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Ile Maurice: kidnappées pour «guérir» leur homosexualité

in MAURITIUS, /201

Certaines familles organisent l'enlèvement de leur propre enfant pour mettre un terme à ses amours homosexuelles. Une pratique que combat tant bien que mal, sur place, le Collectif Arc-en-Ciel.

Le 6 juin, la vie de Shalima a basculé. Cette Mauricienne de 20 ans a été violemment enlevée sous les yeux d'une amie et séquestrée pendant plus d’une semaine dans la maison de ses parents. «Mes proches n’ont jamais accepté mon orientation sexuelle et en m'enlevant, ils ont voulu tout bonnement m'éloigner de la femme que j'aime», a confié Shalima au journal local KotZot News.

A Maurice, île de l'océan Indien, la sodomie est interdite et la société tolère mal les relations gays et lesbiennes. «Nous avons déjà eu le cas d'une jeune fille enlevée sur la plage par ses parents et séquestrée de la même manière (que Shalima), ou celui d’une jeune fille enfermée à l’hôpital psychiatrique et menacée physiquement par sa famille. Mais pour ceux et celles qui ont le courage de témoigner, combien de cas sont passés sous silence?» s’interroge Nathalie Ahnee, présidente de l’association locale Collectif Arc-en-Ciel.

Du bruit à la radio

La police ne se montre pas toujours coopérative. Dans le cas de Shalima, «des policiers ont refusé de prendre la plainte de son amie qui avait assisté à l’enlèvement (…) arguant qu’il n’y avait pas de quoi poursuivre, essayant même de décourager et d’impressionner cette jeune femme, explique Nathalie Ahnee. Ensuite, ils n’ont pas pris cas du fait qu’une personne avait été enlevée et était séquestrée, faisant fi de la notion de "non assistance à personne en danger" et prétextant que les parents avaient le droit d’agir de cette façon puisqu’ils étaient les parents.»

Alerté par des amis de Shalima et Radio One, le Collectif Arc-en-Ciel a donc pris le relais. «Nous avons demandé à notre avocat conseil d’intervenir à la radio locale afin de montrer au grand public le caractère illégal d’un tel acte et les conséquences encourues. Il a fallu attendre que l’émission ait lieu, que des hauts gradés l’écoutent et entendent tous les renseignements et le témoignage enregistré de Shalima pour que les choses bougent: les policiers ont été chez les parents de Shalima, ont interrogé son père et son frère, l’ont retrouvée et interrogée, le tout en moins de 2h. A chaque fois, nous arrivons à résoudre ces situations grâce à un gros battage médiatique.»

Difficile de porter plainte

Shalima, de même que sa compagne, est aujourd'hui très fragile. Le contrecoup du rapt. Portera-t-elle plainte? Rien n’est moins sûr: «Il n’est pas évident de porter plainte contre ses parents, observe Nathalie Ahnee. Porter plainte signifie aussi avouer son homosexualité, ce qui est encore très difficile. De plus, on ne peut pas dire que l’attitude de la police incite à faire respecter ses droits.» Et les associations doivent se contenter d’apporter un soutien moral et juridique: elles ne sont pas autorisées à ester en justice ou à se porter partie civile.

 

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