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Afrique: Quand l'homosexualité était rituelle

in CAMEROON, /201

Un sociologue explique comment, avant la colonisation, la sodomie était pratiquée dans les rites de passage de certaines ethnies.

Il fut un temps où des peuples d'Afrique pratiquaient ou simulaient la sodomie entre hommes. Rien à voir avec l'amour: il s'agissait souvent d'un rite social marquant le passage à l'âge adulte et l'initiation à la sexualité. C'est ce que décrit Charles Gueboguo, auteur de La Question homosexuelle en Afrique - Le cas du Cameroun. «Même si ce n'était pas le but recherché, on ne peut pas nier la dimension jouissive. Seulement, on ne s'attendait pas à ce que les initiandus (novices), de même que les initiateurs, manifestent leur plaisir», commente-t-il.

Copulation mimée
Dans un article, ce sociologue raconte quelques rites. Notamment: «Chez les Kivaï, la pratique rituelle de la sodomie était courante et était socialement interprétée comme rendant les jeunes hommes plus vigoureux. Dans le Nord-Ouest de la Zambie, le rite Mukanda ou le rite de circoncision des garçons, était particulier. Les initiés mimaient souvent la copulation en se servant du pénis de l'initiateur le plus âgé. Cet acte était considéré comme rendant le sexe de l'initiandus plus fort, à l'instar de celui de l'initiateur.»

Quant aux femmes, Charles Gueboguo évoque entre autres son pays - citant respectivement les anthropologues français Philippe Laburthe-Tolra et camerounais Jean-Pierre Ombolo. «Le "Mevungu" chez les Beti et le "Ko'o" (l'escargot) chez les Bassa étaient des rites qui comprenaient des attouchements entre femmes ayant un caractère hautement homosexuel. D'après ses adeptes, le mevungu était présenté comme la "célébration du clitoris et de la puissance féminine". Ce rite exclusivement féminin "comportait des danses qui parfois auraient mimé le coït et dans lesquelles les initiées ménopausées auraient joué le rôle masculin".»

Tradition poursuivie dans la clandestinité
A leur arrivée, les colons et les missionnaires ont interdit les rites homosexuels - relations anales en première ligne. «La sodomie était un péché dans leur religion. Dès lors, ils n'ont eu de cesse d'inculquer leurs "valeurs" aux populations colonisées, en Afrique comme ailleurs. C'est ainsi, par exemple, que les lois anti-sodomie, renforcées en Angleterre à la fin du XIXe siècle par l'amendement Labouchère (qui fut appliqué notamment à Oscar Wilde), ont été exportées dans toute l'Afrique anglophone, mais aussi en Inde, en Australie... », explique Louis-Georges Tin, directeur du Dictionnaire de l'Homophobie (PUF).

Les peuples concernés ne se sont pas laissés faire. «Il y a eu des résistances, parfois faibles, qui pouvaient se traduire par une édulcoration du rite ou la suppression des aspects homosexualisant», souligne Charles Gueboguo (lire aussi «La population LGBT en Afrique reste difficile à étudier»). D'autres ont poursuivi la tradition dans la clandestinité...

Reste que les rites homosexuels sont en voie de disparition. Colons ou pas, c'était inévitable pour des questions de droits humains, estime Joël Nana, directeur d'African men for sexual health and rights (AMSHeR): «Aujourd'hui, ces pratiques seraient assimilables à la pédophilie ou au viol. Et elles auraient certainement des conséquences sur la propagation du VIH».

La Question homosexuelle en Afrique - Le cas du Cameroun
Par Charles Gueboguo
(éd. L'Harmattan)

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