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L’Examen Périodique Universel, un instrument de surveillance des droits humains des personnes LGBTI : Sainte Lucie

in SAINT LUCIA, 31/01/2011

Kenita Placide est la co-directrice exécutive de l’organisation de Sainte Lucie « United and Strong Inc. » (« Unis et Forts »), créée en 2001. C’est une militante et défenseure des droits humains, en particulier des personnes LGBTI, dans son pays, et depuis 2001, elle est co-secrétaire générale de CARIFLAGS, le réseau régional LGBT des Caraïbes. Elle a également travaillé à la promotion des droits des personnes vivant avec le VIH et a participé à des programmes de prévention du VIH. En décembre 2010, elle a été élue remplaçante au poste de co-secrétaire générale de l’ILGA. Entretien avec Kenita Placide par Patricia Curzi

Qu’est-ce qui vous a convaincus, vous et votre organisation « Unis et Forts », de participer au processus de l’EPU et de préparer un rapport sur la situation des personnes LGBTI dans votre pays ?

Unis et Forts a travaillé dans l’ombre de l’AIDS Action Foundation pendant des années. Nous avons commencé à nous intéresser à d’autres mécanismes déjà en place pour que le pays rende compte de ses actes.
La session de l’EPU allait commencer à recevoir des rapports quand j’en ai parlé au conseil pour obtenir son autorisation. J’ai pensé que nous devions participer à de tels mécanismes pour mettre l’accent sur la situation dans le pays et pour faire connaître l’existence d’une ONG locale et nationale de surveillance du pays.

Comme dans la plupart des pays anglophones de la région des Caraïbes, le système juridique de Sainte Lucie est basé sur le droit commun anglais, dont la législation provient en grande partie du Royaume Uni. Mais cela inclut les références aux lois concernant l’outrage à la pudeur et la sodomie qui ont été supprimées de la constitution britannique. L’EPU est-il vraiment le mécanisme approprié pour réclamer un changement de la constitution ?

Le rôle de l’EPU est de porter à l’attention des gouvernements les violations des droits humains, en espérant qu’ils feront tout ce qui est en leur pouvoir pour y remédier. De nombreuses personnes et gouvernements de Sainte Lucie et des Caraïbes ne voient pas encore combien il est important de supprimer les lois anti-sodomies et d’assurer la protection contre les discriminations afin de garantir les droits humains de toutes et tous—y compris des lesbiennes, des gays, et des personnes bisexuelles. Le contre-rapport que nous avons produit est la seule façon pour nous dont nous pouvons porter ces questions à l’attention du gouvernement.

La constitution de Sainte Lucie ne fait pas explicitement référence à la criminalisation des rapports de même sexe entre femmes. Diriez-vous que, dans ce cas précis, les lesbiennes sont plus protégées que leurs homologues masculins ?

Bien que les lesbiennes soient confrontées aux mêmes stigmatisations et discriminations que leurs homologues masculins, il n’y a rien dans la loi qui s’oppose aux relations sexuelles entre femmes. D’une certaine façon, on pourrait dire que la focalisation sur la législation de la sexualité entre hommes contribue à l’invisibilité de la sexualité féminine et lesbienne. En général, les femmes font plus preuve d’affection et donc apprécient plus d’être elles-mêmes la plupart du temps. Il y a aussi une impression d’acceptation parce que la plupart des hommes hétérosexuels sont ouverts à l’idée d’être le troisième membre d’une rencontre sexuelle. Nous devons combattre les stigmatisations et les discriminations quotidiennes dont sont victimes les lesbiennes et les bisexuelles. Les femmes qui ne correspondent pas aux stéréotypes de genre ou qui aiment simplement d’autres femmes risquent de perdre leur travail et sont confrontées au harcèlement. On observe maintenant une plus grande visibilité des lesbiennes, en particulier des nouvelles générations. L’ancienne génération se cache et donne des conseils de sécurité personnelle.

Quels ont été les difficultés que votre organisation a rencontrées pour la rédaction de ce rapport et pour votre implication dans le mécanisme de l’EPU ?

Ma première réaction avait été de penser que ce serait facile, que ce n’était qu’un contre-rapport. Mais la réalité a vite repris ses droits. Le contre-rapport est un document international qui a amené une plus grande visibilité pour Unis et Forts et pour moi-même. La peur de répercussions pour ma famille, ma communauté et moi-même était très présente dans mon esprit. J’ai fait des recherches sur les lois, avec l’assistance d’Akim Ade Larcher (alors membre réserviste du comité de l’ILGA), de Mlle Veronica Cena, conseillère juridique d’Unis et Forts et de l’AIDS Action Foundation, et de Joan Didier, membre du comité d’Unis et Forts. Mme Kimberley Vance d’Arc International nous a aussi donné des conseils pour le document. La motivation et le soutien de toutes ces personnes ont été inestimables. Le contre-rapport a ensuite été préparé, révisé par Akim et enfin soumis.

Unis et Forts a été la seule ONG de Sainte Lucie à avoir présenté un contre-rapport à l’EPU, et l’organisation a obtenu une reconnaissance internationale pour son travail. J’ai été invitée à participer à un séminaire organisé par la Fondation du Commonwealth. Ce fut une excellente occasion pour m’instruire et me faire des contacts.

Sainte Lucie a été le seul pays des Caraïbes à voter contre la ré-inclusion de la mention de l’orientation sexuelle dans la résolution sur les exécutions extrajudiciaires à l’Assemblée Générale de l’ONU le 21 décembre 2010. Pensez-vous que cette position aura un impact sur les recommandations aux états de l’EPU envers le gouvernement de Sainte Lucie et sur la mise en œuvre de mesures positives pour protéger les personnes LGBTI ?

Unis et Forts a été très déçue, tout comme de nombreuses personnes dans le pays, par la position du gouvernement, qui contredit directement le discours du budget d’avril 2010 prononcé par l’Honorable premier ministre Stephen King, dans lequel il a affirmé que « Nous devons nous élever contre les stigmatisations et les discriminations sous toutes leurs formes. Le gouvernement s’engage en faveur d’une réforme législative pour garantir la non-discrimination pour des raisons de santé, de genre, de handicap et d’orientation sexuelle. » Cela souligne le besoin continuel d’éducation et d’action à tous les niveaux et renforce le fait que ni les législateurs ni le gouvernement ne comprennent la dure réalité de la situation des personnes LGBTI dans ce pays.

Il est difficile de savoir si le vote de Sainte Lucie contre l’inclusion de l’orientation sexuelle dans la résolution sur les exécutions extrajudiciaires aura un impact quelconque sur les recommandations reçues par Sainte Lucie lors de l’EPU. Cependant, dans la foulée du vote négatif de Sainte Lucie à l’assemblée générale, Unis et Forts est parvenu à attirer l’attention des médias à la fois sur le vote de Sainte Lucie et sur la situation des personnes LGBTI à Sainte Lucie et les violations continuelles des droits humains. Voilà un exemple clair du lien entre ce qui se passe à l’ONU et ce qui se passe dans le pays. Je suis passée à la télévision nationale en tant que représentante d’Unis et Forts à plusieurs occasions, pour attirer l’attention sur ces questions.

Dernièrement, vous avez été plus impliquée dans le militantisme et le lobbying régional et international.

Mon travail local est directement lié à mon travail régional et international. Je pense que nous avons plus de chances de changer la situation à Sainte Lucie si nous collaborons avec d’autres mouvements des Caraïbes et du reste du monde. Et je suis tout aussi attachée à l’amélioration de la situation dans le reste du monde. Unir nos forces à travers le monde contre ceux qui veulent nous refuser nos droits en tant qu’êtres humains est la meilleure chose que nous puissions faire. Et je veux faire partie de ce processus et du changement qui s’ensuivra.


L’Examen Périodique Universel (EPU) est un instrument de surveillance des droits humains par les pairs, créé par les Nations Unies en 2006. Chaque année, 48 états font l’objet d’un examen par d’autres états. En quatre ans, les 192 membres des Nations Unies auront tous été examinés. L’examen se compose de quatre étapes principales : rédaction de rapports, discussion entre les états membres, adoption du résultat des recommandations et mise en œuvre et suivi. Chaque procédure implique des états, des ONG internationales et nationales, des instituts nationaux des droits humains et d’autres parties prenantes.
En 2011, la dixième session de l’EPU procèdera à l’examen de Sainte Lucie ainsi que de 15 autres pays. Les rapports des ONG doivent être soumis sept mois avant la session même.


Traduction à partir de l’anglais : François Peneaud
 

Entretien en anglais: http://ilga.org/ilga/en/article/mPbayFa1GL

Entretien en espagnol: http://ilga.org/ilga/es/article/mOTjTRB1IM

Entretien en portugais: http://ilga.org/ilga/pt/article/mPfhxNR1Pe

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