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La Canne à sucre
Cameroun : Un snack bar refoule les gays à Douala

in CAMEROON,

Située dans le quartier chaud de Deido, « La Canne à sucre » filtre ses entrées et ne veut plus y voir les homos. Alternatives Cameroun envisage une campagne de boycott.

« De toute ma vie, je n’ai jamais eu aussi honte. Le portier se moquait presque de nous. Il nous scrutait. Pour la deuxième fois en trois semaines, on nous répondait à l’entrée de « La Canne à sucre » que c’était saturé, que des gens avaient loué la salle et que nous ne pouvions pas entrer. Ce qui nous a quand même intrigués et énervés, c’est qu’après, ils ont laissé des gens entrer. »
Yves Tchamba, 29 ans, qui raconte l’histoire ne décolère pas. Samedi dernier, 13 août 2011, avec quelques amis, il sort pour une virée nocturne. Direction, « La Canne à sucre », en plein quartier Deïdo, quartier populaire et chaud, dans le prolongement de la rue de la joie, à Douala. C’est un snack aux airs de pub qui marche très bien. Chaque soir, de nombreux jeunes s’y retrouvent dans une ambiance conviviale. « La première fois que j’y ai été, se souvient Yves, j’ai aimé l’atmosphère. C’était plein. J’avais l’impression que l’endroit était ouvert à tout le monde, hétéro ou homo, et c’est ce qui m’a semblé faire le charme de l’endroit. Les gens étaient bien dans leur tête et se respectaient. Pas d’excès, pas d’extravagance ».
Samedi dernier toujours, François Bakang et Richard Timba, ont, eux, été expulsés du pub. « Alors qu’on était assis près du bar à bavarder, le gardien est venu nous demander de sortir. On lui a demandé pourquoi. Il nous a dit que c’était comme ça. Une fois à l’extérieur, il nous a dit que nous étions efféminés et que le patron ne voulait pas de gens comme nous. Nous sommes partis et ils ne nous ont même pas rendu notre monnaie. » Les témoignages de la même nature se multiplient.
Ce que ce beau monde ne sait pas c’est que, un mois plus tôt, un scandale s’est produit à « La Canne à sucre ». Un soir, deux garçons y ont été surpris, batifolant dans l’une des deux toilettes de l’établissement. Le gérant de la boîte fait alors arrêter la musique, prend le micro pour relater ce qu’il vient de se passer à tous les clients. Tollé ! Il y en a qui réclament que les deux individus soient brûlés vifs séance tenante. Face à la tournure que prennent les événements, le gérant se ravise. Mais tout change alors à « La Canne à sucre ».
Apparence
Désormais, les gays ou ceux qui en ont l’apparence y sont indésirables. Les videurs reçoivent des consignes strictes et sont notamment formés à reconnaître les pédés et à leur interdire l’accès. « A l’entrée, on va même jusqu’à demander aux gens pourquoi ils ne sont pas en compagnie de filles. On leur demande s’ils sont footballeurs, s’ils sont artistes, pourquoi ils sont habillés de telle manière, etc. Récemment, le fils du propriétaire de l’une des salles de spectacle les plus prestigieuses de la ville s’est vu refuser l’entrée à cause de sa coiffure », raconte une source proche du snack. Des pratiques hasardeuses qui font des victimes collatérales, des hétérosexuels notamment.
Joint au téléphone, le gérant de « La Canne à sucre », Franck Ekwalla, explique que « trop de gays fréquentaient l’établissement et indisposaient le reste de la clientèle qui se plaignait. J’ai donc pris la décision d’interdire l’accès aux homosexuels, décision que j’assume. C’est vrai que nous ne les connaissons pas tous. Mais ceux que nous reconnaissons sont bloqués ». A la question de savoir si une telle pratique n’est pas discriminatoire, Franck Ekwalla n’en démord pas : « J’assume », martèle-t-il.
Saisie par ses membres et sympathisants, l’association de défense des droits de l’homme Alternatives Cameroun, à travers son président Parfait Behen, estime qu’il s’agit « d’une discrimination inacceptable. Ce n’est pas parce que la loi criminalise encore l’homosexualité qu’on va commencer à refouler les gays des lieux publics. C’est de l’apartheid et c’est dangereux. On ne peut pas laisser faire ça. Nous allons porter plainte pour discrimination et mener, avec les autres associations dont Adefho, une campagne de boycott de ce snack ».
Stéphane Tchakam
 

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