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En décembre 2010, face à Rachel Madow sur MSNBC, David Bahati prétendait que les gays cherchaient à enrôler les petits ougandais. Un rapport de la diplomatie américaine le classe dans la catégorie des « démagogues homophobes » (Photo Document remis)
WikiLeaks: Pourquoi des politiciens ougandais lancent une chasse anti-gays en vue de la présidentielle

in UGANDA, 18/02/2011

Les câbles diplomatiques américains transmis par WikiLeaks au « Guardian » révèlent que le militant gay David Kato, assassiné le mois dernier, aurait été victime de moqueries lors d’une réunion aux Nations Unies. Mais permettent surtout d’y voir plus clair sur les raisons qui poussent des politiciens ougandais à faire des gays leurs boucs émissaires.


LE DERNIER COMBAT DE DAVID KATO
Les câbles diplomatiques américains n’ont pas fini de parler. Les derniers en date révélés par le « Guardian » ne font que confirmer le climat d’extrême violence qui menace les homosexuels ougandais dans leur pays. Le diplomate américain en poste à Kampala (la capitale de l’Ouganda) explique dans l’un des câbles décryptés par WikiLeaks que David Kato, battu à mort près de chez lui le mois dernier (lire Ouganda: Un militant gay assassiné), avait prononcé un discours très bien écrit contre un projet de loi qui imposerait la peine de mort en cas d’infraction d’homosexualité aggravée, et la prison à vie pour ceux qui auraient des relations homosexuels entre adultes du même sexe.

La réunion, organisée avec le soutien des Nations Unies en décembre 2009, portait sur ce projet de loi appelé « Anti-homosexuality Bill ». Toutefois, les propos de David Kato étaient presque inaudibles en raison de sa « nervosité évidente », note le diplomate dans le câble diplomatique. Comble du cynisme, tout au long de son exposé, un membre de la Commission ougandaise des droits de l’homme a « ouvertement plaisanté et ricané » avec les partisans du projet de loi.

David Kato était l’une des 100 personnes outées par un journal ougandais en octobre 2010. Son assassinat est survenu trois mois après la parution de ce journal qui titrait sa Une: « Pendez-les! » (lire Ouganda: Un journal oute 100 gays et invite à les « pendre »). Dans un premier temps, la police ougandaise a prétendu le motif était le vol, mais a depuis arrêté un suspect puis a conclu à un crime résultant d’un « désaccord personnel » non relié à l’activisme de la victime. Une version qui est loin de faire l’unanimité, notamment chez les militants LGBT.

DES POLITICIENS ONT FAIT DES GAYS UN EXUTOIRE AUX CARENCES SOCIO-ECONOMIQUES DU PAYS

En décembre 2010, face à Rachel Madow sur MSNBC, David Bahati prétendait que les gays cherchaient à enrôler les petits ougandais. Un rapport de la diplomatie américaine le classe dans la catégorie des « démagogues homophobes » (Photo Document remis)

Dans un nouveau rapport classé confidentiel daté du 24 décembre 2009, le diplomate écrit que ce sont des politiciens ougandais, dont David Bahati, à l’origine de l’« Anti-homosexuality Bill », qui ont fait des gays un exutoire aux carences socio-économiques du pays. D’autres notes échangées entre l’ambassade américaine de Kampala et Washington au cours de l’année 2009-2010 brossent le triste tableau d’une détérioration des droits de l’homme en vue de l’élection présidentielle ougandaise qui devait avoir lieu hier, 18 février.

Les violences homophobes ont fait irruption de manière effrayante en Ouganda et les gays se sentent de plus en plus surveillés et harcelés, affirme le rapport. On y apprend également que le député évangéliste David Bahati est classé dans la catégorie des « démagogues homophobes » et que le tollé international provoqué par son projet de loi l’a isolé politiquement. Cependant, il est clair qu’il ne cèdera pas à la pression de la communauté internationale. « Son homophobie est aveuglante et incurable », tranche le rapport. Ce dernier fait également référence à James Nsaba Buturo, le ministre ougandais de l’éthique et l’intégrité, un fervent partisan du projet de loi, et au pasteur Martin Ssempa, qui organise des rassemblements anti-gays en Ouganda, tous deux identifiés comme des acteurs clés inaugurant une nouvelle ère de l’intolérance.

« L’HOMOPHOBIE QUI SÉVIT EN OUGANDA NE VA PAS DISPARAÎTRE »
A la même date l’année dernière, un câble du 16 février envoyé à Washington fait état de l’inquiétude des militants homosexuels face à cette loi dont le seul projet affecterait déjà leurs conditions de vie. L’un prétend que certains militants gays ont été arrêtés et sont détenus par les autorités et des extrémistes anti-gays tandis qu’un autre indique qu’il n’est pas au courant de telles arrestations. Les diplomates notent que la condamnation internationale de l’« Anti-homosexuality Bill » a obligé les dirigeants ougandais à reconsidérer leur soutien à Bahati mais que « les officiels continuent de faire des pronostics contradictoires sur l’avenir de la loi ». De fait, le câble prévient Washington que « même si le projet de loi est mis de côté dans les semaines à venir, l’homophobie qui sévit en Ouganda ne va pas disparaître. » Concernant l’élection présidentielle, on vient d’apprendre que le chef de l’État sortant Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986, part favori face à une opposition divisée qui l’accuse d’ors et déjà de préparer des fraudes. Les premiers résultats sont attendus dimanche.
 

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