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Homophobie meurtrière au Cameroun : Des activistes LGBT prennent la parole: M. E., CAMFAIDS

in CAMEROON, 12/11/2013

Discussion organisée et soutenue par: Camfaids, Alternatives Cameroun, ILGA, Dialogai - Le mercredi 18 septembre 2013 à 18h00, Dialogai, rue de la Navigation 11-13, Genève

Intervention de M. E., CAMFAIDS


Bonsoir,

C’est avec un sentiment mitigé que je prends la parole cet après midi.
D’une part, je suis fier de voir que vous avez pu malgré vos agendas très chargés sacrifier un peu de votre temps pour honorer de votre présence à l’invitation que vous ont envoyé nos partenaires ILGA et Dailogai, pour venir nous écouter et partager avec nous nos déboires, et les moments difficiles que nous traversons et dont nous faisons face en ce moment, et au quotidien dans notre cher et beau pays le Cameroun.

D’autre part, c’est avec beaucoup de tristesse et d’inquiétude que je prends la parole devant vous, ceci dû non seulement à la perte brusque et dans des conditions macabres de notre collègue et ami activiste camerounais, le regretté ERIC OHENA LEMBEMBE, mais aussi du climat ou du taux d’homophobie qui règne et ruine en tuant à petit feu la communauté LGBTI du Cameroum.

ERIC OHENA était un jeune activiste camerounais. Il a fait des études de journalisme et était détenteur d’un brevet de technicien supérieur et une licence en communication. Il est l’un des membres fondateur de la Cameroonian Foundation For Aids ( CAMFAIDS) en 2009, une association identitaire qui lutte contre le VIH/SIDA, et qui lutte pour l’égalité, le respect et la protection des droits des personne LGBTI au Cameroun et dont il était le Directeur Exécutif .

Sollicité par une autre organisation non identitaire pour son talent comme journaliste, il sera engagé dans ladite ONG comme rédacteur en chef d’un journal mensuel intitulé : LA TRIBUNE DU CITOYEN.

Malgré le fait qu’il ait été engagé ailleurs, ERIC a toujours participé aux activités de la CAMFAIDS et veillé à la bonne marche de celle-ci.

Malgré le climat de peur et de menaces homophobes qui régnaient Eric, en tant qu’activiste engagé et dévoué, écrivait des articles qu’il publiait dans le journal dont il était rédacteur en chef dans son propre service ou il avait été engagé, mais aussi dans un site web américain (Erasing Crime76) via un journaliste écrivain américain. Ces écris étaient basées sur les abus, les discriminations, les stigmatisations faites aux homosexuels aux Cameroun perpétrés par les policiers, les gendarmes, les militaires, les hommes d’églises, les, hommes politiques, les médecins et même par les responsables de certaines entreprises.

Malgré de multiples menaces, parfois physique, et verbales à travers des emails des sms et à travers les médias, ERIC n’avait jbaissé les bras en aucun moment et ne c’était jamais laissé intimider dans ce combat que nous avions entrepris de mener jusqu’au bout malgré les mauvaises conditions de travail.

Il a toujours montré sa solidarité et son soutien aux autres organisations luttant pour la même cause à l’instar : d’Alternative Cameroun, et de M. Michel TOGUE avocat défenseur des droits des LGBTI. Tour à tour les membres d’Alternatives Cameroun et Me Togué ont été frappées par une vagues de menaces.
Pour dénoncer cela, ERIC a écrit des articles où il interpellait les autorités et le gouvernement camerounais à prendre des mesures strictes et efficaces afin que les commanditaires desdits actes soient arrêtés et punis par la loi.

Deux semaines juste après sa dernière publication sur le cambriolage du bureau de M. TOGUE, un autre coup est porté par une femme commissaire contre son voisin homosexuel qu’elle accusait d’avoir violé sa fille de 5 ans . Je me rappelle encore les mots d’ERIC concernant cette affaire, je cite: « je viens écrire un article poignant sur cette affaire ». Et trois jours après, plusieurs appels sans réponse, constatant aussi son absence à la réunion de coordination de la CAMFAIDS qu’il avait lui même programmé, et à une sortie qu’on devait effectuer ensemble le samedi 13 juillet, enfin, connaissant aussi que c’est quelqu’un qui n’étaignait jamais son téléphone portable: c’est ainsi que je le découvre mort et enfermé de l’extérieur de sa chambre après avoir sauvagement été assassiné comme le démontrait visiblement son corps.

En découvrant son corps j’ai été anéanti, et pris par un vif courant de peur car je n’en croyais pas mes yeux, j’étais diminué. Si quelqu’un d’autre m’avait annoncé la mort d’ERIC, je n’aurais pas cru. Car comme on lui disait toujours, si Dieu ne l’avait pas crée, nous l’aurions nous même crée parce qu’il était quelqu’un de spécial.
Eric, était comme le google de la communauté LGBTI de Yaoundé et de Douala, un rassembleur. C’était une personne ressource, un travailleur, un garçon très intelligent, sociable, et très attentionné. Il prenait le temps d’écouter tout le monde et essayait d’aider en toute circonstance.

Depuis son assassinat, les menaces, les attaques et même le taux d’homophobie ont augmenté voir même doublé.
Ce qui plonge toute la communauté et surtout les défenseurs des droits humains dans un climat de peur totale, parce que nous défendons l’indéfendable et ce qui, aux yeux de certains, ne devrait pas être revendiqués.

Cette situation a fait que les archives de notre association qui se trouvent chez moi. CAMFAIDS n’a pas de local et j’ai prêté mon appartement. Du coup, non seulement les archives ne sont pas en sécurité mais ma propre personne et les membres de notre associations ne sont plus en sécurité.

ERIC était un très grand activiste dévoué, qui s’est lancé et donné à corps perdu pour la lutte contre le VIH/SIDA, et pour la défense, l’égalité, et le respect des personnes LGBTI. ERIC est mort mais il a vécu et lutté pour une cause à laquelle il croyait.

En tant qu’activiste engagé, collègue et ami d’ERIC, pour honorer sa mémoire, en continuant le combat qu’on a commencé, au nom de toutes les associations des personnes LGBTI du Cameroun :
- j’implore un soutient et la solidarité internationale en terme de diffusion d’informations et d’actions avec nous les associations locales qui voulons continuer la lutte et la mener jafin de pouvoir un jour changer les choses, et les mentalités.
- J’implore un soutient en terme de renforcement de capacités, d’infrastructures et de logistique : car nous travaillons sans matériel, ce qui rend de plus en plus difficile et empêche l’avancement effectif de notre combat.
- Enfin, j’implore le soutien et la participation financière des organismes internationaux et des gouvernements internationaux. Car, nous avons des idées et pleins de projets de lutte pacifique et de plaidoyer sanitaire et gouvernemental pour le changement des mentalités et la baisse du taux d’homophobie. Mais sans moyens et sans soutien nous n’y pouvons rien.

Espérant que le combat continuera et que nous vaincrons un jour grâce à votre soutien, car la victoire viendra de nous, mais grâce à votre soutien, je vous remercie pour votre écoute.

  

Voir aussi aperçu général du panel ICI

 

Pièces jointes: Flyer Discussion Cameroun
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