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LES VOIX LGBT A L’ONU

in UNITED KINGDOM, 30/04/2007

Wages due Lesbians à l’ONU depuis 1998

Avant même qu’ILGA-Europe et les fédérations danoise et allemande, LBL et LSVD, obtiennent leur statut auprès de l’ECOSOC au mois de novembre 2006, seuls deux autres groupes, deux associations lesbiennes avaient eu la possibilité de participer aux fora des Nations Unies. Nous avons rencontré des membres de l’ International Wages Due Lesbians WDL et des membres de la Coalition des lesbiennes militantes, Coalition of Activist Lesbians (COAL) en Australie pour savoir comment elles avaient fait valoir leur droit et connaître leur impression sur les travaux de l’ONU.

L’association International Wages Due Lesbians (WDL) a entamé son action en 1975 en faisant campagne pour les droits économiques, juridiques et humains des femmes lesbiennes et bisexuelles. Il s’agit de femmes vivant en milieu urbain, rural, issues de différentes couches sociales, de tous les âges, de mères célibataires, de prostituées, de travailleuses en milieu agricole, d’immigrées, de femmes souffrant de handicaps, de femmes au foyer, d’étudiantes… Elles constituent un réseau international cosmopolite faisant pression pour la reconnaissance et la rétribution du travail non rémunéré, afin que les femmes partout dans le monde disposent enfin des moyens financiers et autres de faire leurs choix, y compris celui de leur sexualité.

Pourquoi avez-vous déposé une candidature pour un statut consultatif auprès de l’ONU il y a quelques années?

Avec d’autres groupes de la Campagne pour la rétribution des travaux ménagers (Wages for Housework Campaign, WFHC), nous avons participé au processus initié par les Nations Unies dès le début de la Décennie des femmes (1975-1985). A mi-parcours, lors de la conférence de Copenhague en 1980, nous avons commencé à faire pression pour la reconnaissance officielle du travail non rémunéré. A la fin de ce processus, en 1985 à Nairobi au Kenya, nos efforts ont abouti à ce que les gouvernements s’engagent à comptabiliser le travail non rémunéré dans leur PIB. Au cours des 10 ans qui ont suivi, WDL a participé au réseau Women Count (les femmes comptent), faisant pression sur les gouvernements afin qu’ils mettent en œuvre les engagements pris à Nairobi. Finalement, lors de la conférence de Beijing en 1995, nous avons pu célébrer l’aval accordé par les gouvernements à notre proposition et leur résolution de mesurer et d’évaluer le travail non rémunéré dans leurs statistiques économiques. Malheureusement, notre lobbying pour la reconnaissance de la discrimination à l’encontre des femmes en raison de leur orientation sexuelle n’a pas connu le même succès.

C’est sur la base de ces travaux, menés pendant plus de vingt ans, que nous avons demandé le statut consultatif auprès de l’ECOSOC en 1998. Certains des délégués chargés d’examiner notre candidature nous ont accusé de pousser les jeunes vers l’homosexualité ou d’encourager les adultes à avoir des relations sexuelles avec des enfants. Nous leur avons posé une seule question: Trouvaient-ils normal que le taux de suicide parmi les jeunes LGBT soit aussi élevé, du simple fait que la question ne pouvait pas être abordée ? Leurs objections homophobes se sont alors évanouies!

Lorsque vous avez obtenu ce statut il y a quelques années, était-ce aussi difficile que pour les trois nouvelles organisations LGBT qui l’ont reçu en novembre 2006 ?

Notre candidature a été examinée bien plus rapidement que celle de l’ILGA. Les accusations dont vous avez fait l’objet, comme votre supposé soutien à la pédophilie, nous en avons néanmoins également été victimes.

Comment se fait-il que la majorité des associations LGBT n’aient appris que vous bénéficiez de ce statut qu’en décembre 2006 ? Est-ce de nouveau lié à l’invisibilité des lesbiennes, et la volonté de les maintenir dans cet état, même au sein des mouvements LGBT ?

Oui, l’invisibilité est l’une des principales discriminations rencontrées par les lesbiennes. Plus de 50% des familles dans le monde ont une femme à leur tête. Nous ignorons cependant combien d’entre elles sont lesbiennes ou combien de femmes vivant avec des hommes le sont. Bien que souvent ce soit des femmes qui, avec le soutien d’autres femmes, donnent naissance puis subviennent aux besoins des enfants, des familles et des communautés partout dans le monde, celles d’entre nous qui ont des rapports sexuels avec d’autres femmes doivent le cacher. De ce fait, nos actions sont facilement méprisées ou ignorées. La plupart des lesbiennes dans le monde ne peuvent pas vivre leur choix ouvertement. Nous sommes donc contraintes de mener une double vie ou de subir des violences, risquer l’incarcération, la torture ou même la mort.

Les femmes lesbiennes et bisexuelles sans enfant travaillent souvent pour la famille ou les organisations et mouvements que nous soutenons. Chose que les autres femmes ne sont pas en mesure de faire puisqu’elles doivent s’occuper des enfants et de leur partenaire masculin. Pourtant, à la base, les femmes, hétéro ou homo, restent invisibles, doivent faire face au sexisme, au racisme et à d’autres formes de censure imposée par ceux qui détiennent le pouvoir social. Ainsi, à la fin des années 1980 au Royaume Uni, le gouvernement de droite dirigé par Mme Thatcher a introduit une loi (section 28) qui interdisait de parler d’homosexualité ou de bisexualité dans les établissements scolaires, tout en discréditant les familles à la tête desquelles se trouvaient une lesbienne ou un gay. En les surnommant « prétendues familles », le gouvernement a encouragé l’autocensure. Cette loi est passée au même moment que les dispositions économiques visant à réduire les salaires, créant des coupes claires dans les dépenses sociales et poussant la population à travailler plus pour gagner moins… Nous, nous avons fait le lien entre ces politiques qui n’en avait apparemment aucun.

En quoi consistent les activités de l’IWDL aujourd’hui ?

Nous menons à l’heure actuelle une campagne au Royaume Uni pour accorder le droit d’asile aux personnes fuyant les persécutions homophobes et la torture. Nous mobilisons également les soutiens autour des femmes de notre réseau au Cameroun, en Erythrée et en Ouganda. Nous avons eu beaucoup de mal à recueillir l’appui de personnalités gay ou de groupes reconnus. Nombre de ceux qui occupent aujourd’hui des postes importants au gouvernement, dans le monde des affaires ou les média oublient vite qu’ils n’ont pu arriver là que grâce au travail de longue haleine mené par la base LGBT. Nous les défions publiquement de dépasser leur style politiquement correct pour lutter avec nous pour l’égalité de tous, quels que soient le passeport, la couleur de peau ou la langue que l’on parle… Nous nous sommes également opposés à la dépolitisation et à la mercantilisation des grands rendez-vous gay et lesbiens comme la Pride.

En Espagne, le WDL a fait pression pour que les soutiens de famille, y compris les lesbiennes, bénéficient de prestations sociales. A San Francisco, le WDL a fait campagne pour les femmes lesbiennes et bisexuelles victimes de violences policières et pour la dépénalisation de la prostitution. En effet, nombre de ces femmes sont des lesbiennes qui utilisent les revenus de la prostitution pour garantir leur indépendance vis-à-vis des hommes.

En l’an 2000, lorsque nous avons participé à la conférence Beijing +5 à New York, les Nations Unies étaient manifestement phagocytées par le gouvernement américain et les multinationales. Cela était particulièrement visible au sein des agences, qui devenaient de plus en plus corporatistes. Puis nous en avons eu la confirmation : refus de prendre des sanctions contre l’intervention américano-britannique en Irak, allégations de viol commis par les soldats des NU chargés du maintien de la paix contre de la nourriture au Congo, massacre des populations en Haïti et statu quo face aux Palestiniens, qui, parce qu’ils sont apatrides, ne peuvent bénéficié que du statut d’ « entité non membre ». Nous nous sommes donc beaucoup moins investis aux Nations Unies.

Comment votre statut auprès de l’ECOSOC a-t-il pu faciliter votre travail ?

Ce statut nous a permis de donner voix au chapitre aux femmes sur le terrain. Elles ont pu être entendues dans les centres du pouvoir et faire pression pour que les choses changent dans nos pays tout en restant évidemment indépendantes des structures onusiennes et responsables devant la base LGBT, principalement dans le Sud. Nous espérons que d’autres organisations gay et lesbiennes, telles que l’ILGA, suivront cet exemple.

Il est évident que malgré la poursuite des discriminations et des répressions, les mouvements LGBT ont changé le visage du monde dans lequel nous vivons. Les pays où il est désormais possible pour davantage de gens, notamment les jeunes, d’avoir des relations homosexuelles, de s’identifier comme bisexuel(le)s, ou même de refuser toute étiquette, sont plus nombreux chaque jour. Les associations oeuvrant pour le changement social, qui auraient jadis nié l’existence des lesbiennes, gays, des prostituées ou de tout autre “intouchable” parmi eux, sortent aujourd’hui renforcés de la visibilité de tous. Au Venezuela, pays révolutionnaire, le Président Chavez a déclaré : « Les homosexuels eux aussi ont des droits ! ». Le mouvement révolutionnaire gay et lesbien vénézuélien s’organise pour faire de cette déclaration une réalité. Une inspiration pour nous tous.

Entretien de Patricia Curzi, ILGA



Pour davantage d’informations:

allwomencount.net and refusingtokill


Merci à Stéphanie Lange pour la traduction de l’anglais au français
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