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Fadi Krouj : "L’homosexualité est devenue une arme politique en Tunisie"

in TUNISIA, 03/04/2012

Créé en mars 2011 par Fadi Krouj, étudiant en médecine de 23 ans, "Gayday" est le premier magazine en ligne consacré aux homosexuels en Tunisie. Un projet qui peut paraître « fou » et osé dans un pays où l’homosexualité est sévèrement réprimée par la loi.

Fadi Krouj, pseudonyme qu’il utilise car il « risque gros » avec ce journal atypique dans le pays dirigé par les islamistes du parti Ennahda. Mais le jeune téméraire a profité du vent de liberté apporté par la révolution pour s’exprimer librement. C’est sur, sous Ben Ali, l’idée ne lui aurait jamais traversé l’esprit de lancer un magazine dédié aux gays.

Afrik.com : Pouvez-vous nous présenter votre magazine?
Fadi Krouj : Gayday est un magazine qui a pour mission de promouvoir la cause des personnes gays, lesbiennes, bisexuels et transgenres (GLBT) en Tunisie afin de dénoncer les stéréotypes, les fausses craintes et rumeurs qui les entourent. Il a également pour objectif de relayer les occupations de cette tranche sociale pour l’emmener à assumer sa sexualité. Le magazine a vu le jour en mars 2011. Sous Ben Ali ce n’était pas possible d’avoir un tel contenu en ligne à cause de la censure. Pour le moment, Gayday est juste un média virtuel. C’est très délicat d’avoir une autorisation de diffuser un média gay sur papier alors que les homosexuels sont considérés en Tunisie comme des criminels devant la loi.

Afrik.com : De quoi parle votre journal exactement ? Quels sont ses centres d’intérêts?
Fadi Krouj : De façon générale, Gayday couvre les actualités tunisiennes en rapport direct avec la cause ainsi que d’autres thématiques variées telles que la culture et la santé. Les articles sont écrits en trois langues : l’arabe, le français et l’anglais. Ils sont d’ailleurs le plus souvent rédigés par des lecteurs bénévoles. Nous avons régulièrement des témoignages ou réactions suite à des propos politiques locaux contre les homosexuels. Au départ, j’étais seul sur le projet. Mais désormais nous sommes trois à y travailler.

Afrik.com : Comment votre projet-a-t-il été accueilli?
Fadi Krouj : Il y a eu plusieurs types de réactions. On a reçu plein de messages de soutien de la part des Tunisiens et autres supporteurs de la cause homosexuelle et hétérosexuelle à la fois. On continue d’ailleurs toujours à recevoir des messages d’encouragements. Mais on a aussi dû faire face à des réactions homophobes. La plus marquante étant celle du ministre des Droits de l’Homme et porte-parole du gouvernement qui assimile l’homosexualité à une perversion sexuelle nécessitant un traitement médical. Il estime que les homosexuels n’ont pas droit à la liberté d’expression et que leurs droits ne doivent pas être garantis.

Afrik.com : Les homosexuels sont très mal vus en Tunisie. En créant ce magazine ne craignez-vous pas des représailles?
Fadi Krouj : Oui bien sur. Avec la montée du salafisme et des religieux radicaux on risque gros déjà. Mais on témoigne aussi d’un pays en transition démocratique et nous ne devons pas quitter le train sans essayer de revendiquer nos droits. La nouvelle Tunisie peut accueillir tous ses citoyens malgré leurs différences idéologiques, religieuses et sexuelles.

Afrik.com : Plusieurs sites affirment que l’homosexualité a pris de l’ampleur en Tunisie, notamment à Tunis. Peut-on parler de révolution de l’homosexualité en Tunisie?
Fadi Krouj : Je ne suis pas tout à fait d’accord. On note davantage de mobilisation parmi la communauté des homosexuels en Tunisie c’est vrai, mais elle n’est pas si visible et forte. L’homosexualité semble avoir rompu le bouchon tabou et est devenue une arme politique utilisée par les acteurs politiques pour dévaloriser les homosexuels. Malheureusement, une telle pratique est utilisée à la fois par les islamistes et les séculaires. Nous, on estime qu’une telle attitude nuit encore plus à la communauté gay et nourrit les sentiments d’homophobie. L’article 230 du Code pénal de 1913 (largement modifié en 1964) prévoit jusqu’à trois ans de prison pour sodomie entre adultes consentants.

Afrik.com : Le ministre tunisien des Droits de l’Homme, Samir Dilou, a déclaré le 4 février sur une chaîne de télévision privée que la liberté d’expression a ses limites lorsque les « queers » (homosexuels) tunisiens s’expriment. Il a d’ailleurs tenté d’interdire votre magazine. Qu’en pensez-vous ? Selon vous les dirigeants politiques changeront-ils de regard un jour vis-à-vis des homosexuels?
Fadi Krouj : On n’était pas surpris des propos du ministre. Après tout, c’est un membre d’Ennahda. Ce n’est pas son opposition au magazine par respect aux lignes rouges de notre société qui nous a déçus mais ses propos à l’encontre des homosexuels. Amnesty International ainsi qu’un ancien diplomate tunisien et une association tunisienne de défense des libertés individuelles ont dénoncé ses déclarations. On est prudemment optimiste quant au futur des homosexuels en Tunisie. On espère que nos dirigeants politiques arriverons à croire en l’universalité des droits de l’Homme et n’écarteront pas une tranche de la société à cause de ses différences.

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