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Droits humains au Cameroun: Des nouvelles dynamiques

in CAMEROON, 17/10/2012

Au Cameroun, face à la pandémie du VIH/SIDA et la violation des droits humains, les gays ont décidé de prendre en charge eux-mêmes leurs propres destins. Ceci, pas seulement sur le plan de la lutte contre le VIH et les IST mais également sur le combat pour la connaissance et l’appropriation des droits des minorités sexuelles. Zoom sur ces associations portées par les LGBTI, bénéficiaires, elles-mêmes, qui œuvrent au quotidien pour la reconnaissance de la cause homosexuelle.

Au Cameroun, face à la pandémie du VIH/SIDA et la violation des droits humains, les gays ont décidé de prendre en charge eux-mêmes leurs propres destins. Ceci, pas seulement sur le plan de la lutte contre le VIH et les IST mais également sur le combat pour la connaissance et l’appropriation des droits des minorités sexuelles. Zoom sur ces associations portées par les LGBTI, bénéficiaires, elles-mêmes, qui œuvrent au quotidien pour la reconnaissance de la cause homosexuelle.

Leur leitmotiv est la même:

  • Faire reculer la pandémie VIH/SIDA au sein de la communauté LGBTI,
  • Promouvoir les droits des LGBTI en santé sexuelle reproductive et en droits humains,
  • Lutter contre la stigmatisation/discrimination et enfin
  • Dénoncer les multiples abus, violations et arnaques dont sont victimes les minorités sexuelles au quotidien.

Elles, ce sont les nouvelles associations LGBTI du Cameroun : Humanity First Cameroon, Action pour le Développement et l’Epanouissement des Personnes Vulnérables (ADEPEV), Cameroonian Foundation For AIDS (CAMFAIDS), Affirmative Action, nées pour la plupart des constats frappants faits par les bénéficiaires eux-mêmes, c’est à dire des homosexuels et lesbiennes.
Ces nouvelles dynamiques basées à Yaoundé viennent s’ajouter à ces grandes associations de lutte pour les droits des homosexuels (Alternatives Cameroun et l’Association de Défense des Homosexuels- ADEFHO) qui ont déjà pignon sur rue.
Elles aussi s’ajoutent à une plus petite association, Lady’s Cooperation, qui cherche à améliorer la vie des sportives, des lesbiennes, et des femmes en général.

Humanity First Cameroon: Les gays se prennent en charge

Jules Eloundou, président de Humanity First Cameroon confie que son organisation qui nait, en janvier 2010, de la volonté des gays à vouloir se prendre en charge sur le plan de la lutte contre le VIH/SIDA : « La communauté homosexuelle était très peu informée sur le VIH. Bon nombre de gays ne savaient même pas que le VIH pouvait se contacter pendant des rapports entre deux hommes ».

Il était donc question d’accentuer la prévention en organisant une causerie éducative mensuelle sur un thème précis visant le changement de comportement. Aujourd’hui, en juillet 2012, nonobstant les quelques difficultés en approvisionnement de matériel de prévention (préservatifs et gels lubrifiants), Humanity First Cameroon se félicite d’avoir conduit deux grands projets de prévention contre le VIH/SIDA et les IST qui lui ont permis d’atteindre près de 2704 HSH dans la ville de Yaoundé, ceci de la période allant de janvier 2010 à mai 2012, suit une vingtaine de PVVIH par des appuis nutritionnels et des conseils médicaux et psycho-sociaux. Il y a quelques mois, l’association a mis sur pied le « Humanity Center » qui est un centre de convivialité pour la communauté gay entière.

ADEPEV : Dépénalisation de l’homosexualité

Comptant à son actif, une centaine de membres et plusieurs alliés, l’Action pour le Développement et l’Epanouissement des Personnes Vulnérables (ADEPEV) commence également ses activités en début 2010. Marc Lambert Lamba, coordonnateur de la cellule santé sexuelle et prévention d’ADEPEV explique que « à l’époque beaucoup de gays, certains des amis très proches, mourraient de la pandémie de SIDA, au lieu tout le temps de se réunir pour contribuer financièrement pour organiser des deuils de nos pairs, nous avons décidé de mettre sur pied un regroupement qui va réfléchir comment éradiquer le fléau car la prévention nationale est hétérocentrée ».

Depuis cette date, l’organisation a grandi en termes de réalisations, notamment, la mise sur pied d’une cellule juridique qui s’occupe essentiellement des conflits au sein de la communauté homosexuelle et du plaidoyer auprès des instances de décision nationales. A long terme, « notre souci est d’aller vers le ministère de la Santé Publique pour un plaidoyer/lobbying pour une réelle prise en compte des LGBTI et vers le ministère de la Justice pour la dépénalisation de la pratique homosexuelle », ajoute Marc Lambert Lamba.

CAMFAIDS: En quête d’une sensibilisation accrue

Après seulement plus d’un an de travail pour sensibiliser les personnes LGBTI à Yaoundé et ses environs particulièrement dans les campus universitaires sur la façon d’éviter l’infection à VIH, la Cameroonian Foundation For AIDS (CAMFAIDS), quant à elle, a été fondée en mai 2010, par des jeunes étudiants LGBTI, mais aussi des gays friendly, pour lutter contre le taux croissant de VIH / SIDA chez les minorités sexuelles en dépit de nombreux programmes et projets visant à lutter contre la maladie.

Outre les communications interpersonnelles, causeries éducatives et descentes de terrain pour sensibiliser sur le VIH/SIDA, l’association a développé un volet communicationnel visant « la diffusion sur Internet et sur d’autres supports de communication des informations spécifiques sur les droits des homosexuels afin d’endiguer tous les formes de discriminations et arrestations arbitraires non argumentés par des textes de lois », explique son président, Dominique Menoga.

Affirmative Action : Les bâtisseurs

Avec un siège situé dans un quartier populaire de la capitale politique camerounaise, Affirmative Action, autre association identitaire a été initiée en 2008 par des jeunes pairs éducateurs qui travaillaient à l’époque pour un projet d’une grande ONG de la place, s’occupant des questions des hommes ayant les rapports sexuels avec d’autres hommes (HSH). Son histoire n’est pas différente des précédentes.

« Nous avons fait le constat que les personnes marginalisées (travailleurs de sexe, camionneurs, albinos et LGBTI) étaient pour la plupart discriminées dans les centres hospitaliers par des professionnels de la santé qui leur prêchent le discours de la moralité et de la normalité, alors nous nous sommes regroupés avec le souci de redonner à ces groupes marginalisés l’estime de soi et la connaissance de leurs droits fondamentaux », explique Serge Yotta D., Secrétaire général d’Affirmative Action. Légalisée en 2010, Affirmative action, décide dès lors de mener des activités plus axées sur les LGBTI.

Outre l’objectif de vouloir stabiliser la prévalence et l’incidence à VIH chez les homosexuels, l’organisation nourrit également l’ambition de prôner l’excellence chez les HSH qui se font démarquer dans la vie active, soit par leur talent, soit par leur bagage intellectuel en faisant d’eux des leaders d’opinion. D’où l’initiative des « bâtisseurs » qui est un groupe de réflexion sur les questions homosexuelles, ayant pour vocation, à long terme, de créer un Lobby de personnes assez outillées en connaissances diverses afin de défendre leurs intérêts et droits des populations vulnérables au sein des instances nationales et internationales.

C’est aussi dans le même ordre d’idées qu’entre le projet d’entraide aux petits entrepreneurs qui consiste à soutenir les LGBT à travers des activités génératrices de revenus et des petites formations soit en teinture des pagnes, soit par la fabrication des yaourts ou des savons.

Lady’s Cooperation : Lesbiennes et autres discriminées

Du côté féminin, face à la marginalisation de la femme en général et de la footballeuse en particulier, Berthe Awoh Ngoume et quelques amies mettent sur pied Lady’s Cooperation, courant d’année 2006. Depuis, cette date, l’organisation a été légalisée mais n’a pas beaucoup évolué, à cause de nombreux écueils.

Outre les difficultés liées au contexte social hostile pour l’émergence d’une telle organisation, Berthe Awoh Ngoume, la présidente, parle des problèmes: « Le quotidien des footballeuses en particulier et des sportives en général est essentiellement fait d’intrigues, chantages et harcèlements sexuels divers, parfois de la part de dirigeants sportifs avec qui elles sont obligées d’avoir de rapports sexuels pour survivre. Certaines filles que je connais, sont contraintes à la prostitution pour échapper à la misère ou alors pour espérer une pseudo carrière dans le sport. D’autres se retrouvent, malgré elles, avec des grossesses indésirables ou à des avortements les contraignant à abandonner leurs ambitions ».

Un autre problème contre lequel l’association lutte est l’exclusion des lesbiennes dans la société camerounaise. « La lesbienne Camerounaise est encore très fragile et discriminée. Les sportives par exemple abandonnent très tôt leurs études, ceci généralement au secondaire. Elles n’ont pas ainsi de chance de trouver un emploi ou même revenir plus tard sur les bancs pour apprendre même un petit métier », continue Berthe Awoh Ngoume décriant le manque de soutien de cette communauté qui vit sans l’acceptation sociale.

C’est également cet environnement délétère qui conduit au déni de l’identité sexuelle de certaines lesbiennes et à l’auto stigmatisation au sein du milieu homosexuel. Car au Cameroun, à part les sportives, qu’on peut facilement reconnaître en raison de leurs muscles bien développés, la lesbienne féminine en général se cache. « Elles n’assument pas leur sexualité et sont obligés de d’avoir une vie bisexuelle pour des contraintes sociales ou financières. D’autres filles, par manque d’affection ou de rejet de leurs proches du fait de leur homosexualité se sentent isolées et ne se retrouvent pas », confie la présidente de Lady’s Cooperation. Actualité oblige, les lesbiennes sont aussi victimes des arrestations arbitraires. Les cas de nombreuses femmes accusées d’homosexualité et condamnées sur des bases non fondées sont légions.

Pour essayer de trouver des solutions à ces problèmes, Lady’s Cooperation, essaye, autant que ce peut, de se structurer. A part les causeries éducatives autour des thématiques du VIH/SIDA et des droits humains avec diverses organisations partenaires notamment les associations des gays de la capitale camerounaise, l’association travaille pour la réinsertion de la femme incarcéré et pour la revalorisation de la lesbienne. Tâche ardue, puisqu’elle n’a ni siège, ni partenaires techniques ou financiers pour soutenir la mise en œuvre de ses activités. Le combat reste entier.

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