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Une séance d'entraînement. (Photo Magali Reinert )
AFRIQUE DU SUD: UNE EQUIPE DE LESBIENNES NOIRES AUX GAY GAMES

in SOUTH AFRICA, 01/03/2010

«100% black et 100% lesbiennes», voilà le slogan de l'équipe féminine de foot de Johannesbourg qui réunit des lesbiennes pour jouer au foot et défendre la cause lgbt dans la solidarité et l'entraide. Elles tentent d'oublier grâce au foot, les violences dont elles sont souvent victimes, et la précarité.


Dans la cour de l'ancienne prison des femmes de Johannesbourg, les filles enfilent leurs tenues de foot. Puis elles descendent vers leur terrain d'entraînement, un terrain vague coincé entre un parking et une station-service au cœur de la mégapole de huit millions d'habitants. L'équipe des Chosen Few regroupe «quelques élues», footballeuses, lesbiennes, blacks, militantes, pauvres, jeunes des townships de Jo'burg. «100% black et 100% lesbiennes»: c'est leur slogan.
Pour faire partie de l'équipe des Chosen Few, «il faut être out», savoir jouer au foot et défendre la cause des droits des homosexuels en Afrique du Sud, résume Deekay, joueuse et manager de l'équipe. Deekay travaille pour Few, un forum pour l'émancipation des femmes, qui a lancé l'équipe des Chosen Few en 2004. L'organisation a ses locaux à deux pas de la Cour constitutionnelle, sur une colline qui accueillait autrefois les deux prisons, pour hommes et pour femmes, de la capitale de l'Afrique du Sud.

Plus qu'une équipe, Chosen Few est une famille
Plus qu'une équipe de foot, les filles décrivent Few comme «leur famille». Maki joue dans l'équipe depuis 2006. «C'est là que j'ai appris à me connaitre. Avant, je devais me cacher, mentir… Quand j'ai finalement dit à ma famille que j'étais lesbienne, ils m'ont chassée. Je n'avais pas de boulot, pas d'endroit où aller, je n'avais que Few», explique-t-elle.
Certaines filles de l'équipe ont été brutalisées, violées, chassées de chez elles. Beaucoup ont arrêté l'école, poussées dehors par une discrimination permanente. La majorité des joueuses est au chômage.
La législation est une des plus progressistes, la réalité des lesbiennes tout autre...
C'est toute l'ambiguïté de l'Afrique du Sud. Le pays bénéficie d'une des constitutions les plus progressistes au monde. À l'instar de toutes les communautés réprimées par le régime d'apartheid, les homosexuels ont obtenu la reconnaissance de leurs droits. Mais la législation est loin devant la réalité.
Aujourd'hui, les joueuses se décrivent toutes comme des activistes et des féministes. Entourées par diverses organisations de défense des droits des homosexuels, elles sont devenues des militantes efficaces, expertes en slogans et banderoles, chanteuses forcenées dans les manifs ou devant les tribunaux.

Elles sont devenues la mascotte des Gay Games de Chicago
Les Chosen Few ont aussi leurs lettres de noblesse dans le monde footballistique. En 2006, elles rapportent la médaille de bronze des Gay Games de Chicago. Rebelote deux en plus tard avec une autre médaille de bronze gagnée cette fois à la coupe du monde de l'Association internationale gay et lesbienne de football à Londres. Cette année, elles se préparent à conquérir Cologne.
«Un jour, je reçois un coup de fil: «Tu vas jouer au foot à Chicago.» Je ne pouvais pas y croire. C'était la première fois que j'allais à l'étranger», se rappelle Deekay. L'équipe s'envole en effet vers les États-Unis, après avoir bataillé pour trouver les financements et obtenir les visas. «On était les seules à chanter dans les stades. Tout le monde voulait nous interviewer.»
Avec leurs chants militants sur les conditions des lesbiennes en Afrique du Sud, les Chosen Few sont devenues la mascotte des jeux de Chicago. Elles sont revenues comblées avec une médaille et un mécène qui s'engage à financer leur participation aux prochains Gay Games à Cologne. Elles ont conquis également le public londonien et sont reçues par l'Association de football de Londres avec les VIP, se souvient Leigh-Ann, alors entraîneuse de l'équipe. «Avant qu'on parte pour Londres, ma mère allait à l'église avec des prospectus sur les Chosen Few en criant: ça, c'est ma fille, elle va aller à Londres, priez pour elle», évoque Ntombi en souriant.
L'équipe se prépare à conquérir les Gay Games de Cologne
À chaque fois, le retour est rude. Maki vit aujourd'hui à nouveau chez sa mère à Soweto. Sa famille la tolère dans la mesure où elle fait ses «trucs de lesbiennes ailleurs». «Mais dans le township, je ne suis pas en sécurité, j'ai toujours peur. Je ne sors pas le soir», précise t-elle.
Aujourd'hui, il ne reste plus que deux joueuses de l'équipe formée en 2004. Les Chosen Few est une étape vers l'insertion. Les filles reçoivent des formations et certaines trouvent du travail ou reprennent leurs études. Paradoxalement, c'est aussi souvent la fin du rêve.
Maki a eu un peu plus de chance. Elle a trouvé un travail de caissière dans un supermarché d'un quartier aisé de la ville, à deux heures de transport de Soweto. Son patron lui laisse un après-midi par semaine pour jouer au foot. Quand on évoque les Gay Games de Cologne en juillet prochain, ses yeux s'allument. «On ramènera l'or», lance-t-elle!
 

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