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Tremblement de terre à Port-au-Prince : les mesures doivent tenir compte de la dimension de genre

in HAITI, 11/06/2010

L’impact des catastrophes naturelles comprend une dimension de genre et, par conséquent, les mesures adoptées pour faire face à ces catastrophes doivent tenir compte de cette particularité. Six mois après le tremblement de terre qui a frappé Haïti, Yifat Sisskund, de MADRE, s’est entretenue avec l’AWID sur l’impact du tremblement de terre en fonction du genre et a évoqué les caractéristiques que devrait avoir une approche d’égalité des sexes en vue de répondre à la crise.

Source: AWID

DOSSIER DU VENDREDI

Par Kathambi Kinoti

AWID : Quelles sont les dimensions de genre de l’impact du tremblement de terre en Haïti et pourquoi leur prise en compte dans les mesures d’ordre humanitaire ou de politique est-elle fondamentale?

YIFAT SUSSKIND : Les femmes sont souvent plus durement touchées par les catastrophes du fait de leur situation déjà précaire avant le désastre. En Haïti, de même que dans tous les pays, les femmes font partie de la population la plus pauvre et manquent souvent d’un dispositif de protection sociale, ce qui les expose davantage à la violence, à la privation de logement et à la faim au moment des catastrophes. Qui plus est, elles ont également à leur charge d’autres personnes vulnérables, telles que les nourrissons, les enfants, les personnes âgées, les malades et les handicapés.

D’autre part, les femmes sont confrontées à un plus grand risque d’abus sexuel et de violence. Lors de catastrophes humanitaires, elles perdent l’accès aux services de santé reproductive, qui est fondamental. Il arrive également qu’elles perdent leurs droits de propriété pour la reconstruction de leurs maisons et qu’elles ne soient pas prises en compte dans la distribution de l’aide ciblée sur des hommes chefs de famille.

Il ne suffit pas de s’assurer que les femmes reçoivent de l’aide. Les femmes au sein de leurs communautés doivent également être prises en compte dans l’élaboration et la mise en œuvre des efforts de secours. Lorsque l’aide est distribuée par les femmes, les probabilités de parvenir aux personnes en ayant le plus besoin augmentent. Il ne s’agit pas de dire que les femmes sont moralement supérieures. Toutefois, leur rôle lié aux soins et à la protection au sein de la communauté implique qu’elles connaissent le lieu où vit chaque famille, les ménages dans lesquels il existe des nouveau-nés ou des personnes âgées handicapées, et la manière d’atteindre les communautés éloignées, y compris dans un contexte de catastrophe.

AWID : Quelle est la situation actuelle en Haïti? Les efforts humanitaires et de reconstruction traduisent-ils une prise de conscience de la nécessité d’assurer la prise en compte de la dimension de genre?

YS : La réponse est non. MADRE a récemment participé auprès d’une délégation d’avocats des droits humains à une initiative visant à recueillir des témoignages de femmes vivant dans des camps de personnes déplacées. Au cours de plus d’une semaine d’entretiens et d’enquêtes sur le terrain, la délégation a décelé des taux soutenus et élevés de viols et d’autres formes de violence sexiste dans les camps de personnes déplacées dans tout Port-au-Prince, qui se produisent depuis le tremblement de terre.

 Les femmes qui ont dénoncé les viols à la police affirment qu’elles sont ignorées, qu’elles ne sont pas prises au sérieux ou bien qu’il leur est dit de notifier la police si elles revoient les violeurs. Très peu d’information provenant des services médicaux et juridiques relative aux survivantes de viols est disponible, et lorsque c’est le cas, l’information est généralement erronée et incomplète. Lorsque ces services existent, les femmes sont confrontées à des attentes interminables, au manque de privacité et à un accès limité aux soins de santé pour les femmes. Les organisations de femmes en Haïti luttent pour remédier à cette situation et fournir des services de base, tels qu’une aide médicale au profit des survivantes de viols, des patrouilles de surveillance des quartiers et des formations en matière de droits humains.

 AWID : De quelle manière les femmes participent-elles au processus d’atténuation et de reconstruction à tous les niveaux ? Quel a été le rôle de MADRE, et des mouvements de femmes en général, pour assurer la prise en compte de la dimension de genre dans les efforts humanitaires et de reconstruction?

 YS : En mars 2010, les gouvernements se sont réunis au siège des Nations Unies à New York à l’occasion d’une grande conférence sur la reconstruction en Haïti. Les voix des organisations de femmes ont été largement ignorées alors que les nations donatrices établissaient l’agenda international pour la reconstruction. Cette approche est assez typique en matière d’atténuation et de reconstruction.

 Concernant les mesures prises pour répondre à la catastrophe, on observe l’absence d’un élément pourtant fondamental, à savoir un espace au profit des femmes à l’échelon communautaire pour faire entendre leurs voix auprès des responsables de l’élaboration de politiques. MADRE a rejoint le mouvement des organisations de femmes qui œuvrent pour faire entendre les voix des femmes haïtiennes. La conférence des donateurs s’est tenue en mars et MADRE a envoyé une lettre aux nations donatrices. Cette action a été prise au titre de notre participation à une coalition d’organisations de femmes haïtiennes et internationales qui a été mise sur pied pour exiger une approche fondée sur les droits humains des femmes dans le cadre de la reconstruction.

 Avec notre organisation sœur haïtienne KOFAVIV, nous avons également soumis un témoignage d’expert au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, qui met en lumière les conditions scandaleuses qui existent dans les camps, les hauts niveaux de violence sexuelle à l’encontre des femmes haïtiennes et le manque de réponses adéquates.

 MADRE œuvre pour assurer que les responsables de l’élaboration de politiques prêtent une oreille attentive aux femmes qui prêtent des services d’atténuation qu’il serait impossible de fournir sans leur aide dans les camps.

 AWID : Les catastrophes naturelles sont dévastatrices pour toute personne vivant dans la zone frappée, cependant dans l’ensemble, les femmes sont touchées différemment, et généralement plus gravement par celles-ci. De quelle manière l’impact inégal du point de vue du genre peut-il être atténué dans l’avenir ?

 YS : Les organisations de femmes haïtiennes se trouvent dans une position unique pour reconnaître les menaces sexistes et répondre à celles-ci car elles peuvent passer inaperçues lorsqu’une approche soit disant « indépendante des considérations de genre » est adoptée en matière d’aide humanitaire et de reconstruction.

 Du fait de leur rôle lié aux soins et à la protection et de la discrimination à laquelle elles sont confrontées, les femmes ont particulièrement besoin d’aide, et pourtant elles sont souvent négligées lors des opérations d’assistance à grande échelle. Dans le chaos qui suit les catastrophes, l’aide parvient trop souvent à ceux qui crient le plus fort ou bousculent tout le monde pour être premier de la file. Lorsque l’aide est distribuée selon l’approche du «chef de famille», il arrive que les femmes chefs de famille ne soient pas reconnues et que les femmes faisant partie de familles dirigées par des hommes soient marginalisées lorsque l’aide est contrôlée par les hommes de la famille.

 Dans une société dévastée par une catastrophe, l’opportunité de participer aux efforts de secours et de reconstruction constitue un moyen d’autonomisation par le biais de l’accès à des emplois, des ressources et des formations. La participation au processus de reconstruction doit par conséquent intégrer les organisations communautaires haïtiennes et de femmes, qui représentent la majorité de la population, les personnes les plus durement frappées par la catastrophe et les groupes historiquement exclus de la prise de décisions en Haïti.

 AWID : Le tremblement de terre s’est produit il y a presque six mois. Que doit faire aujourd’hui la communauté internationale afin d’aborder la situation actuelle en Haïti ? Quelle est l’urgence aujourd’hui pour les femmes en Haïti ?

 YS : Le gouvernement d’Haïti et d’autres organismes importants chargés de coordonner l’effort d’atténuation doivent attribuer des ressources de manière immédiate afin d’accroître la sécurité et l’illumination dans les camps en vue de freiner les niveaux galopants de violence sexuelle.

 Les gouvernements haïtien et donateurs doivent également garantir la pleine participation et le leadership des femmes dans toutes les phases de la reconstruction d’Haïti, conformément aux dispositions de la Résolution Nº1325 du Conseil de sécurité des Nations Unies et d’autres normes reconnues à l’échelon international.

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 Note: Cet article fait partie de la série hebdomadaire des « Dossier de Vendredi (Friday File en anglais) », de l’AWID qui explore des thèmes et évènements importants à partir de la perspective des droits des femmes. Si vous souhaitez recevoir la lettre d’information hebdomadaire « Dossier du Vendredi », cliquez ici.

Cet article a été traduit de l’anglais par Monique Zachary.

Licence de l'article: Creative Commons - Titulaire de la licence de l'article: AWID

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