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La Coalition des femmes africaines

in NAMIBIA, 23/10/2006

Les femmes africaines s’imposent

L’Afrique n’est pas une terre promise pour les personnes LGBT. Et les discriminations multiples dont les femmes font l’objet prennent une dimension toute particulière sur ce continent. C’est dans ce cadre que la décision prise par onze organisations de femmes et de lesbiennes africaines de treize pays différents de se réunir et de combattre pour leur place même au sein d’organisations mixtes LGBT, ne peut inspirer que considération et respect. Liz Frank, présidente du comité central de la Coalition des Lesbiennes africaines (CAL), a accepté de nous parler de ce défi.

La Coalition des Lesbiennes africaines vient d’être créée, ce qui constitue une première en Afrique. Quel en a été l’élément déclencheur?

Si l’on regarde le parcours des organisations membres de la CAL, l’on remarque que la plupart d’entre elles sont nées dans les années 1990. C’est la période durant laquelle nombre de pays africains ont connu un regain de démocratisation. C’est dans ce contexte que les lesbiennes ont pu initier le long processus de revendication de l’égalité des droits en tant que citoyennes et enfants de l’Afrique. Ca a notamment été le cas en Namibie, pays qui a connu son indépendance en 1990. Ainsi l’association Sister Namibia a-t-elle intégré la cause lesbienne dès 1992 et a soutenu, en 1997, la mise sur pied et l’avancement du Rainbow Project, une organisation locale de lutte pour les droits des personnes LGBT. A l’époque, nous comptions déjà des organisations LGBT très fortes en Afrique du Sud et au Zimbabwe, dans lesquelles nous avons alors intégré notre analyse féministe. Une mise en réseau fut facilitée par la Conférence ILGA de 1999 à Johannesburg et est désormais renforcée par le site internet LGBT panafricain Behind the Mask. Plus spécifiquement, l’initiative de la CAL est née de l’étude sur la vie des lesbiennes coordonnée par Ruth Morgan, des Archives gay et lesbiennes de l’Université de Witwatersrand à Johannesburg, et l’anthropologue néerlandaise Saskia Wieringa. C’est lors de la présentation de leur étude que le besoin d’une mise en commun des efforts de lesbiennes africaines s’est fait ressentir et qu’a surgi l’idée d’une alliance lesbienne africaine.

Mais quelle était, ou plutôt quelle est, la place que peuvent revendiquer les mouvements lesbiens au sein des organisations LGBT en Afrique?

Cette question très vaste demande, à coup sûr, que l’on s’y attarde! De ma modeste expérience, la Namibie apparait comme le seul pays dans lequel un mouvement féministe lesbien a précédé, soutenu et fait part de son expertise à un mouvement LGBT dont l’objet est la promotion des droits des lesbiennes. En Afrique du Sud, une des représentantes de l’organisation Gays et Lesbiennes de Witwatersrand a démissionné après avoir exposé la situation des lesbiennes au cours de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes tenue à Beijing en 1995. Elle considérait que les questions traitant des femmes n’intéressaient que de loin ses homologues masculins. Dans l’Afrique du Sud de l’après-Apartheid, de nouveaux projets incluent aujourd’hui les lesbiennes dans les townships, en travaillant notamment sur divers aspects de la violence, y compris les crimes de haine. Par ailleurs, une nouvelle coalition LGBT est en train de voir le jour, avec des lesbiennes à sa tête. Enfin, l’association GALZ, longtemps dominée par des hommes malgré plusieurs tentatives d’ouverture en faveur des femmes, a fini par nommer un Directeur de projet chargé des questions de genre, dont la mission est de travailler sur cette question.

Vous avez décidé de commencer le lancement de la Coalition par un séminaire d’une semaine consacré prioritairement au féminisme. Avez-vous des liens étroits avec le mouvement féministe?

Les femmes namibiennes qui ont pris l’initiative de créer la CAL sont actives dans la mouvance féministe à travers Sister Namibia depuis plusieurs années. Nous avions la conviction que la CAL devait prendre une direction politique féministe, qui aiderait à comprendre l’oppression des lesbiennes dans les sociétés africaines patriarcales, et à développer une agence lesbienne qui aurait pour but d’apporter le changement ainsi désiré sur notre continent. La philosophie de départ de l’African Radical Feminism fut adoptée par la CAL lors de notre colloque sur les orientations stratégiques d’août 2004 en Namibie. Elle fut ensuite reprise en profondeur lors de notre premier Lesbian Leadership Institute à Windhoek en mars 2005. Nous avons des liens très étroits avec des organisations et mouvements féministes panafricains et internationaux.

Lors de la formation, vous avez également invité une représentante asiatique et une autre d’Amérique latine. Vous croyez que les situations que connaissent les femmes sont similaires dans ces régions du monde?

Les deux femmes que vous mentionnez ont été invitées au colloque de 2004 dans le but de tirer les leçons d’expériences de réseaux lesbiens dans d’autres contextes du sud, et dans l’optique de rassembler des informations en vue de la mise sur pied de notre réseau Africain. Anjana Tang Suvarananda nous a ainsi fait part de son expérience au sein du réseau lesbien asiatique (Asian Lesbian Network) il y a quelques années et de l’article envoyé par l’Alejandra Sarda, qui mettait en lumière les points forts et les défis du militantisme lesbien en Amérique latine.

Pensez-vous que les femmes africaines partagent les mêmes réalités ou que la Namibie offre une réalité distincte?

La CAL compte à ce jour 13 organisations membres provenant de onze pays africains. Les femmes africaines et les lesbiennes africaines vivent des expériences très diverses, pas uniquement du point de vue géographique ou historique lié à nos royaumes/reinaumes, au colonialisme, au zèle missionnaire, à l’apartheid racial, à la dictature ou à l’avènement démocratique, mais également au sein de chaque pays en fonction des groupes ethniques ou linguistiques, dont les particularités sont renforcées par l’âge, la classe sociale, le degré d’enseignement, l’emploi ou le non-emploi, la ruralité ou l’urbanité, la capacité ou le handicap physique, l’accès à l’information, etc.

Qui sont vos plus proches allié-e-s en Afrique?

L’Africa Alliance Rights Initiative, qui coordonne des groupes LGBT à travers le continent sur les questions liées aux droits des personnes LGBT et au VIH-SIDA ; les organisations et réseaux féministes ou de lutte pour les droits des femmes; et les institutions et réseaux de lutte pour les droits humains. Notre première rencontre avec un organe officiel aura lieu en novembre 2005 à Harare (Zimbabwe), où la Commission sur les Droits humains et les Droits des Peuples de l’Union Africaine tiendra sa prochaine conférence.

Comment êtes-vous structurées, notamment en ce qui concerne le secrétariat de la CAL?

La CAL a, pour l’instant, cinq membres élus du Comité central, en provenance de Namibie, d’Afrique du Sud, du Zimbabwe et du Rwanda (Fanny Ann Eddy de la Sierra Leone a été sauvagement assassinée dans son bureau peu de temps après avoir participé à notre colloque et alors qu’elle avait été élue au Comité central en août 2000). Le Rainbow Project, situé en Namibie, s’est porté volontaire pour accueillir l’organisation en attendant d’avoir récolté suffisamment de fonds pour l’établissement d’un secrétariat indépendant. La décision de maintenir le secrétariat de la CAL en Namibie fut prise au cours du premier Leadership Institute organisé à Windhoek en mars 2005. En effet, Sister Namibia et le Rainbow Project, associés à un groupe local, avaient pris l’initiative d’amener la CAL au stade de développement que nous lui connaissons aujourd’hui, et ce groupe était prêt à assurer le leadership pour le travail prévu au cours des quatre prochaines années.

Quel a été le premier projet sur lequel la Coalition a décidé de mettre la priorité?

La CAL a lancé quatre projets prioritaires pour les quatre prochaines années. Le premier est le suivant : l’organisation régulière de Lesbian Leadership Institutes qui rassembleront des femmes des 13 organisations membres autour de travaux de recherche, d’analyse et de documentation féministes ; la promotion, par l’expression créative, de la visibilité lesbienne à travers les arts ; le développement organisationnel ainsi que le lobbying et le conseil pour les droits à la citoyenneté des lesbiennes et à leur accès à la citoyenneté au niveau local/national. Un second projet consiste à concevoir et acheminer le matériel nécessaire à la mise en œuvre des engagements précités dans les onze pays et au-delà. Le troisième projet aura pour objet de conclure des partenariats avec les mouvements de lutte pour les droits humains et les droits des femmes afin de conseiller et de faire du lobbying aux niveaux régional, continental et international pour la reconnaissance, la promotion et la protection des droits des lesbiennes en Afrique. Enfin, nous comptons lancer un festival lesbien africain en 2008 pour mettre en avant les projets que je viens d’évoquer.


Patricia Curzi, ILGA Women’s Project Coordinator
Paru en anglais dans le magazine d’ILGA, octobre 2005


Traduit de l’anglais par Greg Renders

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