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Des militants pendant les obsèques de David Kato (photo Afp).
Consternation dans le monde après le meurtre du militant gay ougandais

in UGANDA,

De Paris à Washington, la communauté internationale condamne ce crime dont les relents homophobes semblent évidents, même si la police ougandaise le dément.


Des militants LGBT au cours des obsèques de David Kato, aujourd'hui à Namataba. Ses funérailles ont donné lieu à des échauffourées provoquées par le sermon d'un prêtre qui a appelé les homosexuels à se «repentir». «Comment des êtres humains peuvent-ils prétendre qu'ils ne connaissent pas la différence entre un homme et une femme et que les deux ont des rôles différents?» a-t-il déclaré, suscitant l'assentiment d'une partie de l'assistance. Le responsable de la police sur place a mis fin à la bousculade qui a opposé des membres de l'association de David Kato à des villageois, tandis que le prêtre était emmené à l'écart et empêché de poursuivre son office.

L'émotion est internationale après l'annonce du meurtre de David Kato, militant pour les droits des gays ougandais. Dans son pays, les LGBT ont assisté jeudi à une veillée organisée pour lui. Ailleurs en Afrique, les défenseurs des droits des homosexuels évoquent leur peine, leur révolte, tout en saluant le combat du disparu. L'onde de choc se propage même en dehors des frontières continentales.

Consternation de Delanoë
La France, par la voix du ministère des Affaires étrangères, a demandé vendredi aux autorités ougandaises de faire «toute la lumière» sur cet assassinat, un acte qu'elle «condamne avec la plus grande fermeté». «Cette douloureuse affaire rappelle la nécessité de l'adoption de mesures appropriées pour faire cesser les violentes campagnes de presse homophobes, dont David Kato avait été lui-même victime, et qui constituent une incitation à la haine contre les défenseurs des droits des personnes lesbiennes, gay, bisexuelles, transgenres», a déclaré le porte-parole du ministère.

Le maire de Paris a aussi fait part de sa «consternation» face à un «meurtre barbare». Jugeant le mobile homophobe, Bertrand Delanoë poursuit dans un communiqué: «Ce militant de l'égalité et du respect paye ainsi de sa vie le combat qu'il menait dans son pays, l'Ouganda, contre un projet de loi inique, qui prévoit d'exposer à la peine de mort les homosexuels, pour la seule raison qu'ils sont homosexuels.»

Obama «attristé»
Outre-Atlantique, dénonçant les exactions dont sont victimes les LGBT «aux Etats-Unis et dans le monde», et condamnant de récents meurtres homophobes au Honduras, Barack Obama indique avoir «été profondément attristé d'apprendre le meurtre de David Kato. En Ouganda, David a fait preuve d'un courage extraordinaire pour prendre la parole contre la haine. Il était un puissant défenseur de la justice et de la liberté. Les Etats-Unis pleurent son meurtre, et nous nous engageons à soutenir son œuvre.» Barack Obama, pourfendeur du projet de loi anti-gay ougandais, a en outre appelé la justice ougandaise à «punir les coupables» de l'assassinat.

Sous-secrétaire d'Etat britannique chargé notamment de l'Afrique, Henry Bellingham s'est quant à lui déclaré «attristé» par la disparition de David Kato. «Son travail courageux, plus particulièrement son travail en tant que militant LGBT, s'est révélé important pour défendre les droits humains de tous les Ougandais.» Une déclaration qui ne manque pas de cynisme, puisque la Grande-Bretagne s'apprête à expulser ce vendredi la lesbienne ougandaise Brenda Namigadde dans son pays, où la menace de l'anti-gay bill plane toujours.

Menaces de mort
Pour la communauté internationale, le mobile homophobe du meurtre ne semble pas faire de doute. Curieusement, seul le chef de la police ougandaise, Kale Kayihura, considère que le passage à tabac de David Kato n'a aucun lien avec les activités militantes de la victime. Judith Nabakooba, porte-parole de l'institution, s'est montrée plus nuancée. «Son homosexualité n'apparaît pas comme une motivation dans l'enquête préliminaire. Pour l'heure, nous pensons que le vol est le mobile le plus plausible. Nsubuga Enock (...) était réputé pour ses vols et avait déjà failli être lynché.»

L'analyse ne convainc pas Pepe Julian Onziema, chargée des programmes à Smug, ni Usaam Mukwaya, militant ougandais réfugié en France. Pour eux, le mobile peut clairement être homophobe. D'autant que le chargé du plaidoyer et des litiges à Sexual Minorities Uganda (Smug) recevait de nombreuses menaces de mort, depuis que le tabloïd local Rolling Stone l'a outé avec photo et nom à l'appui.

Lien de cause à effet? Sur Facebook, le rédacteur en chef de Rolling Stone écrit: à Mukono, «ces deux derniers mois seulement, plus de 15 personnes ont été attaquées et d'autres tuées de sang froid. Rolling Stone est désolé pour la famille de Kato et prie pour que son âme repose en paix pour l'éternité». Dans une interview à Reuters, Giles Muhame, 22 ans, précise tout de même: «Nous voulons que le gouvernement pende les gens qui promeuvent l'homosexualité, pas que la population les attaque. Nous avons dit qu'ils devraient être pendus, pas lapidés ou attaqués». Nuance...
 

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