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Genre et sousreprésentation des femmes dans les médias du Sud

in WORLD, 23/07/2010

Dans la lutte pour l'égalité des sexes, les médias devraient être des alliés puissants. Malheureusement, ils ne font que renforcer le statu quo, notamment dans les pays du Sud.

Fuente: AWID

Par Kathambi Kinoti

Quinze ans après l’adoption du Programme d’action de Beijing (BPFA), les voix des femmes sont encore largement absentes des médias grand public. Le BPFA a reconnu le rôle puissant joué par les médias dans la définition des perspectives et a dès lors formulé des recommandations détaillées pour renforcer la visibilité et la voix des femmes et pour promouvoir une image juste et non stéréotypée de la femme. Parmi ces recommandations, on peut citer :

Venir à bout de la perpétuelle diffusion d’images négatives et dégradantes des femmes dans la programmation.
Accroître les compétences, le savoir et l’accès aux technologies de l’information des femmes afin de les aider à combattre la représentation négative des femmes.
Intégrer la question du genre à la programmation et aux politiques des médias.
Des progrès lents

Une étude portée sur le monitorage des médias dans 12 pays d’Afrique australe a révélé que les stéréotypes foisonnent et sont activement véhiculés par les médias. D’après les auteurs, « bien qu’ils pourraient jouer un rôle prépondérant dans la « libération de l’esprit », les médias ont plus souvent fait partie du problème que de sa solution. » L’image que l’on donne des femmes dans la presse est souvent celle d’objets sexuels, de tentatrices, de mères ou d’épouses. Lorsqu’ils ont besoin d’un expert sur un sujet, les journaux, radios ou chaînes de télévision sont moins susceptibles de faire appel à une femme. L’étude a par ailleurs démontré que les femmes politiques, qui représentaient 18 % des membres des parlements de la région, étaient rarement citées dans les actualités : seulement 8 % des sources sont des femmes.

Bien que les gouvernements aient signé le BPFA, les médias étatiques ne font guère mieux que leurs homologues privés. En effet, selon l’étude, la situation y est souvent bien plus grave. L’égalité des sexes n’est pas vue comme un sujet digne d’être signalé dans les actualités, et on parle très rarement des droits des femmes et des instruments qui garantissent ces droits. Un dessin humoristique, publié dans un journal tanzanien, a été reproduit dans le rapport sur le monitorage en l’Afrique australe. L’image promeut des stéréotypes négatifs sur les militant-e-s des droits des femmes qui ont assisté à la Conférence de Beijing, qui s’avère être, ironie du sort, le premier forum mondial à étudier intégralement la question du genre et de la représentation dans les médias.

Les femmes n’ont pas bénéficié des nouvelles libertés qui ont vu le jour dans le domaine de l’information et de la communication au cours de la dernière décennie. Les auteurs du rapport sur le monitorage des médias d’Afrique australe déplorent : « dans tous les pays de la région et du monde, les professionnels des médias — hommes et femmes — sont soumis à une forme d’auto censure, dont ils sont peut-être inconscients car elle s’enracine profondément dans la façon dont nous sommes élevés. »

L’égalité des sexes est encore considérée une « affaire de femmes ». Elle est rarement mentionnée dans les médias, et les rares fois où ce sujet est couvert, il est fort probable que le journaliste soit une femme, à l’exception des médias asiatiques d’après le Projet mondial de monitorage des médias (GMMP). Les médias latino-américains et caribéens affichent de bien meilleurs résultats dans la couverture médiatique des questions liées à l’égalité des sexes. Le GMMP fait état d’avancées considérables en Amérique latine, où l’on est passé de 4 % de sujets abordés en 2005 à 47 % en 2010, et dans les Caraïbes, où l’on est passé de 5 % en 2005 à 28 % en 2010, ce qui est très encourageant. Le rapport préliminaire suggère que « les avancées enregistrées ces cinq dernières années en Amérique latine ont eu des répercussions positives sur la participation des femmes aux hautes sphères de la politique, ce qui expliquerait en partie l’augmentation spectaculaire de la couverture médiatique des questions relatives à l’(in)égalité des sexes. »

Les médias renforcent les stéréotypes dans le monde entier, cependant c’est au Moyen Orient que la situation est la plus dramatique : 98 % des reportages véhiculent des stéréotypes de genre. Dans le Pacifique, seul 4 % des reportages remettent les stéréotypes de genre en question. Les médias latino-américains restent en tête de liste dans la remise en question des stéréotypes de genre, 14 % des reportages le font activement alors que 24 % d’entre eux, ce qui reste relativement élevé, renforcent ces stéréotypes.

La plupart des employés des médias, tous niveaux confondus, restent des hommes, qu’ils soient journalistes ou décideurs. La présentation d’émissions est le seul type de poste où la parité hommes-femmes est atteinte, mais en l’occurrence, les femmes ont une date de péremption, puisqu’elles sont en général âgées de moins de 34 ans. D’après les résultats de l’Etude de base sur le genre et les médias d’Afrique australe et du projet GMMP, les femmes de plus de 35 ans ne sont plus visibles. Ce phénomène renforce les stéréotypes sur les jeunes femmes comme étant désirables et les femmes âgées ne l’étant plus, ce qui ne touche pas les présentateurs masculins de la même manière.

La voix et la visibilité des femmes journalistes se sont quelque peu améliorées depuis le Programme d’action de Beijing. Toutefois, elles se voient plus souvent assigner des sujets plus légers comme l’art, les divertissements ou le mode de vie, alors que les informations « dures », comme celles qui concernent la politique, l’économie ou le gouvernement restent largement du domaine des hommes. Les données recueillies par le GMMP soulignent la nécessité d’augmenter la participation et l’influence des femmes dans les médias. Les journalistes femmes sont plus souvent amenées à traiter des sujets liés aux femmes et s’appuyer sur des expertises de femmes que les hommes. Elles sont également mieux à même de conférer aux sujets traités une dimension de genre, sans quoi ces sujets y seraient insensibles.

Y a-t-il espoir d’évoluer ?

En dépit des tendances décourageantes en matière de représentation des femmes dans les médias du Sud, les études de monitorage des médias montrent qu’il y a certaines percées positives. De plus en plus de volontaires engagés font un suivi des médias et en rendent compte aux femmes. Leur influence doit être renforcée.

L’Amérique latine est la première région à faire les choses différemment. En ce sens, un échange Sud-Sud entre les organisations de femmes latino américaines et les organisations féministes en Afrique, Asie, dans les Caraïbes, au Moyen Orient et dans le Pacifique permettrait de partager de précieuses expériences, applicables partout. L’Asie pourrait par exemple partager son expérience : dans ce continent, les questions de genre sont traitées aussi bien par les hommes que les femmes, ce qui a permis de replacer dans un courant dominant cette problématique qui était confinée à la « rubrique des femmes ». Le Moyen Orient est en tête de liste en matière de reportages faisant mention des instruments de défense des droits des femmes. Ces sujets devraient être traités dans les actualités tout comme dans les analyses et les reportages.

Le rapport GMMP formule certaines recommandations pour que la société civile joue un rôle plus actif dans la promotion d’une image positive des femmes dans les médias. Certaines de ces recommandations sont les suivantes :

Former des panels régionaux de femmes expertes dans divers domaines. Les femmes sont communément représentées comme expertes dans les questions d’égalité entre les sexes, de beauté, de mode ou de décoration, mais en réalité, elles participent à toutes les activités humaines, ce qui devrait être reconnu.


Intégrer aux programmes des écoles de journalisme des cours sur le genre et les médias. La prise de conscience des questions liées au genre et aux droits des femmes devrait être insufflée à tous les aspects du travail du journaliste, afin que l’autonomisation des femmes ne soit pas uniquement traitée dans des reportages spéciaux mais qu’au contraire, cette problématique soit entièrement comprise et activement promue.

Les décideurs dans les médias devraient être formés à la prise de conscience des questions liées au genre afin d’endiguer les biais sexistes profondément enracinés et souvent inconscients.

Adopter et exécuter des politiques sur la parité des sexes dans les médias. Il doit y avoir un nombre égal d’employées et d’employés à tous les niveaux, des journalistes aux décideurs.

Soutenir les femmes dans les médias en leur proposant des formations et en améliorant leur visibilité.

Établir, dans les médias, des codes de pratiques qui tiennent compte de la spécificité des sexes, et qui rendent les groupes de médias responsables des sujets traités. Continuer de diffuser des représentations baisées des femmes est contraire à l’éthique.

Encourager le suivi des médias de la part des organisations de la société civile.

Alors que les initiatives actuelles de suivi des médias font un constat alarmant, elles fournissent aussi une feuille de route pour le travail qu’il reste à faire. La première étape de ce voyage est de rendre les médias conscients de leur responsabilité éthique. Dans le rapport GMMP, Aidan White, Secrétaire général de la Fédération Internationale des Journalistes, déclare : « la représentation juste du genre est une aspiration professionnelle et éthique, au même titre que le respect des principes de précision, d’impartialité et d’honnêteté. » Le code d’éthique du journalisme doit être mis à jour pour faire de la représentation juste du genre un principe central.

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