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Steave Nemande
Steave Nemande, la voix des « sans voix »

in CAMEROON, 08/02/2012

Steave Nemande, la voix des « sans voix » Membre fondateur de l’association Alternatives Cameroun, il a reçu diverses distinctions pour son action dans la promotion des Droits des homosexuels au Cameroun et en Afrique.

Portrait
Steave Nemande, la voix des « sans voix »
Membre fondateur de l’association Alternatives Cameroun, il a reçu diverses distinctions pour son action dans la promotion des Droits des homosexuels au Cameroun et en Afrique.


D’après l’article 347 bis du Code pénal, l’homosexualité en cas de flagrant délit est condamnée de 6 mois à 5 ans, avec une amende allant de 20 000 à 200 000 Fcfa. Mais, d’après Steave Nemande, ancien président et l’un des fondateurs d’Alternatives Cameroun (AC), les personnes qui sont généralement arrêtées et condamnées le sont sur la base de simples dénonciations, « sans preuves palpables et souvent dans des situations rocambolesques et humiliantes (viol de règles de procédures, arrestation à deux heures du matin, etc.) », clame-t-il. On se rend donc bien compte que l’article 347 bis sert de prétexte pour commettre tous types d’abus (chantages, interpellations et arrestations arbitraires, extorsions, passages à tabac des victimes, etc.). « Ce sont les pauvres et les jeunes, qui n’ont souvent aucun moyen d’obtenir une aide juridique, qui souffrent le plus du climat homophobe qui règne au Cameroun. Même une fois sortis de prison, il est fréquent qu’ils soient rejetés par leur famille et leurs amis. Ils se voient parfois refuser une formation, un emploi et même un logement. Leurs vies en sont généralement gâchées », argumente Steave Nemande.

Militant des Droits de l’Homme
Ce combat pour la promotion des Droits des personnes homosexuelles au Cameroun, Steave Nemande le commence en 2006, suite à des échanges avec le sociologue Charles Gueboguo et l’activiste Joel Gustave Nana, deux personnes clées qui travaillaient déjà sur le sujet depuis la fameuse arrestation des 11 homosexuels en mai 2005. Ensemble donc, avec d’autres amis, ils fondent l’association de défense des Droits de l’Homme, Alternatives Cameroun dont les missions phares sont de lutter contre les discriminations faites sur la base de l’orientation sexuelle et l’identité des genres mais également de promouvoir l’accès aux soins et aux traitements pour les LGBTI et les PVVIH. A la fin de ses deux mandats à la tête de l’association, un nouveau président est élu en décembre 2010. Plus tard, « parce que pas d’accord avec les décisions prises par le nouveau président, surtout sur la gestion des fonds et son implication dans certaines activités », Steave Nemande démissionne du bureau d’Alternatives Cameroun. Incapable de vivre dans « ce climat invivable », il se retire d’AC en début d’année 2011.

Après un temps de reflétions, avec le concours de quelques collègues médecins, il met sur pied EVOLVE (évoluer) en août dernier. « C’est une association des professionnels de santé qui s’inscrit dans une perspective de développement axée sur les questions de politiques de santé et des droits à la santé et l’environnement », explique Steave Nemande. Ce n’est donc pas une OSC communautaire comme la première. C’est une évolution ! « A la fin de mon 2ème mandat à la tête d’AC, j’ai eu envie de sortir du carcan quotidien pour travailler sur des questions qui touchent tout le monde comme la citoyenneté, l’histoire, etc. », explique-t-il. Mais tout compte fait, le combat pour les droits humains n’est pas abandonné. C’est juste l’approche qui est différente.

Reconnaissance à l'international
Justement pour son action dans la promotion des Droits des personnes homosexuelles au Cameroun et en Afrique, Steave Nemande a reçu en novembre 2010 le prix Alison Des Forges for Extraordinary Activism de Human Rights Wacht (HRW) et le prix des Droits de l’Homme décerné par le gouvernement français à l’occasion des Cinquantenaires des Etats africains. Egalement, à l’actif du jeune militant, durant son mandat, AC a pu obtenir le statut d’observateur auprès de la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples et participé à la création partielle d’un Comité sur les Droits des PVVIH et des personnes vulnérables. Lequel Comité peut être interpellé par les OSC sur les cas de violations des Droits de l’Homme sur la base du statut sérologique, de l’orientation sexuelle ou l’identité des genres. Non des moindres, c’est la création du centre Access de Douala-Akwa où les minorités sexuelles et les PVVIH peuvent avoir accès aux services de prévention psycho-sociale, médicale sur les IST/VIH/SIDA.

Dépeint comme quelqu’un d’assez simple, intraverti, calme, altruiste, ouvert et parfois passionné, Steave Nemande est un dur bosseur qui veut toujours arriver à des résultats. C’est peut être pourquoi d’autres lui reprochent publiquement son « égocentrisme démesuré et avidité perfide ». Toutefois, Steave Nemande reste quelqu’un de très engagé même si parfois il peut sembler détaché. Né en 1976 à Bafoussam d’un géniteur médecin, le jeune homme fera ses études primaires et secondaires tour à tour à Kribi, Douala, pour finir plus tard en 1995 à Grodmo en Belarus, ancien Etat de l’Union Soviétique. Plutôt attiré par l’art et la littérature, Steave, sans grand enthousiasme est convaincu par son père de s’inscrire à la faculté de médecine. Après 4 ans d’études à l’université d’Etat de la médecine de Grodmo, il est transféré en 2002 à Tver en Russie.

Engagé contre la lutte contre les IST/VIH/SIDA
En septembre 2002, il rentre précipitamment au Cameroun pour une formation sur la prise en charge du VIH au comité thérapeutique de l’hôpital Laquitinine à Douala où il est recruté comme vacataire dans le projet pilote d’accès aux ARV, une année plus tard. Après un stage de 2003 à 2005 à l’hôpital Tenon de Paris aux services des maladies infectieuses et tropicales, le jeune docteur revient à Douala pour travailler pour l’Ong Society for Women and AIDS In Africa (SWAA). En même temps, il travaille comme référent de SIDA Action où il est chargé du suivi évaluation des projets. Depuis 2007, il continue, quand il le peut, de donner un coup de main à Integration Clinic de Bonamoussadi à Douala. Aujourd’hui médecin engagé sur différents fronts, il excelle comme consultant pour diverses organisations (ESTHER, RAF-VIH) dans le domaine de renforcement de capacités pour des questions liées aux ISTVIH/SIDA/MSM. Membre, entre autres, du Comité international de SIDA Action, de l’International AIDS Society (IAS), du Global Forum of HIV/MSM, du Comité consultatif de Human Rights Wacht sur les questions LGBTI, de AMSHER et de l’instance nationale de coordination de lutte contre le VIH/SIDA, la tuberculose et le paludisme (ICM), Steave Nemande reste une personne incontournable dans la revendication des droits de santé sexuelle des groupes vulnérables ou à risques au Cameroun et en Afrique. Avec toutes ces casquettes et ses nombreux voyages en Afrique, Europe et en Amérique, le médecin réussit à s’en sortir grâce à une planification judicieuse de son emploi de temps et de son engagement au travail.

Préoccupé par le contexte socio-politique
Comme tout jeune de notre ère, notre docteur, encore célibataire sans enfants, est très préoccupé par la situation qui prévaut dans son pays, surtout en ce qui concerne le contexte socio-politique ou encore mieux ces nombreux cas de violations des Droits humains et sur les questions de santé sexuelle. « Beaucoup de jeunes et même mes amis s’en vont à l’étranger et ne reviennent pas tout simplement parce qu’ils ont peur de ne pas avoir un travail décent, ne pas vivre dans le confort ou être victime des chantages et extorsions des autorités », s’inquiète Steave Nemande qui avoue avoir eu lui-même envie d’aller vivre en Occident. Malgré les propositions alléchantes de travail qu’il a eu à l’hexagone, l’activiste est resté au Cameroun : « Cela ne m’intéresse pas parce que ce n’est pas aussi passionnant que ce que je fais ici. J’aimerais que mon combat ait un impact direct sur les communautés », argue ce passionné de lecture, de décoration d’intérieur, de plantes et de jogging. « Mes seules motivations, c’est de voir les choses évoluer. C’est très gratifiant de voir cette métamorphose. Pour qu’enfin les MSM puissent être intégrés dans les politiques nationales de lutte contre le VIH/SIDA et que des actions concrètes soient menées contre la stigmatisation et la discrimination de ces sans-voix », confie le militant. Une lueur d’espoir est née. Gardons-la. Le chemin est très long.

Eric O. LEMBEMBE
Steave Nemande : « Les groupes vulnérables devraient être intégrés dans les programmes de lutte contre le IST/VIH/SIDA ».
Primé par Human Rights Watch à Los Angeles en novembre 2010.

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