidienne de leur famille, pour cuisiner, laver et cultiver. Elles doivent souvent parcourir de longues distances, sur des chemins difficiles et dangereux, pour se rendre aux points d’eau, et revenir chargées de lourds récipients. Même celles qui ont un accès plus facile à l’eau grâce à un puits ou un système de tuyauterie souffrent d’un approvisionnement irrégulier, et l’eau « potable » est souvent contaminée d’éléments polluants et pathogènes.

Au cours des dernières années, un certain nombre d’innovations technologiques ont visé à rendre moins dure cette corvée liée au puisage et à la conservation de l’eau. Entre autres, le Hippo Roller, [Hippopotame à roulettes] un tambour en plastique équipé de roulettes permet de transporter assez d’eau pour une famille de cinq à sept personnes pour environ une semaine. Grâce à ce système, une femme ne passe plus que quelques heures par semaine, au lieu de plusieurs heures par jour, à aller chercher de l’eau et elle n’a plus à la transporter dans de lourds récipients sur la tête.

Dans les cas où il y a de l’eau dans le sol mais pas de puits où de tuyauterie pour l’atteindre, il existe maintenant une pompe à pédale (foot-peddled water pump) qui tire l’eau des nappes souterraines et permet l’irrigation de petites parcelles cultivées. Cette pompe rend des services appréciables aux petits agriculteurs dans le monde – dont une majorité de femmes – et qui pour la plupart, ne disposent pas de conduites d’adduction d’eau, de nappes libres ou de réservoirs pour l’irrigation.

Là où il y a des puits, la pompe à corde (rope pump) permet d’amener l’eau souterraine à la surface et élimine le besoin de stockage. La pompe est d’usage facile et permet aux femmes de tirer l’eau selon leurs besoins évitant les longs et dangereux voyages pour se la procurer.

 

La disponibilité et l’accessibilité de l’eau sont des obstacles

S’il est indéniable que ces technologies rendent la vie des femmes plus facile, elles ne sont cependant pas la panacée contre la pauvreté et ne peuvent rien au fait que l’eau est chaque jour davantage plus rare et plus chère.

Aujourd’hui dans le monde, 6 788 milliards de personnes doivent partager avec la faune et la flore, les écosystèmes, l’agriculture et l’industrie, moins de 1% de l’eau douce potable et accessible de la planète. Et cette quantité dérisoire va diminuant compte tenu des changements climatiques, de la contamination galopante et des besoins en eau toujours croissants liés aux activités humaines quotidiennes, agricoles et industrielles. [1]

Parallèlement, les gouvernements qui connaissent des difficultés financières pour assumer leur rôle de pourvoyeur de biens publics se tournent vers le secteur privé pour la fourniture de l’eau. Ce dernier, conscient du fait que l’eau est un bien encore plus précieux que le pétrole, a commencé à spéculer sur le besoin d’eau. Les banques et les milieux financiers ont découvert que l’eau représentait un domaine d’investissements dont les rendements sont sûrs et élevés et qui leur fournit l’occasion de se récupérer des pertes subies sur le marché financier et des prêts hypothécaires, et ce aux dépens des consommateurs. [2]

La rareté croissante de l’eau et la privatisation des services liés à sa fourniture touchent les femmes de plein fouet et de diverses manières. Premièrement, tandis que des sociétés privées acquièrent les droits sur des sources ou des points d’eau douce, les femmes qui s’y approvisionnaient n’y ont plus accès ou du moins n’y ont plus un libre accès, devant parfois payer pour s’en approcher. [3] Deuxièmement, les compagnies devenues propriétaires des sources, dans leur recherche de profits, mettent l’eau en bouteille pour la vendre plutôt que de la laisser à disposition de la population locale. Même dans le cas où les compagnies privées construisent des systèmes d’amenée et de distribution de l’eau pour les communes, elles la vendent à des prix prohibitifs que les femmes les plus pauvres ne peuvent pas payer. [4] Et comme rien ne remplace l’eau, qu’elle est indispensable, en l’absence de régulations, les compagnies peuvent demander les prix qu’elles veulent, et les consommateurs sont des clients captifs par excellence.

De nombreuses entreprises continuent également d’utiliser l’eau à des fins de production industrielle et de polluer avec leurs rejets les sources et les nappes phréatiques, les rendant inutilisables. C’est ainsi que les entreprises ont une autre arme pour assurer la demande du marché pour “leur” eau : polluer les puits. [5] Les nouvelles technologies de puisage et de stockage ne servent donc à rien si les femmes ne peuvent pas physiquement et/ou financièrement accéder à l’eau.

Mais il existe encore un autre obstacle de taille.

 

L’eau : un produit de luxe?

Les problèmes d’accessibilité physique et financière sont hélas les symptômes d’un mal plus grand : l’eau est vue aujourd’hui comme une commodité, presque un produit de luxe, plutôt que comme un bien de base. Et quelquefois, les décideurs agissent comme si les promesses de la technologie pouvaient remplacer les droits eux-mêmes. En d’autres termes, tant qu’on donne des gadgets aux femmes, pourquoi auraient-elles besoin de droits.

Les Nations Unies et l’Organisation mondiale de la santé, travaillant au coude à coude avec de nombreuses ONG, se battent pour garantir aux populations un accès convenable à l’eau potable, et dans la mesure du possible faire en sorte que sa gestion soit assurée par les communautés elles-mêmes plutôt que part une bureaucratie étatique ou une entreprise privée. La gestion communautaire réduit la dépendance vis-à-vis du gouvernement central et du secteur privé en ce qui concerne ce besoin de base et fait que les populations – et non pas le gouvernement ou les intérêts commerciaux – en deviennent les premiers bénéficiaires.

Une technique fort ancienne illustre cette approche. Les cultivateurs utilisant le système de captage des eaux pluviales (rainwater harvesting - RH), – le plus souvent des femmes – « captent » et stockent l’eau pendant la saison des pluies pour l’utiliser pendant le reste de l’année. Outre le fait d’impliquer les communautés locales dans l’évaluation des besoins en eau et dans la construction de systèmes adéquats de capture, RH réduit le travail quotidien des femmes consacré au puisage de l’eau, permet d’économiser sur l’achat de l’eau, améliore les conditions sanitaires et d’hygiène et augmente les revenus issus des récoltes.

Voici donc un exemple de technologie participative qui conduit à l’accession aux droits. Grâce à leur propre expérience de cette technique, et l’aide et la formation dispensées par les ONG locales, les gens participent dans des processus politiques qui influencent non seulement la gestion des ressources mais également d’autres domaines qui y sont liés comme la santé, les conditions sanitaires, et les politiques agricoles et commerciales. Pour les femmes, en particulier, ces technologies participatives sont pleines de promesses quant à la protection de leurs droits et l’amélioration de leurs conditions de vie. Dans ce sens, la technologie est un facilitateur, et les tâches quotidiennes peuvent devenir une opportunité de participation et de transformation.

 

 

Références :
[1] www.alternet.org/story/105083/why_big_banks_may_be_trying_to_buy_up_your_public_water_system/
[2] ibid.
[3] Shiva, Vandana. Water Wars: Privatization, Pollution and Profit. Boston: South End Press, 2002.
[4] ibid.
[5] ibid.

 

** Cet article a été traduit de l'anglais par Monique Zachary
Licence de l'article: Creative Commons - Titulaire de la licence de l'article: AWID

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