Contributeurs
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Apinda Mpako, Pan Africa ILGA |
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A ce jour, une dizaine de présumés homosexuels croupissent dans la prison centrale de Kondengui à Yaoundé. Cette situation risque de persister encore longtemps dans le pays car le gouvernement envisage de faire passer la peine de prison pour homosexualité de 5 à 15 ans en cas de « circonstances aggravantes ».
Depuis août 2011, de nouvelles vagues de discriminations, arnaques, interpellations et arrestations arbitraires sont le quotidien des homosexuels ou des personnes soupçonnées de l’être à Yaoundé. D’après les témoignages recueillis par Humanity First Cameroon et Cameroonian Foundation For AIDS (CAMFAIDS), associations militantes pour les droits de l’Homme, « ces cas d’abus et violations de tous sortes sont basés sur l’article 347bis du code pénal camerounais qui réprime l'homosexualité d’une peine allant jusqu’à 5 ans de prison et d’une amende de 20 000 Fcfa à 200 000 Fcfa ». C’est justement ce contexte légal qui favorise ce genre d’abus, extorsions, arnaques, chantages, agressions physiques et morales qui débouchent sur les nombreux cas d’arrestations arbitraires dont sont victimes de nombreuses personnes présumées homosexuelles, explique Dominique Menoga, président de CAMFAIDS.
Dans cette jeune association qui lutte en faveur des minorités sexuelles, l’un des pairs éducateurs se souvient avoir vécu personnellement, le 22 mars 2007, une scène barbare et sauvage où un jeune homme dénommé Bertrand Roger Abe, habitant au quartier Emana à Yaoundé, s’est littéralement fait expulser de son domicile qu’il occupait depuis 3 mois. « Jean M., son bailleur, ayant découvert qu’il était homosexuel, débarqua sans préavis ce jour dans la concession de Bertrand Roger Abe, accompagné d’une bande de jeunes gens, certains armés de gourdins et de machettes. Sans ménagement, le petit groupe pénétra dans le domicile du jeune homme. Les jeunes du quartier âgés d’environ 15 à 28 ans se ruent sur le pauvre Bertrand Roger, lui assomment de tous les côtés, des coups de pieds, coups de bâtons et autres en le traitant de tous les noms d’oiseaux », raconte-t-il. Une partie de son mobilier (poste téléviseur, radio, téléphone portable, bouteille à gaz, ustensiles,…) fut confisquée.
« Une partie de son bail retenue par le bailleur véreux, Bertrand Roger Abe n’avait juste consommé que 3 mois sur les 8 mois de loyer payés à l’avance, soit 240 000 Fcfa à raison de 30 000 Fcfa par mois. De peur de représailles, Bertrand Roger Abe était incapable d’aller se plaindre à la police, Jean M., le menaça de le dénoncer en tant que « homosexuel » s’il s’entêtait. D’autres menaces de lynchage publique et de mort furent proliférées par les jeunes gens qui promirent « faire la peau » au jeune homme partout il ira », continue le pair éducateur. Depuis ce jour, Bertrand Roger Abe ne retourna plus jamais au quartier Emana de peur d’être séquestré, arrêté et battu à mort. Ni son mobilier, ni le reste d’argent de son bail ne lui furent rendus.
En novembre 2011, deux jeunes de 19 et 20 ans qui ont été condamnés à 5 ans ferme, la peine maximale, pour homosexualité. Quatre autres personnes incarcérées cette année sont toujours en attente de leur procès. D’après certaines sources, une révision du Code pénal camerounais est à l'étude et vise à durcir la répression de l'homosexualité en cas de « circonstances aggravantes ». Cela concerne l'infraction d'homosexualité commise sur mineur entre 16 et 21 ans, condamnée à 8 ans de prison, et celle commise sur mineur de moins de 16 ans et dont la condamnation oscille entre 10 et 15 ans de prison, mettant sur un pied d'égalité homosexualité et pédophilie.