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Homophobie meurtrière au Cameroun : Des activistes LGBT prennent la parole, Alternatives Cameroun

in CAMEROON, 12/11/2013

Discussion organisée et soutenue par: Camfaids, Alternatives Cameroun, ILGA, Dialogai Le mercredi 18 septembre 2013 à 18h00 Dialogai, rue de la Navigation 11-13, Genève

Intervention de F. M., Alternatives Cameroun

Je voudrais remercier tout d’abord toute l’assistance d’avoir pris du précieux temps pour venir ici et c’est un honneur pour moi et mon collègue M.E. de l’association CAMFAIDS qui est dans la salle d’être ici parmi vous et de pouvoir nous exprimer car chez nous au Cameroun nous n’avons pas souvent ce genre d’espace comme celui-ci où nous pouvons nous exprimer.
Je voudrai aussi remercier les représentations pays qui ont faites des recommandations sur la situation des LGBT au gouvernement Camerounais et les ambassades des pays qui nous ont soutenus sur place.

Le Cameroun est l’un des 38 pays d’Afrique où les pratiques homosexuelles sont pénalisées par la loi. Sans parler du contexte social qui est caractérisé par un sentiment quasi généralisé d’homophobie ou l’homosexualité est instrumentalisé comme un moyen d’ascension sociale et une pratique qui contribuerait à renforcer les frustrations chez les camerounais durement éprouvés par la crise économique, et la précarité.

La situation s’est empirée depuis le dialogue interactif de l’EPU du Cameroun en mai dernier à laquelle j’ai participé ici à Genève, avec une recrudescence des violences, menaces et attaques contre les personnes LGBT et leurs défenseurs, on a :
- Les bureaux d’un avocat qui défend les personnes incarcérées sur la base de leur SOGI à Yaoundé ont été saccagées
- Les bureaux d’un réseau de défenseurs des droits de l’homme auquel nous sommes membres ont été aussi saccagés à Douala.
- Notre centre LGTB dénommé Access center a été incendié par les populations riveraines et nous ne pouvons plus y travailler jusqu’aujourd’hui ;
- Notre cher ami et collègue Eric Ohena Lembembe de l’association CAMFAIDS, activiste LGBT et Journaliste a été sauvagement assassiné et retrouvé mort chez lui
- Une journée nationale de lutte contre l’homosexualité a même initié au Cameroun par un journaliste homophobe qui a fait une marche très apprécié et encadrée par les forces de l’ordre qui l’encourageait lui et ses participants.
La liste n’est pas exhaustive, aujourd’hui nous sommes obligés de nous cacher pour mener des activités à l’endroit des personnes LGBT au Cameroun. Notre présence ici est même un grand risque pour nos vies et celles de notre entourage car si vous entendu le Secrétaire General Ban-ki-Moon qui a alerté les gouvernements de ne pas harceler les activistes qui participerait à l’EPU lors de leur retour dans leurs pays d’origine.

Cette situation que nous vivons au Cameroun est très contradictoire car le même gouvernement qui encourage la haine envers les homosexuels veut mener des actions en faveur des ceux-ci. Nous avons le programme du FM de lutte contre le VIH où les MSM sont considérés comme groupe cible prioritaires conformément au PNLS initié par notre ministère de la santé car la prévalence au VIH est tellement élevé dans la Communauté MSM qu’avec le multi partenariat de cette cible la population générale coure aussi le risque de voir son taux d’infection augmenter. Nous avons par exemple 24% de prévalence au VIH à Douala et 44% à Yaoundé selon une étude que nous avons menée avec l’USAID et le gouvernement Camerounais.

Mais comment pouvons-nous travailler dans ce genre de conditions et baisser le taux d’infection à VIH dans la population MSM et la population générale, où on a d’un côté la justice et la société qui favorise la haine envers les LGBT et d’un autre coté le Ministère de la Santé qui reçoit des fonds du Fonds Mondial pour faire des actions en faveur de ces populations ?

Comment pouvons vivre dans un Etat de droit tel que le Cameroun quand les forces de l’ordre en civile s’infiltrent dans les réseaux sociaux GAY pour nous traquer, nous tendre des pièges et nous traduire illégalement et arbitrairement devant la Justice ?

Nous n’arrivons même plus à travailler et subvenir aux besoins des MSM au Cameroun en termes de santé et de droits à cause :
- Manque de moyens matériels, humains et financiers des organisations LGTB pour effectuer toutes les activités citées.
- Ignorance de la population, tabou sur les questions liées à l’homosexualité au Cameroun, renforcé par la criminalisation
- Législation camerounaise en l’encontre des LGBT qui renforce l’homophobie, la discrimination et la stigmatisation dans les centres de santé et autres services publics
- Instrumentalisation des questions liées aux LGBT à des fins politico-sociales ( l’approche des élections législatives et municipales)
- Ingérence criarde de de l’idéologie gréco-romaine (l’église catholique et autres obédiences) dans les décisions politiques et sociales camerounaises.
- Impunité des agents de forces de l’ordre sur les viols et violations des personnes LGBT

Tout ceci contribue à empirer la situation non pas seulement des personnes LGBT mais des citoyens Camerounais présumés comme telles.

Comme pouvons-nous lutter contre le VIH dans un pays ou le gel lubrifiant qui est un outil de prévention IST/VIH/SIDA est considéré comme une preuve de délit d’homosexualité et a conduit deux jeunes personnes trouvées en sa possession ?

Comment pouvons-nous infliger à une personne des examens anaux qui sont de nature humiliante et torturante pour prouver que cette personne a déjà reçu des actes de pénétration et la traduire devant les tribunaux ?

Excusez-moi mais tout ceci est scandaleux et outrageux d’autant qu’on n’a pas beaucoup de moyens d’agir et qu’on ne peut compter que nous même pour faire avancer les choses.
Nous avons par exemple l’habitude de recevoir de très jeunes personnes de moins de 17 ans qui ont été rejeté de leur cocon familial à cause de leur SOGI et qui sont obligé d’avoir recours à la prostitution pour survivre ils n’ont pas d’autres choix que d’avoir des rapports sexuels non-protégés et très risqués pour espérer une plus forte rémunération. Et vous n’imaginez pas notre désarroi face à cette situation quand ces jeunes nous reviennent bousillés et meurtris par la société.

C’est ce que nous vivons à l’extérieur et qu’en est-il des personnes incarcérées pour homosexualité dans les prisons camerounaise hyper-peuplées, je n’ose même pas vous relater ce qu’ils y vivent, par ce que c’est pire que l’enfer. Dès qu’ils entrent en prison les gardes prisonniers se chargent d’informer publiquement les autres prisonniers ce pourquoi ils sont là. Et vous imaginer le drame après entre les viols les passages à t’abats. Et vous n’avez d’autres soutiens que ceux des organisations comme les nôtres qui passent de temps en temps vous voir et vous encouragez car votre propre famille ne peut pas venir vous rendre visite car c’est une grande opprobre pour elle que soyez homosexuel. Tous ceux qui en sortent vivant, sont déconstruits et ont sur eux des stigmas irréversibles et sont les damnés de la société Camerounaise.

N’oublions pas les violences faites aux femmes à cause de leur sexualité et/ou leur identité car personne n’en parle pourtant elles existent et sont criardes. Hier encore une lesbienne s’est présentée dans notre organisation par ce qu’elle s’est faite tabassée par son copain qui est le père de son enfant et qui a su qu’elle entretenait les relations avec les femmes et celui-ci a porté plainte contre elle pour lesbianisme et la menace de lui prendre la garde de son enfant si elle ne change pas. Elle comparaitra le 23 Octobre prochain au tribunal et je ne puis vous rassurez que nous trouverons une défense pour elle, faute de moyens et de ressources.

De tel cas comme celui que je viens de mentionner sont légions chez nous mais nous ne voulons pas fuir notre pays et aller loin de chez nous pour demander l’asile en Occident ou ailleurs, loin de nos familles et de nos amis même s’ils parfois ceux-ci nous rejettent. Nous voulons rester vivre au Cameroun car nous en sommes des citoyens à part entière comme tout le reste des autres Camerounais avec des droits mais aussi des devoirs. En plus de cela si nous partons tous qui restera pour développer l’Afrique et ses infrastructures.

La situation est très compliquée en ce moment car nous avons les élections législatives et municipales chez nous et nous ne savons pas comment cela va se passer et j’attire surtout toute votre attention car la situation des LGBT est alarmante au Cameroun et nous n’avons plus d’autre recours que vous et la communauté internationale pour plaider en notre faveur et faire pression sur le gouvernement Camerounais pour que nos droits soient respectés et nos vies épargnées.

Je m’arrête là par ce que je pourrai prendre toute cette nuit pour vous raconter les situations déplorables que nous vivons.

Je ne peux terminer ce discours sans toutefois remercier ILGA de nous avoir fait participer mon collègue M. E. et moi-même à cette rencontre pour vous exprimer nos difficultés et celle de la communauté LGBT Camerounaise toute entière, Milles fois merci Patricia et André, Milles fois merci ILGA.


Voir aussi aperçu général du panel ICI

Pièces jointes: Flyer Discussion Cameroun
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