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L’Examen périodique universel, un nouvel outil de l’ONU pour les droits humains en faveur des droits LGBTI : les pays africains

in WORLD, 13/11/2012

Patricia Curzi interviews Rhonda Awino Odhiambo, Minority Women in Action (MWA), au Kenya, sur L’Examen périodique universel, un nouvel outil de l’ONU pour les droits humains en faveur des droits LGBTI.

Rhoda Awino Odhiambo fait partie de l’organisation « Minority Women in Action » (MWA, Les femmes issues des minorités en action).
MWA a été formée en 2006 dans le but de défendre les droits des femmes lesbiennes, bisexuelles, transgenres et intersexes (LBTI) au Kenya, par la coopération avec des partenaires nationaux et internationaux. MWA fait de l’information sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre et corrige les idées fausses sur ces concepts. De plus, MWA fournit des tribunes et des occasions à ses membres de développer leurs compétences dans des domaines divers comme la gestion organisationnelle, l’émancipation économique, la défense des droits LBTI et les connaissances en matière de santé. En décembre 2010, lors de la 25ème conférence mondiale de l’ILGA, MWA a été désignée pour le Secrétariat Femmes de l’ILGA. Rhoda se définit elle-même comme une militante et une féministe.

Interview par Patricia Curzi.

Qu’est-ce qui vous a convaincues, vous et votre organisation, de participer à la 14ème session de l’EPU toute entière ?

La participation à l’EPU est en accord avec nos objectifs stratégiques de croissance et de participation aux politiques et aux structures légales à la fois locales et internationales. MWA est actuellement le Secrétariat Femmes de l’ILGA et est également membre de CAL (Coalition de Lesbiennes Africaines). Mes deux semaines à la session de l’EPU m’ont donné, et par extension ont donné à MWA, l’occasion de comprendre comment fonctionne le système des droits humains de l’ONU et comment s’impliquer au mieux pour la défense de nos droits dans la société civile.
Enfin, l’idée est que les connaissances que j’ai acquises au Conseil des droits de l’Homme de l’ONU, avec l’ILGA et les autres organisation, seront utilisées pour aider les autres groupes LGBT à comprendre le processus de l’EPU et pour leur donner des conseils afin de soumettre leurs propres déclarations. Une fois le processus compris, il devient évident qu’il ne faut pas attendre des se rendre jusqu’à Genève pour faire le travail de défense des droits, car ce travail est en fait accompli dans notre propre pays.


Si vous deviez raconter à d’autres militants quelles ont été durant la session de l’EPU les plus intéressantes réunions liées aux questions LGBT, que diriez-vous ?

Le plus intéressant a certainement été d’entendre différents pays défendre la situation des droits humains sur leur territoire. Il est intéressant de noter le langage utilisé pour les recommandations, particulièrement sur les questions LGBT. On peut aussi remarquer les pays qui n’hésitent pas à faire des recommandations sur la situation des personnes LGBT dans différents pays, parce que beaucoup de pays africains ne semblent même pas aborder ces questions lors de leurs propres recommandations.
Pendant la deuxième semaine de mon séjour, j’ai eu l’occasion de travailler en plus étroite collaboration avec Patricia Curzi, de l’ILGA, et avec Belissa Andia Perez, de l’organisation trans péruvienne Instituto Runa. Nous avons partagé nos connaissances, nos expériences et nos conseils pour améliorer le lobbying sur les questions qui nous préoccupent, dans nos pays et ici à Genève.
Il est également intéressant d’observer le cours d’un processus transparent, qui pousse les pays à remédier à des situations qui posent des questions, et qui amène à des recommandations.

Votre pays, le Kenya, sera examiné lors de la 21ème session de l’EPU en 2015. De quelle façon utiliserez-vous l’expérience acquise à Genève pour préparer l’EPU du Kenya ?

Ma venue à Genève était une bonne idée, parce que je comprends maintenant que d’ici à l’examen du Kenya, beaucoup de choses peuvent être réalisées. Après ma rencontre avec Jean-Claude Vignoli, le représentant de l’organisation UPR Info, et après m’être familiarisée avec leur programme d’examen à mi-parcours, j’ai encore mieux compris l’importance du suivi des recommandations. Nous organiserons probablement un examen de mi-parcours du Kenya par des ONG, tout d’abord avec d’autres groupes LGBT, afin de décider quelles recommandations doivent encore être appliquées par le gouvernement pour les questions qui nous concernent, et afin de voir comment nous nous inscrivons plus largement dans la société civile.

Ma présence ici m’a aussi aidée à comprendre comment utiliser les différentes ambassades présentes dans mon pays pour discuter des questions LGBT et pour les encourager à parler en notre nom durant la session. Il suffit d’une seule recommandation d’un seul état pour que le processus de l’EPU prenne en compte les questions qui nous préoccupent. C’est vraiment bien, c’est un très bon début pour arriver à faire changer les choses dans notre propre pays.

Vous désiriez également rencontrer des groupes lesbiens et féministes à Genève et en Suisse en tant que représentante du Secrétariat Femmes de l’ILGA. Avez-vous constaté des points communs avec votre expérience personnelle au Kenya et en Afrique ?

J’ai eu l’occasion de rencontrer de nombreuses personnes et organisations durant mon séjour en Suisse. J’ai eu la chance de rencontrer Lestime (une organisation lesbienne) à Genève au moment où elles célébraient leur dixième anniversaire. J’y ai rencontré beaucoup de gens intéressants et plusieurs femmes exceptionnelles qui travaillent pour les droits des femmes dans leurs pays.

J’ai aussi visité les locaux de Dialogai à Genève, et j’ai pu m’informer sur leur travail pour la communauté LGBT et en particulier pour les gays. J’ai également été à Zurich pour rencontrer des membres de Queer Amnesty et j’ai passé une intéressante matinée avec Hannes et Pascale, des membres de cette organisation, et j’ai ensuite été à Bern aux bureaux d’Amnesty International. Amnesty est tenue en haute estime sur les questions des droits humains, et ma rencontre avec cette équipe a été un point fort de mon séjour. J’ai donc rencontré de nombreuses personnes extraordinaires et j’espère les revoir un jour.

En ce qui concerne le partage d’expériences similaires, il est intéressant de remarquer que des similitudes existent quant aux défis que constitue l’utilisation du pouvoir dans les organisations dirigées par des féministes. J’ai rencontré quelques féministes, je suis heureuse d’avoir pu discuter de ces questions et que l’on m’ait donné quelques idées sur une utilisation positive du pouvoir. Une différence notable a été le niveau d’implication des jeunes générations dans le mouvement féministe. Je suppose qu’en Suisse, la jeune génération n’a pas ressenti les désavantages d’un système inégalitaire et ne participe donc pas beaucoup au mouvement féministe. Les jeunes femmes ont de nombreuses occasions de réussir dans ce pays, et les possibilités sont infinies.


Pour finir, quelle est l’expérience la plus utile que vous ramenez chez vous de votre participation à la session de l’EPU et de votre séjour en Suisse ?

Il me semble que cette expérience toute entière m’a ouvert les yeux. Tout d’abord, j’ai eu accès aux délégués des différents gouvernements, ce qui aurait été très difficile dans d’autres circonstances, et comme je l’ai dit précédemment, cela donne l’occasion de discuter des questions qui nous intéressent. C’est aussi le bon moment pour écouter les gouvernements se positionner par rapport aux autres. Ce système permet aux gouvernements de présenter leurs actions et des recommandations sont faites. Il me semble qu’il s’agit d’une leçon d’humilité : il est nécessaire que les gouvernements se justifient.

J’ai également pu comprendre les pays où les questions LGBT sont prises en compte. L’endroit tout entier est une mine d’informations et une excellente occasion pour rencontrer d’autres ONG. Le processus de l’EPU est finalement l’occasion de faire rendre des comptes aux gouvernements.

Pour finir, je ramène également avec moi le fait de ne jamais considérer le soleil comme allant de soi. Avoir connu ce temps froid me fait d’autant plus apprécier le climat du Kenya. Je ne me plaindrai sans doute plus jamais que le soleil est trop chaud et qu’il me fait transpirer. C’est manifestement une bonne chose.


L’Examen Périodique Universel (EPU) est un nouvel instrument de surveillance des droits humains par les pairs, créé par les Nations Unies en 2006. Un premier cycle de 4 ans s’est terminé en 2011, et les 192 pays ont tous été examinés.
Le deuxième cycle a commencé en juin 2012, 42 états faisant chaque année l’objet d’un examen par d’autres états. En quatre ans et demi, les 193 membres des Nations Unies auront tous été examinés (dont le Sud Soudan, nouvellement reconnu).
L’examen se compose de cinq étapes principales : rédaction de rapports, dialogue interactif entre les états membres, adoption du résultat des recommandations, adoption officielle du rapport par l’état, mise en œuvre et suivi. Chaque procédure implique des états, des ONG internationales et nationales, des instituts nationaux des droits humains et d’autres parties prenantes.
En 2012, la 14ème session de l’EPU a procédé à l’examen de la République tchèque, de l’Argentine, du Gabon, du Ghana, de l’Ukraine, du Guatemala, du Bénin, de la République de Corée, de la Suisse, du Pakistan, de la Zambie, du Japon, du Pérou et du Sri Lanka.

D’autres interviews de militant-e-s LGBT à propos de leurs expériences du processus de l’EPU sont disponibles à l’adresse suivante :
http://ilga.org/ilga/en/article/nsKSZ961xx

Versions en anglais, espagnol et portugais : Cliquez sur le symbole de la langue à gauche de l’écran.

Traduction de l’anglais : François Peneaud
 

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