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Le ministre Henri Eyebe Ayissi.
Cameroun : le gouvernement désapprouve l’Union européenne

in CAMEROON, /2011

Le ministre des Relations extérieures a convoqué Raul Mateus Paula pour lui signifier que Yaoundé n’est pas d’accord que l’Union européenne finance le Projet d’assistance et d’encadrement des minorités homosexuelles (Paemh). Maître Alice Nkom, pour sa part, soutient que le gouvernement se contredit et manque de cohérence.

L’information a fait la une de tous les titres du pays. Le jeudi 13 janvier à Yaoundé, le ministre des Relations extérieures du Cameroun a convoqué Raul Mateus Paula, le chef de la délégation de l’Union européenne au Cameroun. Au cours d’un entretien des plus brefs, Henri Eyebe Ayissi a signifié au diplomate que le gouvernement camerounais désapprouve le financement d’associations « qui violent les lois camerounaises ». A la suite d’un appel d’offres, l’Union européenne a accepté de financer le Projet d’assistance et d’encadrement des minorités homosexuelles (Paemh).
Le projet, présenté par Sid’Ado et deux autres associations dont Adefho de maître Alice Nkom, s’élève à la somme de 300 000 euros, 200 millions de francs Cfa. Il consistera notamment à apporter un soutien juridique, matériel et médical aux 200 personnes, des jeunes notamment, qui, chaque année en moyenne, sont interpellées, incarcérées ou condamnées pour homosexualité au Cameroun. La controverse qui a suivi a fait dire, dans la presse en particulier, que l’Union européenne finançait l’homosexualité au Cameroun. En convoquant le chef de la délégation de l’Union européenne, le ministre des Relations extérieures entendait lui rappeler qu’une ordonnance condamne l’acte homosexuel au Cameroun.
L’article 347 bis du Code pénal dispose en effet que : « Est puni d’un emprisonnement de six mois à cinq ans et d’une amende de 20.000 à 200.000 francs toute personne qui a des rapports sexuels avec une personne de son sexe. » Le ministre Eyebe Ayissi a donc demandé à l’Union européenne de reconsidérer le financement parce que, a-t-il soutenu, « le peuple camerounais n’est pas prêt, ni disposé d’aller dans le sens du développement de ces pratiques sur son territoire ».

Contradiction
Interrogée à la suite de la rencontre du ministère des Relations extérieures, maître Alice Nkom montre du doigt ce qu’elle considère comme une contradiction du gouvernement camerounais. En effet, rappelle-t-elle, en décembre dernier, le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme a octroyé une subvention de 64 milliards de francs Cfa (près de 10 millions d’euros) pour sa lutte contre le sida. Et le gouvernement, par la voix du ministre de la Santé André Mama Fouda, s’engageait à intégrer dans cette lutte les camionneurs, les transporteurs, les personnes ayant des relations sexuelles avec les personnes du même sexe, les professionnelles du sexe. Personne n’a alors relevé.
Un autre membre du gouvernement, le ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement, à la faveur d’un atelier sur le Vih, le genre et les droits humains en Afrique de l’Ouest et du Centre, à Yaoundé en octobre 2010, a tenu des propos sans équivoque. Issa Tchiroma avait notamment déclaré que : « D’autre part, l’on constate aussi que la discrimination et la stigmatisation affectent de plus en plus d’autres catégories de la population à savoir les MSM, les TS (travailleuses du sexe), les personnes vivant avec un handicap, les personnes détenues dans les prisons, etc. Pourtant le taux de prévalence concernant ces groupes les plus vulnérables reste prépondérant, nécessitant une prise en charge dans les stratégies opérationnelles afin d’assurer un meilleure riposte à l’épidémie Vih ».
Maître Alice Nkom rappelle également que le 10 février 2010, le président de la République, Paul Biya, en avait appelé au respect de la vie privée à la suite de l’affaire des listes de personnalités présumées homosexuelles publiées dans la presse. L’avocate considère en réalité que le gouvernement va à l’encontre de la politique du chef de l’Etat en matière de droits de l’homme. Non sans voir dans la polémique qui secoue le pays une attitude égoïste de ceux qui n’apprécient pas que l’argent aille dans d’autres poches que les leurs. Un réflexe très camerounais.
Stéphane Tchakam


 

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