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ILGA Programmes Officer Stephen Barris, ILGA Programmes Officer
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Alice Mogwe and Caine Youngman in Geneva
L’Examen périodique universel et les droits LGBTI : le Botswana

in BOTSWANA, 13/02/2013

En janvier 2013, la 15ème session de l’EPU a examiné le Botswana ainsi que treize autres pays. Les rapports des ONG avaient, comme demandé, été envoyés sept mois avant la session d’examen. Caine Jason Kaene Youngman, membre dévoué de LEGABIBO (Lesbiennes, gays & bisexuels du Botswana), membre d'ILGA depuis 2005, a assisté à cette session. Caine est un militant des droits humains qui se concentre sur les droits LGBTI.Interview par Patricia Curzi.

Caine Youngman a travaillé en tant que stagiaire au département des services sociaux du gouvernement du Botswana en 2009 et a ensuite passé trois mois en 2010 dans une unité de recherche appliquée du ministère de l’administration locale. En septembre 2010, il a rejoint BONELA (Réseau botswanais sur l’éthique, la loi et le VIH/SIDA), une ONG locale pour laquelle il a travaillé avec diverses organisations protégeant les femmes, les enfants, les travailleurs du sexe et les droits des prisonniers.

Le Botswana avait déjà été sous les projecteurs durant le premier cycle de l’EPU, en 2008. C’est maintenant la deuxième fois que le gouvernement va être soumis à l’EPU. Le processus de l’EPU de 2008 a-t-il été utile pour faire avancer la cause des droits LGBTI ?

L’examen de 2008 ne nous pas vraiment été directement utile. Nous ne l’avons pas largement utilisé. Il nous a été indirectement utile en ce qu’il a fait prendre conscience au gouvernement du Botswana que la communauté mondiale observait la façon dont le Botswana traitait les questions LGBTI. Et il est arrivé juste après le refus essuyé par la demande d’enregistrement de LEGABIBO en 2007.

Le rapport 2012 des ONG pour l’EPU a été le résultat d’un travail impliquant plusieurs ONG issues de la société civile. Ne craignez-vous pas que les questions LGBTI soient considérées comme mineures et que votre voix ne soit pas entendue ?

Les discussions autour des questions LGBTI sont toujours problématiques. Cela dit, nous sommes sûrs que les personnes LBGTI ne seront pas laissées de côté, et ce à cause de la pression importante que nous faisons peser sur le gouvernement par notre demande d’enregistrement de LEGABIBO, ainsi qu’à cause de la pression exercée par la communauté internationale. La coalition a accordé à chaque sujet abordé les mêmes occasions et le même respect. Quelles que soient les allégeances des membres de la coalition, toutes les questions ont été abordées lors des discussions sur l’EPU de 2012. Peut-être pas avec l’enthousiasme qu’auraient pu souhaiter les membres concernés, mais elles sont toujours traitées. Les communiqués de presse publiés jusqu’ici ont autant fait mention des questions LGBTI que des autres questions. Nous ferons toujours notre possible pour que LEGABIBO et son programme restent visibles.

Avez-vous pu aborder la contradiction entre le code pénal homophobe du Botswana et la loi qui interdit les discriminations sur le lieu de travail pour des motifs d’orientation sexuelle, en place depuis 2010 ?

C’est l’un de nos arguments principaux et pour l’instant, nous essayons de faire émerger une législation nationale pour l’égalité des personnes LGBTI. Il a été fait référence à la loi sur l’emploi de 2010 dans notre procès de 2011 contre le gouvernement (Caine Youngman contre le ministre de la justice du Botswana). Dans nos relations avec le gouvernement, nous avons adopté une méthode consistant à ne pas le montrer du doigt. Nous applaudissons les avancées positives tout en encourageant le gouvernement à combattre les discriminations engendrées par ses lois. Nous nous y appliquons sans relâche.

Vous avez menacé de poursuivre le gouvernement en 2011 pour n’avoir pas modifié le code pénal qui, en contradiction avec la constitution du pays, continue à criminaliser les relations sexuelles entre adultes consentants de même sexe. Avez-vous réussi à susciter un débat public au Botswana ?

Pour être précis, je commencerai en rappelant que la constitution reste silencieuse sur le sujet de la protection des personnes LGBTI, malgré la criminalisation des relations sexuelles entre personnes de même sexe par le code pénal.
Notre travail a effectivement rendu possible des discussions au Botswana sur les questions LGBTI. Avant 2007, il n’y avait pratiquement pas de discussions sur l’homosexualité. Les législateurs et d’autres membres de la communauté claquaient immédiatement la porte d’une réunion prévue dès qu’était abordé le sujet. En 2005, durant l’atelier sur les minorités au Botswana, de nombreuses personnes qui ont assisté à des discussions à propos des femmes, du peuple San et des réfugiés ont quitté la pièce quand les questions LGBTI ont été abordées. Les stations de radio refusaient de discuter du sujet, elles ne nous laissaient même pas parler des questions qui nous occupent. Les tentatives de stations de radio privées rencontraient de l’hostilité. Quand nous avons commencé à donner des interviews à la radio, nous pouvions passer une heure entière sans qu’aucun des auditeurs qui appelaient ne nous soutienne. On nous contactait simplement pour insulter notre réceptionniste. Nous avons tenu bon pendant des années, et petit à petit, le ton des appels est devenu plus équilibré.

Jusqu’au rejet officiel de l’enregistrement de LEGABIBO, les législateurs se comportaient comme s’ils n’avaient pas à parler d’homosexualité, mais l’affaire étant devenue officielle, il leur a fallu répondre. Nous avons aussi eu des articles dans la presse papier, comme le courrier du cœur « Le Duo Fabuleux », qui a été publié mensuellement pendant six mois dans un journal local. Nous avons organisé des activités comme des marches et des discussions ouvertes au public, sans être attaqués. Les medias locaux ont commencé à parler plus facilement d’homosexualité, ainsi que les medias appartenant à l’état comme la télévision nationale, après le procès contre le gouvernement en 2011. Il s’agit de la même chaîne qui avait refusé de diffuser des spots autour du VIH/SIDA parce qu’ils incluaient des couples gay et lesbiens. Le spot appelait à l’intégration de tous les membres de la communauté pour parvenir à zéro nouvelle infection en 2015. Le journal gouvernemental a également abordé les questions LGBTI. LEGABIBO a reçu de nombreuses invitations de diverses institutions comme l’Église anglicane, l’école de médecine de l’université du Botswana, la Brigade Institution, le Men’s Sector et quelques autres. Nous avons même été invités par la commission parlementaire sur le VIH/SIDA. C’est une excellente indication de la mise en place d’un climat de conciliation grâce à notre travail.

Votre présence à Genève durant le dialogue interactif entre le Botswana et les autres pays vous a-t-elle parue utile ?

C’était une étape très importante. Cela nous a donné l’occasion, à mon organisation et à moi-même, comme à notre coalition et sponsor, l’ILGA, d’interagir avec diverses missions diplomatiques et avec d’autres membres de la société civile. Nous leur avons apporté des informations, nous avons discuté avec eux. La délégation du gouvernement botswanais a également participé à cet événement, ce qui a permis aux diplomates et à la société civile de poser au gouvernement des questions avant la session d’examen. Il faut remarquer que la plus grande partie du travail préparatoire avait été faite des mois auparavant au Botswana et à Genève, tout au cours de l’année 2012. Cette étape est pour moi extrêmement importante, parce qu’elle met un visage sur les questions posées au Botswana par les autres missions. Elle permet aux missions de s’assurer que les recommandations ne sont pas faites par une communauté théorique mais par une vraie communauté. Après les recommandations faites par différents pays au Botswana au nom des personnes LGBTI, un suivi a été assuré envers 7 des 9 états par LEGABIBO et l’ILGA, afin de les remercier ; ce suivi a été apprécié par tous ces états.

Si vous ne deviez retenir qu’une expérience personnelle liée à l’EPU, laquelle serait-ce ?

Se retrouver face à son gouvernement, interagir avec des diplomates d’autres pays, se trouver à l’ONU pour parler des questions qui nous concernent, de notre combat, tout cela constitue une expérience inoubliable ! Elle nous a en tout cas fourni l’occasion d’interagir avec notre gouvernement de façon officielle, mais pas seulement. Arriver à entrer en contact avec nos gouvernants quand nous sommes dans notre pays peut ne pas être facile, et les rencontrer pour exprimer les mêmes inquiétudes que chez nous, mais cette fois-ci dans un cadre international, était une occasion à ne pas rater. Genève est une très belle ville, avec un système de transport public très pratique. Mon séjour à Genève a été rendu plus facile par Patricia, de l’ILGA, qui a fait tout son possible pour m’aider. Et mes compagnons de coalition ont été très accommodants, toujours empressés d’apporter leur aide.

Plus d'informations:

Le Botswana va répondre devant le Conseil des droits de l’homme de sa criminalisation de l’homosexualité

Voir également une interview de Mme Alice Mogwe, directrice exécutive de Ditswhanelo. Mme Mogwe a été invitée par l’EPU à s’exprimer durant notre pré-session sur le Botswana, le 29 novembre. Elle nous explique dans cette vidéo comment son engagement a participé à l’amélioration des droits humains aux Botswana.
 

L’Examen Périodique Universel (EPU), lancé par l’ONU en 2006, est un nouvel instrument pour les droits humains. Un premier cycle pour tous les pays s’est terminé en 2011. Le deuxième cycle a commencé en juin 2012, 42 états faisant chaque année l’objet d’un examen par d’autres états. En quatre ans et demi, tous les membres des Nations Unies auront été examinés.

L’examen se compose de cinq étapes principales : rédaction de rapports, dialogue interactif entre les états membres, adoption du résultat des recommandations (adoption officielle du rapport par l’état, mise en œuvre et suivi). Chaque procédure implique des états, des ONG internationales et nationales, des instituts nationaux des droits humains et d’autres parties prenantes.

En janvier 2013, la 15ème session de l’EPU a examiné le Botswana, ainsi que treize autres pays. Le rapport des ONG a été envoyé sept mois avant la session d’examen, ainsi que le demande la réglementation.

D’autres interviews de militant-e-s LGBT à propos de leurs expériences du processus de l’EPU. 

Versions en anglais, espagnol et portugais : cliquez sur le symbole de la langue à gauche de l’écran.

Traduction de l’anglais: François Peneaud
 

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