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Justus Eisfeld, GATE Executive co-Director
Identité de genre : Qu’est-ce qui peut et doit être fait au niveau de l’ONU ?

in WORLD, 13/06/2011

Justus Eisfeld, Executive Director of Global Action for Trans* Equality (GATE) underscored the need to address Panel de l’ILGA au Conseil des droits de l’Homme de l’ONU, le 7 juin 2011, « Le consensus grandissant entre les gouvernements concernant la fin de la criminalisation basée sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre », par Justus Eisfeld, co-Directeur exécutif de GATE.

 

Bienvenue à toutes et à tous

Je remercie la mission belge et l’ILGA de m’avoir donné l’occasion de m’adresser à vous, et de vous parler de questions spécifiquement liées à l’identité de genre. Une telle intervention dans le cadre de l’ONU est rendue nécessaire par les violations des droits humains dont sont victimes au quotidien les personnes trans. Permettez-moi de prendre quelques instants pour parler d’abord de terminologie. GATE utilise le terme « trans* », avec un astérisque, pour signifier que nous parlons de personnes transgressant les normes binaires de genre de l’Occident. Nous sommes d’apparences et de couleurs variées, et nous sommes connus dans différentes cultures sous de nombreux noms, comme Hijra, meti, katoey, fa’afafine, fakaleiti, travesti, muxe, two spirit, genderqueer, transgenre, transsexuel, pour en citer quelques-uns. Certains de ces noms sont portés fièrement, d’autres correspondent à une stigmatisation et même à un dégoût, dans leur contexte culturel. Nous partageons l’expérience de l’identification à un sexe différent, contrairement à la plupart des gens, de celui de notre corps de naissance. Nombre d’entre nous ont subi en conséquence des rejets et des violences.

Aussi différents que nous soyons des sociétés dans lesquelles nous vivons, nous connaissons des difficultés dans les mêmes domaines.
Comme d’être reconnus par la société et nos gouvernements comme des personnes à part entière, particulièrement dans le cadre de notre accès à des papiers d’identité avec les noms que nous utilisons dans notre vie quotidienne et avec le sexe que nous souhaitons exprimer.
Nombre d’entre nous subissent violence et discrimination de façon quotidienne, et de fait, rien que pour les deux dernières années, Transgender Europe a recensé plus de 500 meurtres de personnes trans à travers le monde. Et ce ne sont que les cas découverts sur internet après une recherche sur quelques termes.
L’accès au système de santé est un problème pour la plupart d’entre nous, étant donné que de nombreux docteurs refusent tout simplement de nous soigner, même pour des blessures par balle. En même temps, les femmes trans et les hommes qui ont des relations sexuelles avec des hommes sont le groupe à la fois le plus touché par le VIH au niveau mondial et le plus négligé dans le combat contre la propagation de la maladie.
Enfin, et ce n’est pas le moindre problème, emploi et éducation sont refusés à beaucoup d’entre nous, surtout quand notre identité trans est révélée.
Toutes ces questions sont encore oubliées ou très insuffisamment abordées dans le cadre de l’ONU. Tout cela est encore compliqué par le fait que les questions d’identité de genre ont beau coïncider en partie avec celles d’orientation sexuelle, elles n’en restent pas moins très différentes. Certains pays en pointe sur les questions d’orientation sexuelle commettent en même temps d’importantes violations des droits humains contre les personnes trans.
L’identité de genre et l’orientation sexuelle ne sont pas nécessairement la même chose, certains pays en pointe sur l’orientation sexuelle sont en retard en ce qui concerne l’identité de genre, parfois sans même que les gouvernements en soient conscients.

Voyons donc ce qui peut et doit être fait au niveau de l’ONU :
- Améliorer la sensibilisation par divers événements en marge donnant un aperçu de ces questions : j’aimerais proposer aux gouvernements de travailler avec nous à la préparation d’un événement en marge dédié aux questions d’identité de genre, pour mieux comprendre ces questions et décider où et comment elles pourraient être abordées au niveau de l’ONU. J’organiserai une réunion jeudi ou vendredi pour étudier avec vous diverses possibilités.
- Aborder les questions d’identité de genre dans les rapports des Rapporteurs spéciaux. Certains l’ont déjà fait, comme le Rapporteur spécial pour les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, le Rapporteur spécial pour les violences faites aux femmes, le Rapporteur spécial pour le droit à la santé et le Rapporteur spécial pour la promotion et la protection des droits humains et des libertés fondamentales dans le combat contre le terrorisme.
- Inclure l’identité de genre dans les résolutions, les communiqués et les déclarations. Un exemple positif en est le communiqué conjoint de décembre dernier, et l’inclusion de l’identité de genre dans la version la plus récente du projet de résolution sud-africaine actuellement à l’étude. Un exemple négatif en est la résolution sur les exécutions extrajudiciaires de décembre dernier, qui malgré de premiers signaux positifs ne contient pas de référence à l’identité de genre, alors que les personnes trans sont particulièrement touchées par ces meurtres.
- Examiner les violations des droits humains à l’encontre des personnes trans dans le cadre du Haut-Commissariat aux droits humains. Le Commissaire pourrait par exemple commander des enquêtes sur les violations des droits humains liées à l’émission des documents d’identité. Dans deux semaines, le Commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe publiera à l’intention des membres du Conseil un rapport contenant ces informations. Un rapport du même type provenant du Haut-Commissaire serait extrêmement précieux.
- Aborder les questions d’identité de genre dans le processus de l’EPU. Comme à notre habitude, nous informerons les états des questions qui concernent spécifiquement les personnes trans. Nous aimerions que ces questions soient abordées, et nous serions très heureux d’aider les gouvernements à formuler leurs questions.
- Aborder les violences faites aux personnes trans en raison du genre au sein des organes qui s’occupent des violences faites aux femmes, et des violences en raison du genre de façon plus générale. Le CEDAW (Comité pour l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes) et la CSW (Commission de la condition de la femme) fournissent d’excellentes occasions d’étudier les violences en raison du genre auxquelles font face les personnes trans de par la transgression de normes de genre qui ne nous correspondent pas.
Citons d’autres organes de l’ONU qui peuvent, et devraient, travailler sur les questions d’identité de genre :
- L’OMS devrait œuvrer à retirer les troubles de l'identité de genre de la liste des troubles de la personnalité dans sa Classification internationale des maladies.
- Le PNUD et ONUSIDA ont déjà commencé à travailler avec certaines communautés trans dans le cadre de la prévention du VIH/SIDA. Cette collaboration doit être renforcée, et une contribution plus importante de la part de diverses communautés trans doit être recherchée durant ce processus.
- Le HCR devrait intensifier son travail déjà existant avec les réfugiés trans, et rendre les procédures d’asile plus accessibles aux personnes trans se trouvant en danger immédiat.
- Dernier point, et non des moindres, l’UNICEF et l’UNESCO devraient travailler sur les droits des enfants qui sont trans ou ne se conforment pas au genre, et sur leur accès à l’éducation, à la santé et à un logement sûr.

Au niveau des pays, les gouvernements devaient se consacrer en premier lieu à leur propre instruction, en écoutant les groupes et les organisations trans exprimer leurs besoins, et en écrivant ou en commandant des rapports sur la situation juridique et sociale des personnes trans dans leurs pays – cela devrait inclure à la fois les résidents légaux et les immigrés sans papiers, particulièrement dans les pays riches. Les questions clefs citées plus tôt devraient être étudiées de façon spécifique, ainsi que d’autres questions que les communautés trans du pays identifieront. Grâce à ces informations (ou parallèlement au recueil de ces informations), les pays devraient systématiquement s’occuper des obstacles auxquels font face les personnes trans dans leur vie quotidienne. En d’autres termes, la production d’un rapport ne devrait pas empêcher de traiter les questions évidentes.

J’espère que ces suggestions vous donneront quelques idées pour agir dans l’avenir – n’hésitez pas à me contacter, ou à contacter Mauro Cabral, le co-directeur de GATE, si vous avez des questions ou si nous pouvons vous aider de quelque façon que ce soit.

Je vous remercie pour le temps que vous m’avez consacré, et j’attends avec intérêt une discussion animée.

 

Justus Eisfeld est le co-directeur et fondateur de GATE - Global Action for Trans* Equality (Action Mondiale pour l’égalité des trans*), après avoir été le premier co-président de TransGender Europe et le président fondateur du Transgender Netwerk Nederland. Il est l’auteur d’un récent rapport sur la transphobie pour le compte de l’Agence des droits fondamentaux de l'Union européenne. Il est membre du bureau du Callen-Lorde Community Health Center et conseiller pour le programme LGBT de Human Rights Watch. Il détient un M.A. en sciences politiques/études de genre de l’université d’Amsterdam. Dans une précédente vie de militante lesbienne depuis 1994, il était président de l’IGLYO (International Lesbian, Gay, Bisexual, Transgender and Queer Youth and Student – Organisation internationale de la jeunesse et des étudiants lesbiens, gays, bisexuels, transgenres et queer). Justus Eisfeld vit actuellement à New York.


Traduit de l’anglais par François Peneaud


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