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Déclaration d’une ONG : l’intersexualité

in ARGENTINA, 15/04/2004

Pour les personnes intersexuelles, la mutilation engendre un état permanent d’inhumanité et de violation des droits de la personne humaine.

Discours prononcé par Mauro Cabral au Palais des Nations, Genève – UNCHR - le 27/4/2004 / Argentine.

Intersexualité et droits de l’être humain (article 10, droits économiques, sociaux et culturels)

Cette commission intervient sur la grande question de la discrimination liée à l’orientation sexuelle et l’identité de genre.

Je vais vous entretenir des préjudices corrélatifs à la volonté de normer les corps en tant que sexes ou genres : elle aboutit à la mutilation chirurgicale des enfants.

Le but de mon discours est de présenter la question de l’intersexualité dans le cadre du droit à la santé.

L’intersexualité est un terme fourre-tout qui inclut un grand nombre de situations dans lesquelles les organes génitaux d’une personne ne correspondent pas aux stéréotypes actuels, tant d’un point de vue social que culturel ou politique.

Pour la médecine occidentale, nous sommes des individus possédant des organes génitaux ambigus, indéfinis, déformés ou relevant de la pathologie.

En ce qui concerne le mouvement international des personnes intersexuelles et de leurs alliés dans les domaines de la théorie et des droits humains, les personnes intersexuelles sont celles dont les organes génitaux sont différents des stéréotypes sexuels masculins ou féminins, sans que cette différence dans l’apparence des organes relève d’une déformation héréditaire ou d’une quelconque pathologie.

Diverses études effectuées par des experts dans le monde ont établi qu’au moins une personne sur 2000 ou 2500 naît avec des organes génitaux différents des stéréotypes, que ce soit par leur apparence ou leur fonctionalité.

Beaucoup de ces personnes seront soumises à des actes chirurgicaux en aspiration avec la norme cosmétologique et la modification de leurs organes génitaux, et ce, très rapidement après la naissance, pendant la petite enfance voire même pendant l’adolescence.

Il est important de souligner dès le départ combien ces interventions chirurgicales sont superflues d’un point de vue médical, et mutilantes d’un point de vue corporel.

A la lumière des normes médicales standards de traitement, les filles qui naissent avec un clitoris plus grand que la “norme” sont soumises à des clitoridectomies.

Les garçons dont le pénis est trop petit sont soumis à des actes chirurgicaux, trop souvent pour les transformer en filles, tout cela parce que leur corps vient contredire les stéréotypes propres au sexe masculin.

Généralement, la population intersexuelle n’a pas connaissance des interventions chirurgicales que nous subissons pendant la petite enfance, ou alors on nous donne de fausses informations à ce propos.

La plupart du temps, nous n’avons pas accès à nos dossiers médicaux, ils sont dissimulés ou détruits.

Ces interventions mutilantes pratiquées dans le but de transformer nos corps pour les rendre acceptables aux yeux de la société, violent délibérément notre libre-arbitre ainsi que notre intégrité physique.

Nous ne pouvons pas consentir librement en préalable à des interventions qui décident non seulement du genre légal auquel nous devons appartenir, mais encore de la forme de nos corps et de la sensitivité de notre chair.

Le secret médical viole non seulement notre droit à l’identité, à notre histoire personnelle, mais aussi notre statut d’individu digne de tous les droits relatif à la personne humaine, on se retrouve protagonistes, et non victimes de notre propre histoire.

La mutilation des organes génitaux des enfants intersexuel(le)s entraîne des dégâts irréversibles sur la sensitivité sexuelle. Des traumatismes post-opératoire s’ensuivent et l’on assiste à l’institutionalisation de la brutalité en niant ou, à l’inverse, en stigmatisant la diversité inhérente au corps de chaque être humain.

Dans le “traitement” actuel de l’intersexualité, la discrimination sur l’identité de genre et d’expression voisine avec celle basée sur l’orientation sexuelle.

Le sexisme rencontre la lgbt*-phobie.

La différence des organes génitaux ne peut justifier, sous quel prétexte que ce soit, les hiérarchies éthiques et politiques, elle ne peut pas non plus justifier la mutilation, car la mutilation ne rend pas conforme à une norme, elle fait tout le contraire.

Pour nous, la mutilation engendre un état permanent d’inhumanité et de violation des droits de la personne humaine.

A la lumière de ce que signifie véritablement le droit à la santé, nous sommes partisans d’une vive critique des pratiques médicales relatives à l’intersexualité, et réclamons l’adoption de mesures concrètes en vue d’éradiquer la mutilation des organes génitaux chez les enfants intersexuel(le)s.

Mauro Cabral / Argentine

Traduction: Brigitte Peillex
* Lgbt : lesbien, gay, bi et trans. Ce terme est à mon sens moins restrictif que celui d’homophobie présent dans le texte (note du traducteur)
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