Home, Asia, Europe, North America, Latin America and Caribbean, Oceania, Nouvelles, Carte du site

FR

Accueil / Afrique / Cameroon / Articles / « Des Camerounais souffrent de cette exclusion »
chargement de la carte…

Facebook

Stéphane Koche de Adefho.
« Des Camerounais souffrent de cette exclusion »

in CAMEROON,

Coordonnateur du Projet d’assistance et d’encadrement aux minorités homosexuelles (Paemh), financé par l’Union européenne, Stéphane Koche connaît la réalité des interpellations et incarcérations pour homosexualité au Cameroun.

Quelle est la réalité de ces gens que l’on arrête et incarcère pour faits d’homosexualité ?
La plupart des gens que nous avons défendus, pour ne pas dire tous, sont des personnes indigentes, pauvres, qui n’ont pas d’emploi ou font des petits métiers. Pour dire en passant qu’il y a des personnes aisées qui sont homosexuelles que personne ne toucherait, le ministre de la Justice nous l’a dit. De tous les cas que nous avons eus, il n’y a jamais eu de flagrant délit. C’est toujours des dénonciations de voisins. Ça suffit à la police ou à la gendarmerie pour débarquer chez ces gens à 3 ou 4 heures du matin, horaires illégaux, pour les sortir de leur lit et de leur domicile sans mandat. Ce qui est absurde. Ils trouvent alors carburant et autres moyens pour venir chez vous. Si vous êtes en revanche agressé et appelez la police, elle vous dira qu’elle n’a ni homme ni carburant pour voler à votre secours. L’esprit de l’article 347 bis qui pénalise les relations homosexuelles demande que l’on prouve qu’il y a eu relation. Flagrant délit donc. Pourtant, les forces de l’ordre et même les magistrats envoient des gens en prison sur la base de dénonciations.
Ce financement de l’Union européenne ne va-t-il pas conforter ceux qui soutiennent que votre dynamique vient de l’extérieur ?
Quand nous avons commencé ce combat, l’Union européenne n’était pas là. Nous avons mené ce combat parce que des Camerounais souffrent de cette exclusion dans leur pays. Donc, ce n’est pas une dynamique qui vient de l’extérieur. Ce sont des faits et nous pouvons le prouver. Nous travaillons depuis 2005 sur des cas auxquels nous avons apporté assistance technique judiciaire. Des personnes incarcérées pour homosexualité et qui n’avaient pas choisi de l’être. Donc, celui qui dit que ça vient de l’extérieur doit le prouver. Et puis, il ne faut pas s’y tromper. La question de l’homosexualité n’est facile pour aucune société, fut-elle occidentale ou africaine.
Quelque chose est-il en train de bouger côté minorité sexuelle au Cameroun ?
Je peux dire qu’il y a des choses qui bougent. Quand nous avons commencé ce combat, la question était taboue. Elle l’est encore mais aujourd’hui, on en débat plus facilement. On peut ne plus se cacher et parler de la question. Ça prouve qu’il y a au moins un pas qui est en train d’être franchi dans les mentalités. Il y a des gens qui comprennent quand on prend le temps de leur expliquer et qui vous remercient au demeurant. Il y a, dans notre pays, des autorités qui ne savent pas que des personnes sont discriminées sur la base de leur orientation sexuelle. Et ça, ce sont des gens sur lesquels nous pouvons nous appuyer pour mener nos activités de plaidoyer.
Qu’est-ce que vous expliquez aux gens ?
Nous expliquons qu’il n’existe pas de sexualité qui soit prépondérante. Il y a peut être une minorité sexuelle mais celle-ci a les mêmes droits que les autres. Ce n’est pas parce que l’on a une identité sexuelle minoritaire que l’on devrait avoir moins de droits que les autres. Tous les êtres humains ont les mêmes droits et si l’on veut construire un Etat dans lequel règne une véritable cohésion sociale, toutes les énergies doivent être mobilisées et il n’y a pas de citoyen au dessus de l’autre.
Vous le dites dans un pays où l’homosexualité est pénalisée parce que contraire aux bonnes mœurs, à la religion et aux traditions ?
Justement, notre discours ne s’arrête pas là. Il y a un gros travail qui suit qui consiste à expliquer ce qu’est réellement l’homosexualité. L’homosexualité est différente de la perception populaire que les gens en ont. Il ne s’agit pas du tout d’un critère d’ascension sociale comme on a voulu le faire croire. Il s’agit pour nous d’apporter aux uns et aux autres des arguments pour les ébranler dans leurs fausses convictions. Quand on dit que l’homosexualité est importée par exemple, je suis désolé. En revanche, le catholicisme, lui, a bien été importé parce que notre histoire dit que nos ancêtres étaient animistes. Il s’agit d’expliquer qu’il existe un certain nombre de facteurs naturels, inexplicables ou environnementaux qui forgent l’orientation sexuelle. Il n’existe pas dans la vie de quelqu’un un moment où il décide d’être homo ou hétéro. Il s’agit pour nous d’apporter des arguments scientifiques et même religieux comme le fait Mgr Desmond Tutu pour dire aux gens que ce n’est pas parce que quelqu’un est différent qu’il devrait avoir moins de droits qu’un autre.
Stéphane Tchakam
 

Bookmark and Share