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Sénégal: la torture pour obtenir les «aveux» des gays présumés

in SENEGAL, /201

INTERVIEW. Amnesty International dénonce le recours à la torture au Sénégal dans un rapport qui mentionne les sévices subis notamment par neuf gays présumés arrêtés en 2009. Un coauteur du rapport nous en dit plus.


«Un recours à la torture cautionné par la justice». C'est le constat qu'Amnesty International dresse dans le troisième chapitre de son rapport «Sénégal, terre d'impunité», publié le 15 septembre. «L'originalité de ce document est de montrer que la torture est vraiment une méthode d'enquête routinière, explique Salvatore Saguès, chercheur et coauteur du rapport. La seule manière pour beaucoup de policiers ou de gendarmes d'obtenir des informations est d'extorquer des "aveux" sous la torture. Et à chaque fois qu'une personne jugée se plaint de torture, le parquet n'enquête pas et prend en compte les "aveux".» Amnesty International cite entre autres le cas des neuf homosexuels présumés condamnés à huit ans de prison ferme le 6 janvier 2009. Ces militants de Aides, association de lutte contre le sida, avaient été libérés quatre mois plus tard après une intense mobilisation nationale et internationale (lire notre article).

TÊTU: Quelles tortures vous ont rapportées les neuf hommes?
Salvatore Saguès: Lorsque nous les avons interrogés en détention, ils ont décrit des tortures dès leur arrestation dans l'appartement, avec des coups de matraque sur tout le corps. On les a fait agenouiller et croiser les bras. A un moment, ils étaient comme dans un cercle, avec les policiers à l'intérieur et deux autres à l'extérieur qui les ont battus pendant une ou deux heures, tantôt avec les matraques, tantôt avec les pieds. (...) Si d'habitude les tortures s'achèvent quand les victimes ont «avoué», dans ce cas, en prison, ils ont encore été frappés, insultés, montrés comme des animaux de foire - que ce soit par des policiers ou d'autres détenus qui demandaient: «Où sont les pédés, je veux les voir!».

Peut-on dire que cette affaire est représentative de ce que vivent les homosexuels qui sont arrêtés?
Ce cas était exceptionnel, heureusement. Il y a beaucoup d'homosexuels qui, quand ils parviennent à ne pas se faire remarquer, ne sont pas victimes de tortures. On arrête relativement peu d'homosexuels [en vertu de l'article 319 du code pénal, qui criminalise «tout acte impudique ou contre-nature avec un individu de son sexe » d'un maximum de cinq ans de prison], mais ce qui nous inquiète est que la persécution est importante au sein des familles, dans les bus, les habitations... Ce sont des vexations ou des discriminations qui ne sont pas le fait de la police mais de la population.

Que fait Amnesty International pour aider les victimes de torture à obtenir justice?

Pour tous les cas, nous demandons des enquêtes sur ces actes, que les responsables soient punis et que les victimes aient réparation financière et morale. Dans le cas des neuf homosexuels, leurs condamnations ont été annulées mais [les auteurs de torture] n'ont pas été poursuivis et les victimes n'ont pas reçu réparation. Nous demandons que la plainte suive son cours. Pour le moment, nous n'avons pas de réponse des autorités.

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