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ILGA Asia Alessia Valenza, ILGA Asia
anonymous contributorÉcrit anonymement. (Français)

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Maria Sjödin, RFSL
GAGNER LE DROIT DE PARLER DE NOTRE PROPRE VOIX A L’ONU

in WORLD, 30/03/2011

En 2006 la Fédération suédoise pour les droits des lesbiennes, gays, personnes bisexuelles et transgenres (The Swedish Federation for Lesbian, Gay, Bisexual and Transgender Rights), RFSL, a posé sa candidature pour obtenir le statut ECOSOC au Nations Unies, accordé en juillet 2007. En janvier et en mai 2007 la directrice exécutive, Maria Sjödin, ainsi que le président, Sören Juvas, se sont rendus à New York pour défendre la candidature de RFSL. RFSL a aussi été élue au Secrétariat des Femmes d’ILGA à la Conférence mondiale de mars 2006 et son mandat a été renouvelé pour deux ans à la Conférence mondiale de novembre 2008.

Entretien de Maria Sjödin

Par Patricia Curzi


Quelle stratégie abritait votre demande d’admission à l’ÉCOSOC ?
En réalité, cette décision avait déjà été prise en 2002, lorsque l’ILGA se vit refuser l’entrée à la Conférence de Durban sur le racisme et l’intolérance. Toutefois, ce n’est qu’en 2005 que nous avons pu réunir toutes les pièces du dossier nécessaires à la candidature. Pour nous, cette décision naquit, d’une part, de la frustration face au refus de l’ONU de donner la parole à l’ILGA, montrant ainsi quel traitement on réservait à la population LGBT. D’autre part, cela procédait d’un intérêt croissant pour les thématiques internationales au sein de RFSL au cours des dix dernières années.

Comment avez-vous compris l’importance d’être physiquement présents à New York pour défendre votre candidature et pourquoi avez-vous pensé y envoyer deux personnes ?
Au début, nous ne pensions pas du tout y aller. Mais après en avoir discuté, entre autre avec le ministère des Affaires étrangères suédois, nous avons décidé de mettre toutes les chances de notre côté en nous y rendant. Nous avions déjà reçu plusieurs questions auxquelles nous avions répondu par écrit et il apparaissait clairement que nos opposants allaient nous mener la vie dure. Nous pensions que notre action serait mieux servie par un travail d’équipe, plutôt que par un seul responsable, et il nous a paru naturel d’envoyer un représentant de chaque genre.

Qu’avez-vous ressenti devant cette commission pour le moins hostile et quelle est la question qui vous a le plus surpris ?
Il se trouve que nous avons passé la semaine entière dans la salle réservée aux ONG, mais ce n’est qu’après quelques jours que nous avons été soumis aux questions. Par conséquent, nous avons eu le loisir d’observer et de faire du lobbying avec des délégués, bien avant de nous retrouver face à nos interrogateurs. Nous avions l’intention de montrer le sérieux de notre association, et que nous ne nous laisserions pas intimider par le fait de passer devant ce comité.

Ils nous ont posé des questions sur des évènements assez obscurs dont il n’avait même pas été question dans les quotidiens nationaux suédois (sans parler du web). En revanche, il est évident que nos opposants – en Suède, en Égypte ou ailleurs – savent coopérer et s’échanger des informations très efficacement. La question portait sur le détournement de fonds de la part d’une antenne locale, quelques années plus tôt. Il n’a pas été difficile de leur répondre que, bien entendu, en tant qu’association nous ne pouvions accepter une gestion délictueuse de l’argent, mais qu’en outre, il est impossible de parer à toute éventualité. Le seul recours reste de contacter la police dès que l’on a connaissance de l’affaire. Nous avons aussi été questionnés au sujet de notre position sur la convention de l’ONU contre la corruption. Ils ont aussi posé quelques questions sur notre activité dans les écoles. L’Égypte a déclaré que des recherches prouvaient que le développement psychologique des jeunes garçons pouvait être perturbé par le fait d’entendre ce qui est en relation avec ce sujet (par exemple, qu’il existe des orientations autres que l’hétérosexualité). Ils voulaient par conséquent savoir comment nous envisagions nos activités dans les écoles. Ils voulaient aussi que nous leur garantissions ne pas vouloir agir dans les pays où l’homosexualité est illégale. Quelques-unes de leurs questions donnaient l’impression qu’ils étaient surtout intéressés par nos activités avec les garçons. Et dans les faits, la présence d’une femme dans notre délégation, au côté d’un homme, a probablement été un avantage.

Quel effet aura le statut ÉCOSOC sur le Secrétariat des Femmes de l’ILGA ?
Grâce à son statut ÉCOSOC, RFSL a eu la chance de pouvoir être accréditée à l’un des plus grands évènements de l’ONU : la Commission sur le statut des femmes (CSW). En 2008, deux membres de la RFSL y ont participé. De plus, toujours grâce à ce statut, nous y avons accrédité Gloria Careaga, actuelle co-Secrétaire générale de l’ILGA. Cela a permis une augmentation de la visibilité des questions lesbiennes, ainsi que de leur mise en réseau. Nous y avons de nouveau participé en 2008, et organisé l’unique évènement qui nommait explicitement les lesbiennes et les bisexuelles : « Les droits des femmes invisibles : les droits humains des lesbiennes et des bisexuelles ». Notre but était de développer une discussion constructive sur les défis posés et les possibilités offertes par la mention des questions des femmes lesbiennes et bisexuelles au sein des N.U. et dans le débat mondial sur les droits humains. L’événement fut un succès. Nous nous proposons donc à présent d’amener le gouvernement suédois à parrainer un autre évènement en 2010. Le thème en sera la violence envers les femmes en raison de leur orientation sexuelle, expression ou identité de genre, réelles ou supposées. Bien qu’ayant envoyé notre proposition dans les délais, nous avions initialement été exclus et aucun espace ni créneau horaire ne nous avait été attribué. Nous ne les avons obtenus qu’en contactant expressément les organisateurs. Même après cette démarche, nous ne figurions toujours pas sur le programme accessible depuis le site de l’ONU. Peut-être s’est-il agi d’une véritable erreur, ou bien quelqu’un a-t-il pensé que le titre était sujet à discussion… C’était donc fabuleux qu’autant de personnes soient venues après avoir réussi à se procurer nos tracts ou avoir repérés dans le programme du jour. Cela démontre indéniablement qu’il existe une demande pour des événements qui mentionnent et qui traitent des questions lesbiennes et bisexuelles !

Qu’avez-vous appris de tout cela, qui pourrait être utile aux autres associations LGBT ?
Une chose est sûre, nous avons appris combien nos adversaires sont bien organisés et collaborent efficacement entre eux. Nous avons été surpris par la quantité et la qualité du matériel traduit dont ils disposaient. D’une certaine façon, c’est rassurant – nous savons que les opposants aux droits humains des LGBT ont tellement peur de nous qu’ils emploieront les grands moyens pour nous tenir à l’écart. Je suis sûre qu’ils savent que lorsque nous sommes dans les parages (comme tout le mouvement LGBT), nous pouvons changer la manière dont fonctionne le monde, et nous le ferons.

Il était très important pour nous d’être présents et de nous engager avec le ministère des Affaires étrangères suédois afin qu’il puisse plaider notre cause. Tout ce qui s’est passé, grâce à l’ÉCOSOC et à notre présence et notre engagement à la CSW, est très positif – nous pouvons demander à être entendus et organiser notre présence.

www.rfsl.se

La Conférence mondiale doit élire un Secrétariat des Femmes. Le Secrétariat des Femmes a pour responsabilité de :

a) recueillir des informations concernant les lesbiennes et les femmes bisexuelles et coordonner leur visibilité dans le monde entier, en rapport étroit avec le Conseil exécutif;
b) commander des articles dans le monde entier sur les questions relatives aux femmes pour les publications de l’ILGA;
c) assister aux principales conférences à l’intérieur et à l’extérieur de l’ILGA et contribuer aux orientations des organisations et agences internationales;
d) coopérer avec d’autres organisations internationales de femmes;
e) mettre en place et coordonner des commissions et des ateliers de femmes, en coopération avec le groupe qui prépare la Conférence mondiale;
f) exécuter les tâches qui lui sont confiées par les Conférences mondiales de l’ILGA.

Tiré de la Constitution de l'ILGA, version de novembre 2008
 

Le Statut de l'ECOSOC

Les organisations non gouvernementales ont en premier lieu pu jouer un rôle dans les délibérations formelles à l'ONU grâce au Conseil économique et social (ECOSOC). 41 ONG se sont vu accorder le statut consultatif par le Conseil en 1946. A ce jour, environ 3187 organisations détiennent ce statut. Cette accréditation permet aux ONG d'entrer à l'ONU et d'y parler en leur nom propre, ainsi que d'intervenir oralement lors des sessions plénières et d'organiser des panels sur divers sujets.

Le statut consultatif est octroyé par l'ECOSOC sur recommandation du comité de l'ECOSOC sur les ONG, composé de dix-neuf États membres.

Pour plus d'information
http://esa.un.org/coordination/ngo/new/index.asp?page=intro

 
Extrait de la publication d'ILGA "Mouvements lesbiens; ruptures et alliances”

ilga.org/ilga/fr/article/1110

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