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Women Patricia Curzi, Women's Project Coordinator - ILGA
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L’Examen périodique universel, un nouvel outil de l’ONU en faveur des droits humains pour les droits LGBTI : La Kirghizie et les pays de l’ex-Union soviétique

in KYRGYZSTAN, 14/03/2011

Anna Kirey est une militante de l’ex-Union soviétique, qui a dirigé l’organisation LGBTI Labrys, basée à Bichkek en Kirghizie. Anna a également participé à des organisations de femmes et est très intéressée par le point de vue du genre dans différentes structures sociales. Elle est en train de terminer un master sur la Russie et l’Eurasie à l’université de Chapel Hill en Caroline du Nord. Interview par Patricia Curzi.

Vous avez participé au rapport des ONG pour la CEDAW (la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes) pour la première fois en 2008. Qu’est-ce qui vous a convaincus, vous et votre organisation, de participer au processus de l’EPU en préparant un rapport sur la situation des personnes LGBTI dans votre pays ?

J’ai entendu parler de la CEDAW pour la première fois en 2002, durant une session d’hiver de cours sur le genre en Kirghizie. Ça me semblait tellement lointain et irréel de participer à la rédaction d’un rapport. L’année suivante, je suis passée en troisième cycle et je m’y suis sentie assez en sécurité pour sortir du placard et parler des droits des lesbiennes. Je me rappelle très bien avoir fait une déclaration en classe sur les droits des lesbiennes en Ukraine. Notre professeure, qui vient du Costa Rica et qui est ouvertement lesbienne, a elle-même beaucoup participé au rapport pour la CEDAW. Bjorn van Roozendaal du COC-Pays-Bas a mis Labrys en contact avec l’IWRAW Asie-Pacifique (le comité d'action internationale pour la promotion de la femme), ce qui a constitué un énorme pas en avant pour notre accès au processus de création du rapport. Sexual Rights Initiative (l’initiative pour les droits sexuels) a joué un rôle-clef dans l’accès de Labrys au processus de l’EPU. Ils nous ont aidés à écrire le rapport, à faire du lobbying et à participer aux sessions de l’EPU. Nous avons préparé avec eux des rapports sur les droits sexuels au Turkménistan, en Ouzbékie, au Kazakhstan, en Azerbaïdjan et en Kirghizie.

Quels ont été les défis principaux auxquels a fait face votre organisation durant la préparation du rapport et son implication dans le mécanisme de l’EPU ?

Nous avons eu de la chance d’avoir été autant soutenus. L’un des problèmes principaux était le manque de documentation sur la situation des personnes LGBTI dans des pays comme le Turkménistan et l’Ouzbékie, où s’organiser est extrêmement difficile. Pour ces deux pays, nous avons dû travailler à partir de beaucoup de données secondaires et nous avons dépendu des quelques témoignages sur cette région pour fournir des informations venant du terrain. Sexual Rights Initiative et COC-Pays-Bas nous ont aidés à participer aux sessions où nous avons présenté des rapports. IWRAW Asie-Pacifique a soutenu nos efforts de lobbying en Kirghizie. Je pense qu’arriver à faire prendre des recommandations en compte par les missions des différents pays est le défi le plus important, car elles ont leurs propres priorités politiques. Vous pouvez passer des heures à discuter avec un représentant de la mission sans que vos recommandations soient retenues. C’est donc quelque chose qu’il faut commencer à faire au moins un mois et demi avant l’examen de votre pays. Ils sont intéressés par les faits et les recommandations précises.

Le rapport pour l’EPU des ONG sur la Kirghizie mentionne spécifiquement la situation des personnes trans. Pourquoi pensez-vous que les questions trans doivent recevoir une attention particulière, dans un contexte où tant de droits LGBTI doivent encore être respectés ?

Les questions trans sont oubliées par trop de rapports LGB(T) traditionnels. Labrys s’est engagée à ce que nos rapports témoignent de la situation des personnes transgenres en Kirghizie et en Asie centrale. J’espère que de nouveaux rapports sur les droits trans seront publiés dans d’autres régions. Je suis vraiment heureuse que dans l’ex-Union soviétique, de plus en plus d’organisations s’occupent des droits des personnes trans et impliquent des personnes transgenres dans leurs processus de décision. Les personnes transgenres sont confrontées à de graves violations des droits humains, tels que la stérilisation pour pouvoir obtenir quelque chose d’aussi simple que des papiers d’identité, la perte de domicile, le chômage et une violence endémique dans la rue et à l’intérieur des familles. Les questions trans sont pressantes et ne peuvent pas attendre que les communautés LGB soient « mieux informées ». Des informations supplémentaires par pays sur les violations des droits des personnes trans sont disponibles en anglais à l’adresse www.transrespect-transphobia.org/en_US/countries/a-z.htm#k L’ILGA prépare également une Trans-Carte pour servir de ressource aux militants LGBTI dans le monde entier.

Il y a eu des changements politiques radicaux en Kirghizie l’année dernière. Comment s’assurer que les engagements pris par l’état sur les recommandations de l’EPU seront respectés ?

C’est une question difficile. La réponse habituelle du gouvernement est qu’ils ont des problèmes plus importants à traiter que les droits LGBTI, surtout avec l’instabilité politique et économique, et avec les récentes violences au sud de la Kirghizie. Je pense qu’une stratégie claire et l’établissement de relations amicales avec le gouvernement permettront une coopération efficace entre les organisations LGBTI et le gouvernement, en vue de la mise en pratique des recommandations de l’EPU. Nous avons diffusé parmi les organisations LGBTI et générales kirghizes les recommandations de l’EPU, qui comprennent l’orientation sexuelle et l’identité de genre. Nous allons aussi nous associer à une coalition d’ONG générales pour la mise en pratique des recommandations de l’EPU. Le gouvernement actuel est très faible, mais il est plus attentif aux questions d’égalité de genre, et plus susceptible de travailler discrètement sur les questions d’orientation sexuelle et d’identité de genre.

Vous avez mis votre expérience avec l’ONU à la disposition de divers pays du Caucase et de l’Asie centrale, et vous avez aidé des militants d’Ouzbékie, d’Azerbaïdjan et du Kazakhstan à proposer un rapport d’ONG sur la situation des personnes LGBTI. Comment travaillez-vous avec les groupes locaux des pays que vous aidez pour l’EPU ?

Ça dépend de leur contexte et du niveau de documentation disponible. Le rapport sur l’Azerbaïdjan avec les OGN travaillant sur le genre et le développement a été très facile à écrire, parce qu’ils avaient beaucoup d’informations et des recommandations très concrètes. Le rapport pour la CEDAW sur l’Ouzbékie a dû être rédigé en partant de zéro, il n’y avait presque pas d’informations. En même temps, ce rapport a permis aux communautés lesbiennes ouzbèkes de structurer leur militantisme pour aborder les violations des droits de l’homme. C’était la première fois qu’elles travaillaient ensemble de cette façon. J’ai dû présenter le rapport durant la session de la CEDAW parce que le groupe craignait des persécutions politiques si les représentants du gouvernement ouzbèke les identifiaient. En ce moment, j’aide une ONG du Tadjikistan travaillant pour l’égalité des chances à préparer un rapport sur les droits sexuels dans ce pays. La langue est souvent un problème, car la plupart de ces groupes travaillent dans la langue de leur pays et en russe. Je les aide à traduire et à réviser leurs rapports et j’ajoute également des informations sur des questions plus générales comme la violence faite aux femmes, l’inégalité des sexes, etc., questions que les missions sont plus susceptibles de remarquer. En général, nous contactons les groupes locaux à l’avance, et nous travaillons avec eux sur la préparation du rapport en rassemblant des informations, en partageant d’autres rapports et en révisant/traduisant les informations une fois disponibles. Nous les aidons aussi à faire du lobbying et nous parlons en leur nom en public dans des situations où ce serait dangereux pour eux de le faire. En ce moment, nous essayons de mettre en place une coalition d’ONG d’Asie centrale travaillant sur les personnes LGBTI et de groupes d’initiatives, qui se concentrerait sur la défense nationale et internationale des droits humains et sur la documentation des violations de ceux-ci.

Vous militez aux niveaux local, régional et international depuis plusieurs années, maintenant. Qu’est-ce qui vous motive pour continuer à être présente à ces trois niveaux de militantisme ?

En tant que personne habituée à l’attitude paternaliste de gouvernements distants, je suis stupéfiée par le changement de rapports de pouvoir au niveau de l’ONU ou de l’OSCE. C’est enthousiasmant d’avoir accès au gouvernement par l’intermédiaire des forums internationaux et de communiquer directement avec des fonctionnaires de haut niveau. Pour les communautés LGBTI en Asie centrale, il est encourageant de savoir que leurs combats sont visibles et que le gouvernement a accepté de s’occuper des violences contre les femmes fondées sur l’orientation sexuelle (dans le cas de la Kirghizie), ou de fournir aux agents du maintien de l’ordre des formations spécifiques pour les éduquer et les sensibiliser à la protection des personnes LGBTI (en Azerbaïdjan). Ces engagements pris par les gouvernements durant l’Examen périodique universel sont souvent pour nous le seul moyen de connaître la position officielle d’un gouvernement et de l’amener à s’engager à nous soutenir.

 

Lire le rapport sur la Kirghizie écrit par des OGN pour l’EPU
lib.ohchr.org/HRBodies/UPR/Documents/Session8/KG/JS1_UPR_KGZ_S08_2010_JointSubmission1.pdf

Lire le rapport pour l’EPU sur l’Azerbaïdjan, écrit par des ONG travaillant sur le genre et le développement
www.upr-info.org/IMG/pdf/WMW_AZE_UPR_S4_2009_WomenandModernWorld_etal_JOINT_upr.pdf

Lire le rapport pour la CEDAW sur l’Ouzbékie
www2.ohchr.org/english/bodies/cedaw/docs/LGBTO_E.pdf

 

L’Examen Périodique Universel (EPU) est un instrument de surveillance des droits humains par les pairs, créé par les Nations Unies en 2006. Chaque année, 48 états font l’objet d’un examen par d’autres états. En quatre ans, les 192 membres des Nations Unies auront tous été examinés. L’examen se compose de quatre étapes principales : rédaction de rapports, discussion entre les états membres, adoption du résultat des recommandations et mise en œuvre et suivi. Chaque procédure implique des états, des ONG internationales et nationales, des instituts nationaux des droits humains et d’autres parties prenantes.
En 2010, la 8ème session de l’EPU a procédé à l’examen de la Kirghizie ainsi que de 15 autres pays. Les rapports des ONG doivent être soumis sept mois avant la session même.

 

Versions en anglais, espagnol et portugais : Cliquez sur le symbole de la langue à gauche de l’écran.


Traduction de l’anglais : François Peneaud

 

 

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