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Déclaration de NGO: Familles alternatives

in NIGERIA, 24/05/2004

Qu’est ce qu’une famille traditionnelle? Notre définition, pas celle du Vatican.

Discours donné par Cesnabmihilo Dorothy Aken’Ova

“Je suis le travail des Nations Unies depuis 1994, depuis La Conférence Internationale sur la Population et le Développement (The International Conference on Population and Developement : ICPD). J’ai participé aux pressions exercées tout au long de ce processus, et durant toutes les sessions, les termes " familles " ou " différentes formes de familles " ont été retenues comme expressions dans les accords des Nations Unies, souvent dans le contexte de droits de l’homme et des droits de la sexualité et de la reproduction. A chaque moment, les négociations ont été passionnées. Chaque fois, le vocabulaire et les termes qui reconnaissent la multiplicité des différentes formes de familles existantes ont été mis entre parenthèses et souvent exclus d’un accord final.

1. D’où vient l’idée de " famille traditionnelle "?
2. Quels intérêts sont en jeu ?
3. Ce jeu est-il joué par ignorance ou duplicité?
4. Pourquoi tant d’états membres des Nations Unies ont-ils peur de reconnaître les diverses formes de familles ?
5. Comment répondre a cela ?


Je vais essayer de répondre à ces questions dans les minutes qui suivent.


1. D’où vient l’idée de " famille traditionnelle "?
J’ai vécu ma première expérience de débat autour de la définition de " famille " à l’université. J’étais venu voir le docteur à l’infirmerie, et alors qu’elle allait s’occuper de moi, elle était en train de finir une altercation téléphonique. Elle essayait énergiquement d’expliquer à une personne de l’administration pourquoi elle continuerait à procurer des soins à tous les membres des familles des personnes travaillant à l’université.

J’ai découvert plus tard que sa colère était engendrée par une règle de l’université promulguant un contrôle sur les dépenses de santé de la fac. Cette règle excluait les mères célibataires et les membres de la famille des femmes employées à l’université, de tout accès aux frais médicaux gratuits. Parce qu’elle, plutôt que son mari, était employée par l’université, sa famille n’était pas couverte.
Il y eu des arguments démontrant aux responsables de la fac que leur définition de la " famille " n’était pas adéquate et excluait de nombreuses formes de familles. La discrimination commise avait potentiellement des conséquences dévastatrices car limiter l’accès aux soins de santé peut avoir des conséquences terribles.

Dans mon pays, lorsque nous parlons de " famille traditionnelle ", nous ne parlons pas d’un père (homme), d’une mère (femme) et de 2 enfants. Le Nigeria a la plus large palette de familles représentées dans la population.

Cela inclut :
- Les familles polygames (cela correspond a un nombre illimité de femmes ; les familles chrétiennes comportent 2 femmes ou plus et les familles musulmanes au maximum 4).
- Mères célibataires (après un divorce, abandon du père, mort et par choix)
- Famille élargies
- Dans certaines cultures nigériennes, il y a ce qu’on appelle des " femmes époux " et des " hommes épouses "
- Il y a un nombre croissant d’enfants responsables de la maison et de la famille résultant des conflits armés et du SIDA/HIV.
- Familles hétérosexuelles et monogames avec enfants
- Familles hétérosexuelles avec en moyenne 5.1 enfants (NDHS 2000)
- Familles lesbiennes, gays, bisexuelles, transsexuelles ou autres avec ou sans enfants.

2. Quels intérêts sont en jeu ?

Et qu’est-ce qu’une " famille traditionnelle " ? Qui appartient à ce genre de famille qui comprend une femme, un mari et des enfants ? Quel objectif est en jeu en revendiquant une famille unilatérale traditionnelle ?

Ca n’est certainement pas d'une problématique spécifique aux droits de l’homme. Il ne s'agit pas non plus d'un problème communautaire ou encore religieux.

Dans les 2 principales religions de mon pays nous pouvons voir diverses formes de familles. Dans l’Ancien Testament où Abraham avait une femme et des concubines ; la veuve qui nourrit Eli ; le roi Salomon, le plus renommé en Israël avait 700 femmes ; le roi David, décrit comme l’ami de Dieu, avait plusieurs femmes dont certaines qu’il avait kidnappées ; Hannah, la mère de Samuel n’était pas la seule femme de son mari. Le Jardin d’Eden (Adam, Eve, Caïn, et Abel) a bien évolué !

Dans le Nouveau Testament, le femme qui rencontra Jésus cohabitait avec un homme après 5 divorces. Nous n’avons jamais rencontré les parents de Marie, Marthe et Lazare. Et pourtant ils vivaient ensemble comme une famille. La première fois que nous rencontrons Simon Pierre chez lui, quand Jésus est en train de guérir sa mère, nous voyons une famille étendue : la femme de Pierre, sa mère, ses enfants….
Dans l’Islam, l’enseignement du prophète Mahomet commence par encourager les hommes à prendre plusieurs femmes parmi les veuves et orphelines qui ont été économiquement dépossédées après la mort de leurs maris pendant le Djihad (il précise que toutes les femmes doivent être traitées équitablement). Cependant le prophète reconnaît la difficulté voire l’impossibilité d’une telle équité de traitement. Compte tenu de cette quasi impossibilité, le prophète conclu que la justice requiert probablement qu’un homme n’ait qu’une seule femme.

Qu’en est-il des droits de l’homme ? L’adhésion aux principes de bases des droits de l’homme (égalité et absence de discrimination) exige que toutes les familles soient traitée équitablement, et que tous les droits doivent être promus et protecteurs de tous les membres de la famille.

3. Ce jeu (nier l’existence de multiples formes de familles) est-il joué par ignorance ou duplicité ?

Le thème de la " famille " fait partie d’un " nouvel ordre ", un nouveau pouvoir qui vise à contrôler la sexualité et la fertilité des personnes et des peuples. Ceci est l’objectif de " l’Alliance Diabolique " entre différentes formes de fondamentalismes (religieux, culturels, politiques et économiques). N’est-il pas évident pour tous que ce nouvel ordre du monde est un échec ?

Malheureusement, les pays qui se doivent de savoir et faire mieux que les autres pays aux Nations Unies sont à la remorque de cette alliance diabolique. L’impact insidieux de cette alliance est envahissant parce qu’elle s’associe sans gêne à l’Organisation des Conférences Islamiques (OIC).

4. Pourquoi les membres des Nations Unies ont-ils peur des familles réelles ?

Mais que signifient les droits de l’homme ? Ils rassemblent les principes que l’on trouve dans la plupart des religions (le respect de l’ensemble de l’humanité dans toute sa diversité), les " familles réelles " des " personnes réelles ", et non pas la fiction qui prétend qu’il ne peut y avoir qu’un seul profil de vraies familles. On peut souvent se demander, même si ça ne nous aide pas, si les pays qui adhèrent à cette vision sont aveugles.

Mais ils ne le sont pas. Pis encore, ils sont eux même compromis parce qu’ils n’adhèrent pas à des principes clairement définis, et à des idéaux d’égalité et à la justice clairement articulés qu’ils prétendent supporter. Ils se comportent en opposition aux réalités de leurs pays , en opposition des vrais besoins de leurs populations et de la protection des droits de l’homme. Cela conduit à, comme l’a fait la ministre du Nigeria pendant le sommet de l’enfance, à s’opposer aux affirmations qui reconnaissent différentes formes de familles y compris monoparentales. Sa propre situation n’est pas conforme avec le modèle familial qui nous ait constamment proposé aux Nations Unies. Ils n’agissent pas ainsi par ignorance mais par duplicité, égoïsme et hypocrisie.

5. Comment mieux faire face a cela ?

Comment faire face à ce défi ?
Nous devons trouver des moyens de rendre nos pays responsables pour ces principes auxquels ils ont accepté de se plier, spécialement quand ils ne nous représentent pas correctement. Nous devons nous engager dans un plaidoyer légal et politique.
Au niveau de notre pays, nous devons créer une conscience politique au sein de nos communautés à propos de la signification du travail des Nations Unies. Nous pouvons nous exprimer à propos de ceux qui nous représentent dans notre gouvernement, sur la manière dont ils nous représentent, et faire le lien entre la qualité de vie des individus et des communautés, et les politiques définies par les Nations Unies. Nous devons également aider les communautés à prendre conscience du pouvoir qu’elles ont en tant qu’électorat dans les pays démocratiques. Si leur vote est pris en compte, elles seront mieux représentées.

Qu’en est-il de la famille au sens des Nations Unies ? Nous nous devons de trouver une voie pour remédier à la polarisation des positions à l’ONU, où les allégeances régionales ont une influence plus grande que les principes des droits de l’homme, les constitutions des pays, les lois et les politiques. Tel est le cas du Nigeria lorsqu’il vote contre une éducation sexuelle tolérante bien qu’il ait une politique d’éducation sexuelle nationale tolérante.

Pour finir, nous devons continuer le plaidoyer et la pression contre les Nations Unies. Si nous comprenons que le programme des droits de l’homme est large et inclut les droits de tous les membres de toutes le familles, nous pouvons aussi construire des alliances plus fortes avec d’autres groupes engagés. Cela nous aidera tous à comprendre que nos problèmes et leurs intérêts font partie d’une vaste lutte pour la justice et nous aidera aussi à articuler ces relations à chaque fois que cela sera possible.

Merci.

Traduction : Martha Chaise
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