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MENA, la région Moyen-Orient et Afrique du Nord : Développer des communautés LGBTI dans un environnement hostile

in WORLD, 07/08/2013

Yahia Zaidi: Membre du comité Pan-Afrique de ILGA

Cette région recouvre le territoire du sud de la mer Méditerranée, de l’ouest du golfe Persique, de l’est de l’océan atlantique et du nord du désert du Sahara. Elle a, dans le passé, fait partie des civilisations et des empires égyptien, assyrien, babylonien, phénicien, carthaginois, mauritanien et numide. Depuis le septième siècle, la civilisation arabo-musulmane domine la région et a profondément imprégné de nombreuses cultures et langues locales, tels que ceux des Tamazight (Berbères), Coptes, Nubiens, Kurdes, Assyriens, Araméens, Somaliens et Afars. En dehors d’Israël, les 22 pays qui composent actuellement la région sont tous membres de la Ligue arabe.

La région MENA (« Middle Eastern and North Africa ») correspond à deux régions de l’ILGA : l’Asie et l’Afrique. L’ILGA a accueilli six nouvelles organisations de la région lors de sa dernière conférence mondiale en date, à Stockholm en décembre 2012. Il y a aujourd’hui neuf membres de Pan Africa ILGA venus de la MENA (sept du Maghreb et deux de la vallée du Nile, mais aucun de la corne de l’Afrique) et cinq membres de l’ILGA-Asie (quatre du Levant et un du golfe).

La principale caractéristique actuelle de la région MENA est sa jeunesse. Les jeunes sont à la recherche de la liberté et de l’expression personnelle, après des siècles de régimes coloniaux et des décennies de dictatures postcoloniales. La révolution du « Printemps arabe » en Tunisie en 2012 s’est rapidement étendue à l’Égypte, la Lybie et la Syrie. Des soulèvements ont également eu lieu à Bahreïn et au Yémen, mais ils ont été réprimés par les gouvernements avant d’avoir pu impulser de vrais changements. Depuis le Printemps arabe, la violence et les souffrances ont encore été fréquentes.

Les religions, les religions, les religions

Bien que la population de la région MENA soit très majoritairement d’obédience musulmane sunnite, elle comprend aussi des minorités de Musulmans shiites , de Chrétiens et de Juifs, en particulier au Liban, un petit pays dont la population comporte des fidèles de pas moins de 18 branches de l’Islam, du christianisme et du judaïsme. La Syrie, l’Irak et la Jordanie ont aussi des minorités religieuses d’une certaine ampleur.

De nombreux pays de la région MENA ont des systèmes judiciaires basés sur la Charia, la loi islamique, et de nombreuses constitutions qualifient explicitement l’Islam de religion d’état, même quand les minorités non-musulmanes sunnites représentent jusqu’à 40% de leurs populations. Le conflit entre les Sunnites et les Chiites dure depuis des siècles dans la région, de façon explicite en ce moment en Irak et en Syrie. Les Chiites sont la minorité religieuse qui subit le plus de discriminations dans la région : par exemple, l’entrée en Égypte est refusée à nombre d’entre eux, et malgré le fait qu’ils forment la majorité de la population de l’île-état de Bahreïn, ils sont opprimés par le régime formé par la minorité sunnite. La violence homophobe semble malheureusement être le seul point commun entre les religions majoritaires et minoritaires de la région MENA.

« Ce n’était qu’une tentative de viol… »

Toutes les religions de la région MENA soutiennent un patriarcat dans lequel les femmes, opprimées et traitées comme des citoyens de seconde zone, doivent obtenir la permission de leurs maris, pères et frères pour entreprendre de simples activités quotidiennes. La sauvegarde de leur virginité, avec pour preuve leur hymen, préserve leur honneur personnel et celui de leurs parents masculins, quel que soit par ailleurs le comportement de ces hommes.

Quand Wian, une enfant de 10 ans, a été attaquée et défigurée à la serpe en 2013, le quotidien marocain Al-Massae a rassuré ses lecteurs : « Ce n’était qu’une tentative de viol, la fillette est encore vierge » . Un an plus tôt, le 10 mars 2012, une jeune fille de 16 ans, Amina Fillali, s’est suicidée après avoir été forcée par sa famille à épouser l’homme qui l’avait violée, mariage encouragé par l’article 475 du code pénal marocain. Une fois de plus, les droits des femmes sont sapés par le statut et les privilèges dont jouissent les hommes grâce à la législation.

Depuis que le gouvernement mené par les Frères musulmans est arrivé au pouvoir en Égypte, le harcèlement sexuel, les abus faits aux femmes et les viols ont augmenté de façon spectaculaire. Hania Moheeb et Yasmine Al-Borhamy font partie des premières victimes courageuses à avoir parlé publiquement des viols en bande organisée dont elles ont été victimes pendant les manifestations sur la place Tahrir au Caire. Leurs témoignages ont été largement diffusés, et un nouveau groupe appelé OpAntiSH s’est formé au Caire pour combattre harcèlement et agressions sexuels et pour intervenir directement afin d’empêcher les agressions par des bandes.

Les mutilations génitales féminines (MGF) sont un autre problème grave qui touche les femmes dans la région MENA, en particulier en Égypte, au Soudan et au Yémen. Le but de ces mutilations est de détruire le plaisir sexuel féminin et de contrôler la sexualité féminine.

Les états du golfe restent la partie la plus arriérée de la région en ce qui concerne les droits des femmes. Dans la région du golfe , les Koweitiennes sont considérées comme les plus émancipées, la loi ayant changé en mai 2005 pour leur donner le droit de vote et celui de se présenter aux élections locales et parlementaires. En Arabie saoudite voisine, les femmes n’ont pas le droit de conduire, ni celui de posséder un passeport ou une carte d’identité, sans l’accord de leurs pères, maris ou frères. De façon assez surprenante, le roi Abdallah d’Arabie saoudite a nommé en janvier 2013 trente femmes au conseil consultatif de la Choura, qui a cent cinquante membres. En mai 2013 a eu lieu la toute première campagne contre les violences domestiques en Arabie saoudite.

Le nombre moyens de femmes députées aux parlements nationaux dans la région MENA est de 11,7%, mais la situation évolue. Par exemple, alors que seulement 7% des parlementaires algériens élus en 2007 étaient des femmes, 145 femmes ont été élues lors des élections générales de 2013, ce qui représente 31% des 462 députés.

Frustration

Un mélange déprimant d’enseignements religieux conservateurs, de traditions, d’ordre social et d’ignorance a rendu complétement taboue toute discussion de la sexualité dans la région MENA. Seules quelques personnes osent en parler avec leurs familles ou avec les aînés de leur communauté. Les relations sexuelles sont strictement limitées aux liens sacrés du mariage. En avril 2013, la police algérienne a arrêté de nombreuses jeunes filles qui se promenaient en compagnie de garçons à Alger et Constantine, et les ont forcées à se soumettre à des tests de virginité dans des hôpitaux .

Le contrôle de la sexualité féminine tourne autour de l’hymen. Dans certaines parties de l’Algérie, du Maroc et de la Tunisie, la défloration de la mariée durant la nuit de son mariage est fièrement célébrée : le sang de son hymen est essuyé sur un linge blanc qui est ensuite paradé devant les invités du mariage, démontrant que l’honneur de sa famille est intact. Les mariées dont l’hymen se révèle être déjà déchiré couvrent d’opprobre leur famille, et l’annulation du mariage ou le divorce suivent bientôt.

L’ambiance hystérique entourant la sexualité en Arabie saoudite a été mise en évidence par une histoire largement diffusée dans les médias en avril 2013, à propos de l’expulsion par la police saoudite de trois citoyens des Émirats arabes unis. Ils avaient été arrêtés durant le festival de Jenadrivah à Riyad parce qu’ils étaient « trop beaux », et constituaient donc une menace pour l’honneur et la virginité des femmes du pays.

La conséquence directe du manque de discussions à propos de la sexualité et de l’absence de quelque éducation sexuelle que ce soit dans les écoles est la frustration ressentie par les jeunes gens de la région MENA, qui constituent plus de 70% de la population. Cette frustration entraîne des taux élevés de harcèlements sexuels, de viols, de pédophilie, de MGF et de mariages forcés de filles pré-adolescentes (par exemple au Yémen).

La séparation des sexes est imposée, ce qui empêche pratiquement les hommes et les femmes d’avoir des relations sexuelles avant le mariage. La hausse de l’âge du mariage dans la région MENA signifie que de nombreuses personnes trouvent des alternatives au sexe « normal », pour préserver l’hymen des femmes, la plus populaire étant le sexe anal hétérosexuel (et homosexuel).

Dans ce contexte, être féministe est aussi politique et courageux qu’être un-e militant-e LGBTI. Tirant leur inspiration des Tunisiennes qui ont commencé à s’organiser à la fin des années 60, les organisations féministes sont assises sur des bases solides en Algérie, Palestine, Égypte, à Bahreïn, en Irak, au Liban et en Syrie, et inspirent les combats LGBTI ainsi que ceux d’autres organisations des droits humains et juridiques.

Développer des communautés dans un environnement hostile

Si l’on examine l’histoire et la littérature de la région MENA, l’homosexualité y est présente et représentée depuis des siècles. Des exemples en sont l’épopée de Gilgamesh (environ -1700) en Mésopotamie (la moderne Irak), les poèmes homoérotiques d’Abû Nuwâs, et les histoires et peintures de nombreux autres artistes. Des preuves écrites suggèrent que par le passé, l’homosexualité était souvent plus acceptée socialement que de nos jours, la plupart des habitants de la région la considérant encore comme un péché et une abomination.

Seuls quelques pays de la région MENA n’ont jamais criminalisé l’homosexualité (Bahreïn, Djibouti, la Jordanie et la Palestine), et celle-ci fait encore encourir la peine de mort en Mauritanie, au Soudan, en Arabie saoudite, au Yémen et au sud de la Somalie. Dans onze autres pays, pour la plupart d’anciennes colonies britanniques et française, de longues peines de prison peuvent être prononcées. En arabe, les termes les plus communs pour désigner les homosexuels sont « shodoud » (« pervers ») et « lewath » (« sodomie », toujours en référence à « déviant » ou « contre-nature »). Il n’est donc pas surprenant que la plupart des médias arabes parlent de façon très négative des relations homosexuelles. L’homosexualité est généralement vue comme une menace pour l’hétérosexualité, pour les rôles assignés aux hommes et aux femmes (une conception « binaire »), et plus largement pour l’ordre social, parce qu’elle constitue un défi envers les restrictions à la procréation des relations sexuelles et qu’elle met l’emphase sur le plaisir que provoque celles-ci, plutôt que sur leurs fonctions purement reproductives.

La région MENA est un vrai champ de mines pour les militants. Par où commencer ? Les droits humains de base sont plus ou moins tous régulièrement violés dans presque tous les pays de la région! Le combat des personnes LGBTIQ dans la région a ceci d’unique qu’il fait face à de multiples sources de répression. Ce combat n’est pas limité à l’obtention de la reconnaissance des minorités sexuelles, mais à celle du droit à exister et à voir reconnus et protégés les droits humains de base. En tant que militants, nous nous battons contre l’occupation, le racisme, le sexisme et le harcèlement, et pour la liberté d’expression, la liberté d’association − et en tant qu’individus, pour les droits humains de base.

Dans de nombreux pays, la police empêche les réunions ou les discours en public, et c’est donc principalement sur internet que peut se développer la liberté d’expression. Le militantisme en ligne s’est répandu dans toute la région, et en particulier dans les pays où sévissent les régimes les plus durs, tels que les états du golfe. De nombreuses personnes LGBTIQ ont lancé des blogs pour s’exprimer et partager leurs expériences et leur vie quotidienne. Obligés de « passer pour hétéro » en public, ils ne peuvent être homosexuels qu’en ligne et vivent une double vie. Certains se sont organisés en groupes, comme Abu Nawas (Algérie), Bedayaa (Égypte/Soudan) et l’Arab Gay Pride , qui réunit de nombreux bloggeurs de la région MENA.

Helem, qui se bat pour la protection des personnes LGBT au Liban, a commencé en 1998 sous la forme d’un groupe en ligne et s’est développé clandestinement, pour finalement demander à être reconnu comme organisation à part entière par le ministère de l’intérieur libanais en 2004. Aswat en Palestine s’est lancé sous la forme d’une liste de diffusion pour les femmes en 2002, et s’est mué en une petite année en une association tenant des réunions régulières pour ses membres. Aswat a fêté ses 10 ans sous le nom de « Nasheeta » (« militante »), lors de la journée mondiale contre l’homophobie (IDAHO) le 17 mai 2012.

Ces associations en ont inspirées d’autres, encourageant la formation de groupes semblables et contribuant à un changement culturel positif par la création de mots queer en arabe. Les meilleurs exemples en sont « Mithy » (« gay »), « Mithya » (« lesbienne »), « Motahawel, Motahawela » (« hommes trans et femmes trans »), « Mozdawej, Mozdaweja » (« hommes et femmes bisexuels »), « al moyol al jinsy » (« orientation sexuelle »), « Thunaeya » et « Thunae » (« personnes intersexes ») et « Ahrar al jins » (« queer »), des termes positifs qu’ils essaient de faire utiliser par les médias. Début mai, la station de télé libanaise Jadeed TV a rapporté que le ministre libanais de l’intérieur, Marwan Charbel, avait déclaré que le gouvernement était « contre le lewath » (« sodomie » et « contre-nature »). Le ministre s’est vu surnommé avec humour « M. Si-Naturel ».

Dans la partie occidentale de la région, le développement de communautés a été intimement lié aux initiatives de prévention contre le VIH/SIDA. Une campagne de prévention VIH/SIDA à destination des hommes prostitués a été lancée au Maroc aux débuts des années 90. Une autre a réuni 20 militants gays et leurs alliés du Maroc, d’Algérie, de Tunisie et du Liban à Casablanca en 2003 et à Rabat en 2006. Des représentants d’organisations générales de lutte contre le VIH/SIDA telles qu’ALCS (Maroc), APCS (Algérie), ATL (Tunisie), SIDC (Liban) et Helem (Liban, la seule organisation communautaire impliquée) se sont rassemblés pour cibler les besoins et pour élaborer des stratégies de programmes organisées par l’International HIV/AIDS Alliance.

Depuis 2007, le PNUD et ONUSIDA ont utilisé leurs réseaux de bureaux régionaux pour effectuer un travail novateur : mise en contact avec les dirigeants religieux, les juges, les policiers, les journalistes, les jeunes, et financement de la recherche sur − et du travail auprès − des hommes qui ont des relations sexuelles avec des hommes, à Djibouti, au Soudan, à Oman, au Yémen et en Syrie, pour citer quelques pays.

De nombreux autres groupes LGBT ont vu le jour dans les années qui ont suivi, et leurs activités aux niveaux local, régional et international ont rencontré un grand succès. Depuis la reprise de l’IDAHO en 2005, Helem a organisé des campagnes de visibilité intitulées « J’existe », transformées en 2012 en une campagne « Moi aussi je vote, la loi doit me protéger » . Depuis 2007, la journée nationale LGBTIQ « TenTen » s’est tenue en Algérie, les sympathisants étant invités à allumer des bougies symbolisant la fin de l’isolement des membres de la communauté LGBTIQ. Des photos des bougies TenTen ont été prises dans tous les districts du pays et ont ensuite été publiées dans un album en ligne. Pour la journée TenTen de 2012 , les deux principaux groupes de militants en Algérie, Alouen et Abu Nawas, ont collaboré.

L’arrestation, l’humiliation et la torture de 52 homosexuels au Caire durant « l’affaire du Queen Boat », le 11 mai 2011, sont commémorées par une semaine de militantisme menant depuis 2012 à la journée égyptienne contre l’homophobie . La campagne marocaine « L’amour pour tous » est la dernière-née de ces campagnes de visibilité.

Un groupe dérivé de Helem Banat, le groupe de femmes Meem, a fortement attiré l’attention internationale quand il a publié en 2009 Bareed Mistajil (« Courrier express »), un livre racontant la vie de 41 femmes lesbiennes, bisexuelles, transgenres et queer, une réalité cachée dans la région. « Meem » est la lettre « m » en arabe, ainsi qu’une abréviation de « Majmouaat Mou'azara Lil-mar’a al-Mithliya » (« groupe de soutien pour les femmes lesbiennes »).

Les transsexuel-le-s de la région MENA font face à une double discrimination, de la part non seulement de la population en général mais aussi des communautés lesbienne et gay, qui les accusent de donner une mauvaise image de celles-ci au monde extérieur. Leur visibilité fait d’elles et eux, mais surtout des femmes transsexuelles, des proies faciles pour les violeurs. Elles sont souvent violées par les policiers, par exemple au Koweït , le seul pays de la région où le travestissement est une infraction pénale (article 198 du code pénal, amendé en 2007).

Les mémoires de Randa la Trans est un exemple rare de livre qui apporte un éclairage sur les difficultés auxquelles font face les femmes transgenres dans la région. L’auteure du livre, une militante algérienne, a dû fuir le Liban et vit maintenant en Suède.

L’arrivée des chaînes de télévision internationales par satellite a été d’une grande utilité pour braver la mentalité qui prévaut dans la région. Les programmes transmis par des chaînes de télé satellites libanaises comme LBCTV ont aidé à diffuser une image plus positive de la communauté LGBT à travers la région et ont révolutionné la qualité, la neutralité et l’aspect positif du contenu d’autres programmes parlant des personnes LGBTIQ. Certains journaux régionaux ont publié des articles très positifs, comme la couverture de la journée TenTen de 2012 par Al-Watan (Algérie) et Hesspress (Maroc). Malgré cela, de nombreux journalistes continuent à alimenter les mythes sociaux et les idées reçues qui présentent les personnes LGBTIQ comme malades ou déviantes. Le journal le plus homophobe de la région est sans aucun doute le libanais Al-Jarass.

En 2013, le dirigeant d’un parti d’opposition tunisien a été arrêté à l’hôtel Sheraton de Tunis et accusé de sodomie, une pratique illégale selon l’article 230 du code pénal tunisien. De nombreuses arrestations semblables ont récemment eu lieu dans la région. En mai 2013, la police de Casablanca a arrêté des personnes et les a accusées d’homosexualité, mais les arrestations n’ont pas été signalées dans les médias. Le 4 mai, le quotidien algérien Al-Khabar a rapporté qu’un tribunal d’Oran a condamné deux hommes à une courte peine de prison pour avoir affirmé sur Facebook être « mariés » . Pour la première fois en Algérie, un groupe salafiste a alors demandé leur exécution.

En 2012, la presse libanaise a relaté l’arrestation de 36 hommes dans un cinéma de Beyrouth après des articles ayant présenté ce cinéma comme un lieu de rencontres sexuelles. Ces hommes ont subi des examens anaux, mais des protestations de Helem, Meem, et d’autres organisations des droits humains ont conduit l’association médicale libanaise à interdire cette pratique, privant ainsi la police libanaise de son outil le plus humiliant envers la communauté gay.

Le manque de visibilité des militants et des représentants de la communauté LGBTIQ dans la région MENA a incité des étrangers à jouer les « messies » et à parler aux médias internationaux en leur nom. Citons Amna Araf et le groupe Gay Middle East, basé à Londres et lié à Israël . Des militants et des groupes LGBT ou se battant pour les droits humains dans la région MENA ont approuvé une déclaration critiquant GayMiddleEast.com pour « son intervention inopportune et non-sollicitée, sa cooptation des voix arabes, ses violations de l’appel de la société civile palestinienne en faveur de la campagne ‘Boycott, désinvestissement et sanctions’ (BDS), et son pinkwashing d’Israël ». Ce terme désigne le rejet d’un Israël dépeint comme un paradis gay, à l’attitude positive envers les questions LGBTIQ, tout en fermant les yeux sur les combats politiques des Palestiniens. Certains LGBTIQ palestiniens cherchant refuge en Israël ont été la cible de chantage de la part des services secrets israéliens, qui ont menacé de révéler leur sexualité à leurs familles s’ils ne coopéraient pas.

Pourtant, les médias régionaux queer ne manquent pas et se multiplient à la fois en ligne et sur papier, tels Baraa, Mithly, Bekhsoos et le Lebanese Media Monitor au Liban, Lexo Fanzine en Algérie, Mawaleh en Syrie, My Kaly en Jordanie, Ashtar et Qadita en Palestine, Aswat au Maroc (à ne pas confondre avec le groupe de lesbiennes palestiniennes), qui a lancé la campagne « L’Amour pour tous » et a publié des photos de slogans LGBT dans les principales villes marocaines, et My Gay Day en Tunisie, qui a créé la campagne « Monsieur le Ministre des droits humains, moi aussi je suis humain ! », en réponse au ministre Samir Dilou, qui a déclaré qu’être homosexuel n’était pas un droit humain .

Les conditions similaires auxquelles font face les militants dans toute la région ont suscité une forte solidarité parmi les personnes et les organisations. Le rapprochement et la responsabilisation des communautés LGBTIQ de la région sont principalement du fait de deux organisations régionales qui collaborent avec des organisations des droits humains, des droits des femmes et de sensibilisation au VIH/SIDA pour créer des alliances. Des rassemblements régionaux se sont tenus annuellement depuis trois ans et ont fourni l’occasion à plus de 160 militants dans différents domaines, venus de 17 pays, de partager leurs expériences, d’élaborer de nouvelles stratégies, de collaborer et se soutenir mutuellement.

Je ne cesse d’être émerveillé du courage des militants et des organisations de la région qui poursuivent leurs activités malgré de graves menaces, parfois au risque de leurs vies, pour transformer le cœur et l’âme de leurs pays et pour créer une société plus sûre pour les personnes à l’orientation sexuelle ou à l’identité et l’expression sexuelle anticonformiste. Nombre d’entre eux (moi y compris) ont été, et seront, forcés de s’exiler sous peine d’être victimes de violences et de tortures s’ils n’acceptaient pas de se taire. Il y aurait encore bien plus à dire à propos du militantisme LGBTIQ dans la région, mais je ne veux surtout pas mettre en danger les efforts de mes courageux collègues et de leurs alliés.

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