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L’impact de la corruption sur les femmes

in BOLIVIA, 04/11/2009

Bien que certains pensent que, pas plus que l’argent n’a d’odeur, la corruption n’a pas de sexe, ce manquement à l’éthique et ce gaspillage de ressources aggravent pourtant la discrimination dont les femmes sont victimes à tous les niveaux.

Par Masum Momaya

Définie comme « un encouragement à des agissements incorrects par des moyens répréhensibles ou illégaux » [1], la corruption existe à tous les niveaux ; c’est aussi bien le billet passant de main en main lors d’une transaction entre individus, que les caisses noires et les fuites de trésorerie des administrations locales et nationales, que les pots-de-vin qui accompagnent les accords commerciaux transnationaux passés en marge – ou au mépris – des mécanismes de régulation et de contrôle.

Bien que certains pensent que la corruption - ce manquement à l’éthique et ce gaspillage de ressources - n’a pas de sexe, les études mettent en évidence le fait que la corruption aggrave la discrimination dont les femmes et d’autres groupes marginalisés sont par ailleurs victimes. [2] Généralement, cette nouvelle dimension se révèle lorsque les femmes tentent de s’immiscer dans les processus de prise de décisions, qu’elles cherchent à obtenir des garanties et une protection de leurs droits, et qu’elles prétendent accéder au contrôle sur les ressources. [3]

En raison de leur rôle social lié aux soins et à la protection, de nombreuses femmes sont habituées à la petite corruption – celle qui les oblige à payer un dessous-de-table pour avoir accès aux services, pour assurer à leurs enfants une place à l’école, pour obtenir un permis de conduire ou une licence commerciale, pour accéder à un prêt ou pour se voir délivrer des médicaments ou une prestation médicale. Ajouter une couche de corruption à la discrimination fondée sur le sexe et toutes ces transactions de la vie courante deviennent des courses d’obstacles.

Dans de telles situations, les femmes les plus pauvres ne peuvent s’acquitter du « petit cadeau » qu’en nature ou doivent trouver un protecteur masculin qui assurera leur accès aux droits et services de base. [4]

De la même manière, la corruption au niveau macro, dans l’arène politique, dans les marchés publics, dans les transactions commerciales transnationales et dans les systèmes d’aide au développement, ajoute à la discrimination dont souffrent déjà les femmes dans ces milieux.

 

La corruption en politique

Dans le monde entier, les femmes sont sous-représentées dans les processus électoraux, tant comme votantes que comme candidates. Dans l’histoire de la plupart des nations, les femmes ont longtemps été, par loi, éloignées des urnes et empêchées de se présenter comme candidates. Aujourd’hui, bien que ces lois aient été abrogées presque partout, les femmes en politique voient se dresser devant elles des barrières insurmontables soutenues par la corruption.

En l’absence de lois solides sur le financement des campagnes électorales ou leur contrôle, de nombreux candidats reçoivent des fonds de sources corrompues ou potentiellement corrompues. Non seulement les sources des financements ne sont que rarement transparentes, mais les fonctionnaires en place- des hommes dans leur immense majorité – utilisent les ressources publiques : bureaux, matériel, téléphone, Internet et listes de votants, pour leur campagne. [5]

Les femmes candidates ayant peu de chance d’appartenir au « club des vieux copains », elles sont en net désavantage par rapport à ces hommes qui disposent de l’argent et des relations nécessaires.

Les candidats ayant les moyens et le pouvoir peuvent également « acheter » les votes en distribuant directement aux électeurs de la nourriture, de l’argent et des vêtements – ou en menaçant de couper les services de base si les gens ne votent pas pour eux. Au Mexique, par exemple, des électeurs ont témoigné avoir été « menacés du retrait de l’aide qu’ils recevaient dans le cadre du programme d’État de lutte contre la pauvreté, Progresa, s’ils votaient pour l’opposition » [6]

Les fraudes électorales – en particulier la participation multiple – sont fréquentes. Par exemple, au Pakistan, au cours des élections nationales de 2008, en raison du déséquilibre des pouvoirs existant à l’intérieur des foyers, des hommes purent s’emparer des cartes d’identité des femmes de leur famille et, couverts de la burka, voter plusieurs fois en tant que femmes. Des membres du parti de ces votants présents dans les bureaux de vote ont bien vu la manœuvre mais n’ont rien fait pour la déjouer ni dénoncer la fraude. [7]

Au Kenya, des candidates comme la dirigeante du mouvement écologiste Green Belt, ont fourni un contrexemple de ces « magouilles » politiques en gagnant les élections grâce à la construction d’un fort électorat de base – majoritairement féminin – et l’appui de petits donneurs. [8]

La corruption, cependant, ne se cantonne pas aux élections. La présence et la force accrues des groupes de pression permettent que ceux ayant la capacité d’offrir de l’argent et des cadeaux aient un accès privilégié et une influence usurpée auprès des décideurs. [9]

Une fois au pouvoir, les hommes – car ce sont bien le plus souvent des hommes - politiques de haut rang bénéficient d’une certaine immunité en cas de poursuites et jouissent d’un immense pouvoir personnel. [10] C’est ainsi que de nombreux chefs d’État n’ont jamais été dument jugés ni condamnés pour leur participation à des crimes de guerre, dont l’utilisation du viol comme arme de guerre.

Au quotidien, nombre sont les dirigeants qui échappent à toute forme de jugement alors qu’ils sont responsables du manque de biens et de services de base – nourriture, eau, électricité et médicaments – dont souffrent leurs citoyens. Ici encore, ce sont les femmes, privées de moyens pour se faire entendre et contraintes d’assumer leur rôle de pourvoyeuses, qui doivent s’ingénier pour obtenir ou fournir ces biens et ces services que les gouvernements et les fournisseurs officiels se gardent de distribuer.

 

La corruption dans le domaine des marchés publics

Selon Transparency International, une coalition mondiale contre la corruption, « en moyenne, environ 70 % des dépenses des gouvernements centraux donnent lieu, d’une manière ou d’une autre, à des contrats. Les contrats sont source de pouvoir pour ceux qui les octroient et cibles d’ambition pour ceux qui les emportent, en faisant un cadre propice d’abus aux dépens des besoins publics. »[11]

De plus, « le système des marchés publics est une manière d’organiser les politiques publiques, et il représente un domaine où se brassent des affaires énormes et lucratives. Pensez aux enjeux que représente pour les laboratoires pharmaceutiques, la fourniture à un gouvernement de tous les vaccins de son programme ; la privatisation d’une compagnie publique de télécommunication, les contrats pour reconstruire les infrastructures détruites en Irak. » [12]

La conclusion de ces contrats se fait le plus souvent dans le cadre informel des réunions et des contacts entre les membres du club des “vieux copains”, plutôt que sur appels d’offres ouverts et transparents. Les femmes qui, en outre, sont exclues de ces réseaux de “copinage”, ont toutes les peines du monde pour obtenir des crédits et des autorisations visant à installer et développer des entreprises, sont rarement en lice pour remporter ce genre de contrats.

Dans ces conditions, attendu que les efforts pour servir les intérêts publics et fournir des services de qualité au meilleur prix ne sont pas les critères retenus au moment d’adjudiquer les contrats, les fonds publics sont dilapidés, les règles de la saine concurrence biaisées et les besoins de base non satisfaits.[13]

Ici encore, les femmes sont obligées de redoubler d’efforts. Par exemple, après que des grands du secteur privé bien placés auprès des décideurs publics se sont vu confié la gestion de la distribution de l’eau en Bolivie [14] et en Afrique du Sud,[15] l’eau n’a jamais été distribuée ou bien l’a été à des prix prohibitifs. Les femmes ont dû se mobiliser, trouver d’autres moyens d’obtenir de l’eau, s’organiser pour garantir les conditions de santé et d’hygiène mises en péril par l’absence d’eau potable ou propre.

 

La corruption dans les transactions commerciales transnationales

Jusqu’à la récente adoption de la Convention anti corruption de l’OCDE, en 1999, non seulement était-il parfaitement légal pour des sociétés de payer des « bakchichs » aux fonctionnaires étrangers afin de s’assurer des contrats, mais de surcroit, elles bénéficiaient d’exonération d’impôts de leur gouvernement pour agir ainsi. Ces procédures sont aujourd’hui hors la loi, mais les poursuites en cas d’infraction sont si couteuses et si compliquées que le pot-de-vin continue d’être en vigueur, souvent sous le voile pudique des intermédiaires.[16]

Le secteur de l’énergie et celui de la vente d’armes sont particulièrement exposés à cette forme de corruption.[17] Ce dernier surtout, de par sa nature secrète, voire clandestine, reste un domaine où il est très difficile de prendre en défaut une entreprise pour ventes illégales aux représentants des gouvernements et de ce fait, l’arrivée en masse d’armes dans de nombreux pays est à l’origine de l’augmentation de la violence civile et du militarisme généralisé dont les femmes et les enfants sont les premières victimes.

Dans les pays pauvres mais détenteurs de réserves de pétrole ou de gaz naturel, les profits du secteur de l’énergie viennent gonfler les poches des fonctionnaires et des courtiers.[18] Les prix des combustibles grimpent artificiellement, ce qui provoque la montée des prix des produits dont la production dépend du combustible, les produits alimentaires en tête. Les femmes étant les premières touchées par les augmentations du coût de la vie, c’est sur leurs épaules, à nouveau, que pèsent les lourdes retombées de la corruption.

 

La corruption dans l’aide au développement

Le domaine de l’aide au développement peut aussi être un nid de corruption. Les organisations de la société civile des pays de faible gouvernance et récepteurs d’aides importantes, ont mis en garde contre le fait que l’aide étrangère peut parfois représenter un encouragement pervers à investir dans des secteurs et des projets non prioritaires.[19] L’afflux de l’aide peut avoir un effet de distorsion sur la structure des salaries et donner au secteur privé des opportunités de corruption dans des pays ou les mécanismes de régulation sont peu efficaces.[20]

Les conséquences de ce phénomène sont aussi marquées par la sexospécificité. Par exemple, dans les années 1960 et 1970, les pays donateurs, leurs agences et leurs intermédiaires du secteur public, y compris des compagnies pharmaceutiques, avaient la main mise sur les projets de contrôle des naissances dans le monde en développement. La stérilisation et la contraception – avec des produits encore en phase d’essai – ont été les premiers moyens utilisés pour contrôler la croissance de la population, et ce, au lieu d’investir dans l’éducation en matière de santé sexuelle et reproductive et la mise en place de services prenant en compte les réalités socioéconomiques des femmes comme un tout.[21] Dans certains cas, les gouvernements, en raison de leur faiblesse, ne pouvaient pas s’opposer à ces politiques mais dans d’autres, les fonctionnaires des pays récepteurs se montraient très coopératifs, empochant au passage une partie de l’aide et des profits.

Mais l’aide peut aussi être une force anti-corruption ; non pas en imposant des conditions mais en construisant des systèmes solides de transparence, de responsabilité et de régulation. La mise en œuvre d’un tel projet demande vision, compétence et coopération de la part des donneurs et des récepteurs de l’aide; certains donneurs internationaux ont déjà pris des mesures concrètes pour lutter contre la corruption.

 

Ne pas jouer le jeu, en changer les règles

Finalement, quelle que soit la sphère où règne la corruption, afin que les femmes, les autres groupes marginalisés et les citoyens ordinaires cessent d’être doublement désavantagés, le népotisme, l’achat et l’abus d’influence, les transactions illégales et non éthiques doivent être extirpés des pratiques. Parallèlement les femmes et les autres groupes doivent avoir un accès plus étendu à l’information. Souvent, les femmes ont des droits qu’elles ne connaissent pas ou ne savent pas comment exercer, laissant ainsi le champ libre aux décideurs corrompus. En résumé, l’objectif n’est pas de faire en sorte que plus de monde entre dans les réseaux où la corruption est à l’œuvre pour pouvoir « jouer le jeu », mais plutôt de changer les règles du jeu afin que la corruption cesse de consommer et de monopoliser des ressources qui sont destinées au bien-être des gens.

 

Références:

[1] www.merriam-webster.com/dictionary/corruption

[2] www.transparency.org/publications/publications/working_papers/working_paper_no_03_2007_gender_and_corruption

[3] www.government.fi/ajankohtaista/puheet/puhe/en.jsp?toid=2236&c=0&moid=2239&oid=269212

[4] www.government.fi/ajankohtaista/puheet/puhe/en.jsp?toid=2236&c=0&moid=2239&oid=269212

[5] www.transparency.org/global_priorities/corruption_politics/political_finance

[6] www.transparency.org/global_priorities/corruption_politics/vote_buying

[7] www.imow.org/Wpp/Learn/Podcasts/Popup?id=83

[8] www.imow.org/wpp/stories/viewStory?storyId=1239

[9] www.transparency.org/global_priorities/corruption_politics/corporate_funding

[10] www.transparency.org/global_priorities/corruption_politics/corrupt_politicians

[11] www.transparency.org/global_priorities/public_contracting

[12] www.transparency.org/global_priorities/public_contracting

[13] www.transparency.org/global_priorities/public_contracting

[14] http://www.menschen-recht-wasser.de/downloads/Elizabeth_Peredo_Beltran_Water_Privatization_and_Conflicts_in_Bolivia.pdf

[15] www.cbc.ca/news/features/water/southafrica.html

[16] www.transparency.org/global_priorities/corruption_politics/corporate_funding

[17] www.transparency.org/global_priorities/corruption_politics/corporate_funding

[18] www.transparency.org/global_priorities/corruption_politics/corporate_funding

[19] www.transparency.org/global_priorities/poverty/corruption_aid

[20] www.transparency.org/global_priorities/poverty/corruption_aid

[21] Bandarage, Asoka. Women, Population and the Global Crisis: A Political Analysis. Londres : Zed Books, 1997.

 

**Cet article est traduit de l'anglais par Monique ZACHARY
 

Licence de l'article: Creative Commons - Titulaire de la licence de l'article: AWID

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