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Quand la notion latino-américaine de « race cosmique » guide les questions LGBTI

in WORLD, 07/08/2013

Tamara Adrian, avocate, docteur en droit, professeur de droit, militante LGBTI, responsable par intérim du Secrétariat Trans de l’ILGA, avec Diverlex – Diversidad e Igualdad a través de la ley.

Les droits humains sont inhérents aux êtres humains et devraient valoir de façon égale et universelle, sans discrimination. Combien de fois pourtant ne restent-ils que de simples désirs humains ! Ainsi, les gouvernements ne devraient pas conférer ces droits humains à leurs citoyens, car ils y ont droit du fait même de leur existence. Trop souvent pourtant, de nombreux États privent leurs populations – ou une partie d’entre elles – de ces droits à cause de préjugés enracinés dans la tradition. Ainsi, on peut affirmer que si le combat pour inscrire des droits égaux dans la législation fut un combat contre des lois ségrégationnistes fondées sur des notions telle que la race, le sexe, l’orientation sexuelle ou l’identité de genre, la lutte pour des droits égaux au quotidien est une lutte contre les préjugés et les valeurs dites « traditionnelles » fondées sur ces mêmes préjugés.

En 1925, José Vasconcelos Calderón publia un essai, La race cosmique. Mission de la race ibéro-américaine, dans lequel il décrivait la population latino-américaine comme la première « race de synthèse sur la planète » – laquelle aurait, dès lors, le pouvoir de transformer le monde.

Aujourd’hui, au plan mondial, l’Amérique latine est à la tête des efforts visant à abolir les lois engendrant une ségrégation fondée sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre, et promeut l’égalité des LGBTI. A tel point que de nombreuses lois et décisions judiciaires qui y sont adoptées peuvent être considérées » en avance sur celles d’autres continents. Nous mentionnerons ici, d’une part, quelques exemples de telles lois et décisions, et, d’autre part, nous nous arrêterons quelques instants sur les forces fondamentalistes, notamment de nature religieuse – comme les mouvements politiques associés à certaines Églises évangéliques –, qui entendent obstruer, inverser ou empêcher certaines avancées et rendre de nouveau invisible la population LGBTI.

I. Certains pays d’Amérique latine vont bien plus loin que d’autres continents en matière de reconnaissance légale de l’identité de genre. La loi argentine de 2012 relative à l’identité de genre permet de changer officiellement de nom et de sexe et prévoit la délivrance d’un nouvel acte de naissance, reflétant la perception de l’identité de genre de la personne concernée. La procédure, entreprise devant un officier d’état-civil, est lancée sans qu’il soit nécessaire de produire la preuve d’un traitement hormonal, d’opérations chirurgicales, des rapports médicaux ou psychologiques, ou quelque autre élément. L’officier d’état-civil ne peut s’opposer à la demande, qui dépend entièrement de la volonté de la personne concernée. L’ensemble de la procédure ne prend qu’une dizaine de jours ouvrés, délai après lequel le demandeur reçoit un nouvel acte de naissance, une nouvelle carte d’identité, un nouveau passeport, et peut demander la mise en conformité de tous les autres documents délivrés précédemment. La procédure peut être entamée par une personne mineure, avec l’accord de ses parents. De plus, la reconnaissance de l’identité de genre peut être demandée par des étrangers résidant légalement en Argentine, si les autorités de leur pays d’origine ne le leur permettent pas.

D’autres pays suivent l’exemple argentin. Ainsi, en Uruguay, la loi de 2009 relative à l’identité de genre s’applique désormais de façon plus souple, bien qu’elle prévoie (comme c’est le cas à Mexico) une décision judiciaire. Le Chili et l’Équateur ont adopté en première lecture un projet de loi sur l’identité de genre. Une initiative similaire est en cours au Costa Rica.

En l’absence d’une loi sur la question, certaines décisions judiciaires, au Chili, en Bolivie et au Brésil, ont permis de reconnaitre de façon pleine et entière l’identité de genre de personnes transgenres sans que soient exigées des opérations chirurgicales. Quant à l’Équateur et à la Colombie, ils autorisent le changement gratuit de nom (et non de sexe) par n’importe quelle personne, sur simple demande administrative.

S’agissant de l’orientation sexuelle, plusieurs pays d’Amérique latine garantissent des droits égaux aux couples de même sexe et à leurs familles. Ainsi, l’Argentine, l’Uruguay et Mexico autorisent le mariage, la coparentalité et l’adoption conjointe, tandis que la Colombie, l’Équateur et le Brésil garantissent des droits égaux à tous les couples. Ces droits ont été reconnus par des arrêts de la Cour constitutionnelle de Colombie et de la Cour suprême du Brésil. Le mariage entre personnes du même sexe est actuellement en discussion au Congrès colombien.

Enfin, d’autres pays, comme la Bolivie, ont criminalisé l’homophobie, et d’autres encore, comme le Costa Rica, les crimes de haine.

II. La situation n’est pourtant pas rose partout. Pas même dans les pays susmentionnés. Les fondamentalistes religieux sont très virulents dans toute la région. Au Brésil, un chef religieux raciste et homophobe a été nommé à la tête du Comité des droits de l’Homme du Congrès, poste à partir duquel il tente de faire marche arrière sur toutes les avancées acquises. Dans d’autres Etats, comme au Pérou et au Venezuela en Amérique du Sud ou dans la majorité des pays d’Amérique centrale et des Caraïbes, les améliorations en termes d’égalité des droits et des chances sont minimes voire nulles. Au Venezuela, on ne reconnaît l’identité de genre dans la population trans qu’aux personnes nées avant 1977. En effet, depuis 1998 aucune demande de reconnaissance de changement de genre n’a été accordée. Je considère néanmoins que ces contradictions sur le continent ne sont pas réellement liées aux notions de Droite et Gauche, trop souvent utilisée pour expliquer qu’on soutient ou non l’égalité des droits des LGBTI.

En conclusion, nous voyons des signes patents que la « race cosmique » offre des solutions nouvelles et originales pour les droits LGBTI. Nous sommes devenus un modèle dans le monde. Nous avons même proposé de ne plus mentionner le genre dans les documents officiels, dans la mesure où cette indication ne sert qu’à octroyer ou refuser des droits à certains, comme c’était le cas autrefois avec la mention de la race ou de la religion. Une réponse cosmique et innovante aux luttes LGBTI serait-elle en train de naître ?

Pourtant, malgré ces progrès, nous voyons également poindre les signes d’un mouvement fondamentaliste beaucoup plus fort et mieux coordonné qui pourrait entraver la poursuite de ces avancées à l’avenir.

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