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L’Examen Périodique Universel, un instrument de surveillance des droits humains des personnes LGBTI : les pays africains

in NIGERIA, 11/02/2011

Rowland Jide Macaulay est le fondateur et directeur de projet de la House Of Rainbow Fellowship (la confrérie de la maison de l’arc-en-ciel) Londres et Lagos Nigéria. En 2007, il a été élu représentant de l’ILGA Pan Afrique et représentant remplaçant pour l’Afrique au comité mondial de l’ILGA. Depuis 2008, il est co-représentant pour l’Afrique au comité mondial de l’ILGA. Le but premier de la confrérie est de tendre la main aux minorités sexuelles et de les soutenir. Britannique-nigérian né à Londres, ordonné prêtre depuis 1998, orateur dynamique et inspirateur, le révérend Jide Macaulay est auteur, poète, pasteur et prêcheur et détient un diplôme universitaire en droit ainsi qu’une maîtrise en théologie. Macaulay se concentre sur l’inclusion et la réconciliation de la sexualité, la spiritualité et les droits humains. Il écrit pour diverses publications chrétiennes et laïques, et a reçu plusieurs prix, dont celui de « L’Homme de l’année » de la part de la Communauté Noire LGBTI pour son travail en faveur des croyants LGBTI. Interview par Patricia Curzi


Qu’est-ce qui vous a convaincus, vous et votre organisation « House of Rainbow », de participer au processus de l’EPU et de préparer un rapport sur la situation des personnes LGBT dans votre pays ?

En 2008, après mon départ forcé et non prévu du Nigéria, provoqué par une terrible campagne d’ingérence et d’attaques homophobes envers moi et envers nombre de nos membres, nous avons envoyé aux Nations Unies un premier rapport sur la situation au Nigéria, ce qui nous a plus tard amenés à vouloir nous battre pour le changement au niveau de l’ONU, et a été suivi par une invitation à participer à l’assemblée de l’ONU en décembre 2008, tout cela aboutissant à une présence régulière et à une participation à la réponse des ONG aux états africains durant l’EPU à l’ONU à Genève. Nous étions convaincus qu’en tant qu’Africains, nous améliorerions la situation en prenant la parole et en prenant fait et cause pour la justice, ainsi qu’en renforçant la présence des personnes africaines noires LGBTI, afin que les états africains comprennent que l’homosexualité n’est un phénomène ni occidental ni colonial.

Durant l’EPU qui s’est déroulé à Genève devant le Conseil des droits de l’homme, vous avez abordé les questions LGBTI en tant que représentant Pan Afrique de l’ILGA, au nom de divers pays africains qui ont été examinés pendant la session 2010 de l’EPU. La Guinée Équatoriale, la Côte d’Ivoire, la République démocratique du Congo, le Kenya, l’Éthiopie, le Lesotho, l’Angola : comment avez-vous acquis l’expérience nécessaire à propos de l’EPU pour pouvoir représenter tant de pays ?

Nous devons d’abord comprendre les problématiques de chaque pays, nous devons nous assurer que nous connaissons exactement la position du pays sur les questions LGBTI, les lois discriminatoires et leurs origines (par exemple, si ce sont ou non des lois coloniales), et s’il accepte ou non les recommandations des autres pays membres sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre. Ensuite, nous travaillons en liaison avec les délégués à l’ONU des nations africaines, qui se trouvent à Genève, pour savoir quelles sont leurs opinions, leurs positions, sur les questions discutées et surtout pour qu’ils soient au courant de notre présence, que personne ne soit pris au dépourvu. Personnellement, j’effectue également des recherches sur les blogs et les contributions des médias sur les questions LGBTI liées à chaque pays, tout cela permet aussi d’avoir une idée de la situation.

Des pays tels que la République démocratique du Congo ou la Côte d’Ivoire, que vous avez représentés à la session de l’EPU à Genève, connaissent en ce moment une situation très difficile en ce qui concerne les droits humains de tous leurs citoyens. Pensez-vous que ce soit le bon moment pour réclamer des droits pour les minorités LGBTI dans ces pays ?

Ce n’est jamais ni le bon ni le mauvais moment pour faire avancer les droits humains des personnes LGBT, surtout dans les pays africains. Personnellement, je pense que le climat actuel est favorable à ce que les personnes LGBTI et les militants se mettent au diapason et demandent que les droits humains universels s’appliquent aux personnes LGBTI. Mon expérience repose sur l’approche historique pour réclamer ces droits, je pense que dans une approche démocratique et des manifestations et dialogues pacifiques, ce qui est important est de ne pas agir tant que nous n’avons pas un soutien net de la base, cette position favorise notre message et ce que nous pouvons ou pas en transmettre.

À l’EPU, vous avez représenté le Yémen, dont la constitution inclut la peine de mort pour les relations sexuelles consenties entre personnes de même sexe, et dans de nombreux pays que vous avez représentés, des peines d’emprisonnement vont de 11 ans à la perpétuité. De quelle façon l’EPU peut-il être un outil pour éliminer cette forme extrême de discrimination ?

L’EPU offre l’occasion de reprendre le dialogue avec les états-membres, le Yémen et d’autres pays du Moyen-Orient tels que l’Iran nécessiteraient une approche bien plus rigoureuse, et je pense que tant que nous continuons à faire pression sur le gouvernement et que nous utilisons les médias mondiaux pour aborder ces questions, il y a une vraie occasion d’embarrasser le gouvernement. Ce n’est pas le genre de politique que nous pratiquons, mais si cela peut faire réfléchir le gouvernement, alors il nous semble qu’elle est valable. Cela dit, la meilleure approche que nous ayons adoptée lors de l’EPU est le dialogue diplomatique, parce que le souci prépondérant est la sécurité des personnes LGBTI dans ces pays.

Comment travaillez-vous avec les groupes locaux des pays que vous représentez à l’EPU et qui ne peuvent être présents à Genève ?

Il est important de travailler avec les organisations locales de toutes les nations représentées, cela n’a pas été facile car nombre d’entre elles se cachent et craignent les représailles, et elles sont aussi très éloignées. Nous organisons souvent des téléconférences avec les militants sur le terrain et parfois avec nos collègues de la Diaspora, ce qui nous est très utile pour rassembler des informations sur les problèmes actuels et aussi pour juger jusqu’où nous pouvons pousser les gouvernements, nous faisons attention à ce que les voix des gens du pays soient entendues et leurs souhaits respectés. Nous nous entretenons pleinement avec les militants locaux pour nous assurer que nos réactions sont correctes, et nous tenons tout le monde au courant des résultats à la fin de la session.

Que diriez-vous aux organisations LGBTI qui hésitent à s’impliquer dans l’EPU, afin de les convaincre de prendre part à ce processus ?

Les organisations LGBTI ont tout avantage à participer à l’EPU, l’occasion de présenter les problèmes qui les préoccupent est gratifiante, de nombreux pays sont souvent remplis de honte et embarrassés quand ils se retrouvent devant le Conseil des Droits de l’homme pour avoir enfreint les droits LGBTI. Par exemple, en 2008, le Ministre des Affaires étrangères nigérian, Ojo Maduekwe, a nié les mauvais traitements et l’existence des personnes LGBTI, avant d’être confronté aux preuves de ceux-ci.

 

L’Examen Périodique Universel (EPU) est un instrument de surveillance des droits humains par les pairs, créé par les Nations Unies en 2006. Chaque année, 48 états font l’objet d’un examen par d’autres états. En quatre ans, les 192 membres des Nations Unies auront tous été examinés. L’examen se compose de quatre étapes principales : rédaction de rapports, discussion entre les états membres, adoption du résultat des recommandations et mise en œuvre et suivi. Chaque procédure implique des états, des ONG internationales et nationales, des instituts nationaux des droits humains et d’autres parties prenantes.

En 2008, la 4ème session de l’EPU a procédé à l’examen du Nigéria ainsi que de 15 autres pays. Les rapports des ONG doivent être soumis sept mois avant la session même.

Traduction de l’anglais : François Peneaud

 

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